Baldur naĂźt en 1907 dans une famille de nobliaux aisĂ©s. Le pĂšre, Carl, dĂ©missionnaire de l’armĂ©e impĂ©riale oĂč il Ă©tait officier subalterne, est devenu directeur de thĂ©Ăątre. Sa mĂšre est une citoyenne des USA, issue de deux cĂ©lĂšbres lignĂ©es de Caroline du Sud (les Middleton et les Heyward), ruinĂ©es par la Civil War (la Guerre de SĂ©cession).

Excellent Ă©lĂšve, Baldur, le benjamin de cinq frĂšres, est un poĂšte prĂ©coce. Son nationalisme est heurtĂ© de plein fouet par la dĂ©faite de 1918 et par le rĂ©gime de Weimar oĂč dominent les affairistes, les incapables et les corrompus, parmi lesquels Carl von Schirach a peut-ĂȘtre le tort de ne voir que les Juifs et leurs associĂ©s.

Carl adhĂšre trĂšs tĂŽt au NSDAP (le Parti National-Socialiste des Travailleurs Allemands) et Baldur est mis en contact avec Adolf Hitler dĂšs 1925. Le jeune homme adhĂšre au parti la mĂȘme annĂ©e et entre en 1927 Ă  la SA (Sturm Abteilung ou sections d’assaut), la milice du NSDAP, dĂ©pourvue d’arme blanche ou Ă  feu par ordre d’Adolf Hitler – il est bon de le mentionner puisqu’une foule « d’historiens », curieusement informĂ©s, Ă©crit le contraire.

Étudiant en philosophie et en littĂ©rature Ă  Munich, il succĂšde en 1928 Ă  Oskar Stable comme FĂŒhrer de la Ligue des Étudiants Nationaux-socialistes. Sous sa direction, la Ligue remporte la majoritĂ© des voix dans 15 des 23 universitĂ©s du Reich, aux Ă©lections corporatistes de 1931.

Fortement impressionnĂ©, Adolf Hitler lui confie la direction de la Hitler Jugend le 30 octobre 1931, Ă  la place du peu charismatique Konrad GrĂŒber qui, depuis 1925, ne sait qu’organiser des camps de vacances et des excursions, comme dans n’importe quel patronage confessionnel. À cette occasion, la HJ est dĂ©tachĂ©e de la SA et rattachĂ©e au bureau du Stellvertreter Rudolf Hess (l’adjoint du FĂŒhrer pour l’administration du parti nazi).

L’annĂ©e 1932 est faste pour Baldur. Le 31 mars, il Ă©pouse Henriette Hoffmann, nĂ©e en 1913, qui est une intime du FĂŒhrer puisqu’elle est la fille d’Heinrich, le photographe exclusif d’Adolf Hitler depuis 1922. En juillet, son pĂšre, Carl, est Ă©lu dĂ©putĂ© nazi au Reichstag. En octobre, Baldur met en scĂšne un rassemblement monstre des Ă©tudiants nationalistes allemands et autrichiens qui dĂ©filent 7 heures durant devant le FĂŒhrer.

Excellent organisateur, orateur apprĂ©ciĂ© de son public de jeunes, Baldur veut transformer la jeunesse germanique, axant sa propagande sur le militantisme, le sport et l’affirmation des qualitĂ©s de caractĂšre. À la HJ, il est essentiel de faire preuve d’initiative dans l’obĂ©issance aux ordres. Jamais, l’on n’y a combattu la frĂ©quentation des offices religieux, mĂȘme si des jeunes gens ont profitĂ© des activitĂ©s de la Hitler Jugend pour couper aux patenĂŽtres. La HJ est fermĂ©e aux dĂ©biles mentaux, aux enfants juifs et demi-juifs, mais ouverte aux sourds et aux muets par dĂ©cision d’Adolf Hitler.

Les mots d’ordre y sont : austĂ©ritĂ© de vie et abnĂ©gation, dĂ©vouement absolu au FĂŒhrer qui personnifie l’État. On y combat l’athĂ©isme et l’on y prĂȘche l’hygiĂšne raciale, soit l’eugĂ©nisme et le refus des unions avec les non-germano-scandinaves.

Il n’est pas inutile, dans l’ambiance actuelle de dĂ©sinformation systĂ©matique sur le nazisme et le IIIe Reich, d’insister sur deux phrases clĂ©s du discours du chef de la HJ. Devenu par son mariage un intime du FĂŒhrer – celui-ci ignorant la bisexualitĂ© de Baldur : Adolf Hitler a les homosexuels en horreur –, Baldur a Ă©tĂ© initiĂ© aux aspects Ă©sotĂ©riques de la pensĂ©e hitlĂ©rienne, façonnĂ©e par les enseignements d’Arthur Schopenhauer et de Friedrich Nietzsche. Adolf Hitler est un panthĂ©iste, adepte de la toute-puissance de la volontĂ©, qui rĂȘve de crĂ©er les conditions gĂ©opolitiques favorables Ă  l’éclosion de la surhumanitĂ©.

« Nous sommes des chercheurs de Dieu. Nous ne pouvons nous reprĂ©senter l’univers sans Dieu » (Baldur von Schirach, le 30 juin 1935). « Nous, Allemands, ne devons pas subir passivement les mutations biologiques comme de stupides bovins. Nous devons aider ces transformations. Nous devons arriver, avant les autres races, dĂ©cadentes, Ă  l’état parfait d’homme complet : au surhomme » (le mĂȘme, Ă  Wittenberg, le 13 mars 1938).

Le 17 juin 1933, Baldur est nommĂ© FĂŒhrer des formations de jeunesse du Reich, la HJ et son Ă©lĂ©ment fĂ©minin : le Bund der Deutschen MĂ€del, qui, Ă  la fin de 1936, accueille les jeunesses confessionnelles luthĂ©riennes et catholiques (cela Ă©tait prĂ©vu par l’article 36 du Concordat signĂ© au Vatican le 20 juillet 1933). Le 1er dĂ©cembre 1936, Baldur devient Reichsleiter du NSDAP pour l’Éducation de la jeunesse et secrĂ©taire d’État Ă  la Chancellerie du Reich.

À compter de janvier 1937, l’organisation syndicale dirigĂ©e par Robert Ley, le Deutsche Arbeits Front, finance les Adolf-Hitler Schulen, Ă©tablissements d’enseignement secondaire destinĂ©s aux futurs cadres de la HJ. En octobre 1938, est conclu un accord entre la direction de la SS et celle de la HJ : les meilleurs Ă©lĂ©ments de la HJ sont signalĂ©s aux recruteurs de l’Ordre Noir. La HJ assure la prĂ©paration militaire – l’Oberst Erwin Rommel y fut un temps affectĂ© comme conseiller – bien avant que cela soit officialisĂ© en aoĂ»t 1939.

Baldur, fort peu austĂšre et peu sportif, se fait violence et participe comme Leutnant (sous-lieutenant) Ă  la campagne de France, oĂč il rĂ©colte la Croix de fer de seconde classe. En aoĂ»t 1940, le FĂŒhrer le remplace Ă  la tĂȘte de la HJ par un hĂ©ros de guerre et grand mutilĂ© des combats de l’Ouest : Arthur Axmann qui la transforme en une organisation de dĂ©fense passive et d’auxiliaires de la Flak (la DCA). Axmann se battra avec 30 000 membres de la HJ Ă  Berlin, dĂ©fendant Spandau et les ponts sur la Havel, durant la derniĂšre dĂ©cade d’avril 1945.

D’aoĂ»t 1940 au mois de mai 1945, Baldur vit en satrape Ă  Vienne, Ă©tant Gauleiter de Haute et Basse Autriche. La trop mĂ©diatisĂ©e fĂącherie ayant opposĂ© en juin 1943 le FĂŒhrer Ă  Henriette von Schirach, Ă  propos du sort des Juifs, n’a durĂ© que trois mois. En aoĂ»t 1944, Baldur propose au FĂŒhrer de supprimer les titres de noblesse et l’usage des particules nobiliaires, Ă©tant donnĂ© le nombre ahurissant de nobles parmi les traĂźtres et comploteurs, rĂ©vĂ©lĂ©s par l’attentat du 20 juillet. Adolf Hitler se contente de hausser les Ă©paules et conseille au Gauleiter de Vienne d’engager ses administrĂ©s Ă  s’investir davantage dans l’effort de guerre du Reich.

Au TMI de Nuremberg, paraphrasant un Ă©crit de Nietzsche consacrĂ© Ă  NapolĂ©on Ier, Baldur a dit du FĂŒhrer : « Avant 1934, il fut humain. De 1934 Ă  1938, il fut surhumain. AprĂšs 1938, il fut inhumain »  on peut contester les dates, mais la phrase est assez juste.

CondamnĂ© Ă  20 annĂ©es de prison, il purge entiĂšrement sa peine. Henriette en a profitĂ© pour divorcer. Il publie, en 1967, ses MĂ©moires (J’ai crĂ» en Hitler, DĂ©terna, 2011), oĂč il renie son passĂ©, et meurt en 1971. (Pour commander ce livre, cliquez ici)

Il laisse 4 enfants, dont Richard, sinologue rĂ©putĂ©, qui eut lui-mĂȘme deux enfants Ă©crivains : une philosophe et un romancier (qui changea de nom, pour des raisons de convenances mĂ©diatiques).

Il reste de Baldur von Schirach le souvenir d’un grand organisateur, ayant occupĂ© une place de choix dans l’épopĂ©e du NSDAP et du IIIe Reich durant les annĂ©es de paix, sĂ»rement pas celui d’un homme d’action ni mĂȘme de conviction.

J’ai cru en Hitler (Ă©ditions DĂ©terna)

J’ai cru en Hitler (Ă©ditions DĂ©terna)

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