« Les sciences morales et politiques sont inexactes et pleines d’incertitudes »
(Anatole France, Sur la pierre blanche).

 Certains EuropĂ©ens veulent Ă  toute force commĂ©morer le centenaire de la Bataille de Verdun, qui fut un authentique dĂ©sastre pour l’Europe. N’y aurait-il pas mieux Ă  faire, d’un point de vue didactique ? Car si les environs de Verdun sont devenus cĂ©lĂšbres par l’hĂ©catombe de hĂ©ros Français et Allemands, sa bataille ne dĂ©gage aucune aura de mystĂšre historique, si elle laisse flotter un parfum de gloire autant que de stĂ©rilitĂ© pour les peuples de notre continent.

2016, c’est aussi le millĂ©sime d’une Ă©norme imposture historique, qui demeure encore une source exceptionnelle de dĂ©sinformation. Il faut pour cela tourner les yeux vers l’IbĂ©rie et se remĂ©morer la barbarie marxiste.

En avril 1931, l’aimable dilettante Alphonse XIII est chassĂ© de l’apparence du Pouvoir en Espagne Ă  la suite d’une Ă©meute dĂ©clenchĂ©e par des marins communistes, dans la grande tradition bolchevique. En juillet de la mĂȘme annĂ©e, dans la nouvelle RĂ©publique, une coalition de conservateurs et de centristes remporte les Ă©lections aux Cortes (l’AssemblĂ©e nationale) et fait mieux encore, en novembre 1933, raflant les deux tiers des siĂšges.

Cela n’a pas l’heur de plaire au PrĂ©sident de la RĂ©publique, Niceto Zamora-Alcala, dont l’exigeante conscience de « dĂ©mocrate de gauche » l’empĂȘche d’appeler Ă  la prĂ©sidence du Conseil des ministres le chef de la coalition victorieuse.

Se succĂšdent donc des gouvernements sans majoritĂ© parlementaire, rivalisant d’inefficacitĂ©, tandis que les anarchistes, nombreux en Catalogne, et les dĂ©vots des deux chapelles marxistes ennemies, les staliniens du Komintern et les trotskystes du POUM, multiplient grĂšves, attentats et « manifestations spontanĂ©es de la colĂšre du peuple. »

En octobre 1934, l’on assiste mĂȘme, dans le nord du pays, Ă  plusieurs insurrections marxistes. On est obligĂ© de recourir Ă  l’armĂ©e pour rĂ©tablir la lĂ©galitĂ©.

En janvier 1936, Zamora dissout les Cortes pour la troisiĂšme fois en moins de cinq ans. Sur l’ordre du Komintern (l’organisation d’agitation, de propagande et de subversion de la IIIe Internationale), le minuscule Parti communiste (qui compte moins de 3 000 adhĂ©rents) organise un Front Populaire, qui associe les marxistes purs et durs aux socialistes de la IIe Internationale ouvriĂšre, aux radicaux (des Francs-maçons anticatholiques), aux autonomistes basques et catalans, et mĂȘme Ă  certains groupuscules d’anarchistes.

Le 16 fĂ©vrier 1936, la coalition de droite et du centre remporte 4,5 millions de suffrages, tandis que le Front Populaire n’en totalise que 4,2 millions. Toutefois, le systĂšme Ă©lectoral, calquĂ© sur le français (le scrutin d’arrondissement), permet de transformer cette dĂ©faite Ă©lectorale en triomphe parlementaire. Avec ses 48 % de voix, le Front rafle 54 % des siĂšges aux Cortes, tandis que les « rĂ©actionnaires », majoritaires en voix, doivent se contenter de 46 % des siĂšges
 c’est ce qui arrive quand on refuse le seul scrutin dĂ©mocratique : le rĂ©gime de la proportionnelle intĂ©grale.

Trois gĂ©nĂ©rations d’historiens universitaires et mondains, curieusement informĂ©s, ont prĂ©sentĂ© ces Ă©lections comme un triomphe Ă©lectoral et « l’expression de la volontĂ© populaire. »

L’on comprend mieux que certains des vainqueurs lĂ©gitimes, spoliĂ©s de leur succĂšs, aient parlĂ© de Frente Crapular, d’autant qu’en moins de trois mois, les pseudo-vainqueurs laissent se perpĂ©trer, sans rĂ©agir notablement, 712 attentats sur les personnes et les Ă©difices publics et 251 saccages d’églises et de couvents, gĂ©nĂ©ralement agrĂ©mentĂ©s de viols et d’assassinats.

Le 12 juillet 1936, deux hĂ©ros du prolĂ©tariat dĂ©guisĂ©s en militaires assassinent le meilleur orateur de la droite parlementaire, JosĂ© Calvo Sotelo, que la tendre Pasionaria communiste, Dolores Ibarruri, dĂ©signait de façon quotidienne depuis quelques mois comme Ă©tant « l’homme Ă  abattre ».

Cinq jours plus tard, la guerre civile dĂ©bute, par l’insurrection des nationalistes contre les « Rouges ». Commence alors la plus grande campagne de dĂ©sinformation de l’histoire contemporaine. Jamais, depuis 1789, historiens et journalistes n’auront menti avec autant d’impudeur qu’à propos de la Guerre d’Espagne !

A propos de l'auteur

Bernard Plouvier

Ancien chef de service hospitalier, spĂ©cialisĂ© en MĂ©de­cine interne.Il est auteur de nombreux livres historiques (L’énigme Roosevelt, faux naĂŻf et vrai machiavel ; La tĂ©nĂ©breuse affaire Dreyfus ; Hitler, une biographie mĂ©dicale et politique ; Dictionnaire de la RĂ©volution française,
) et d'essais (RĂ©flexions sur le Pouvoir. De Nietzsche Ă  la Mondialisation ; Le XXIe siĂšcle ou la tentation cosmopolite ; Le devoir d’insurrection,
). Il a Ă©tĂ© Ă©lu membre de l’AcadĂ©mie des Sciences de New York en mai 1980.

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