« Le passé explique le présent. Ainsi, (en 1914),
l’Europe Ă©tat alors au faĂźte de sa puissance.
En s’entredĂ©chirant – et par deux fois, le premier conflit ayant gĂ©nĂ©rĂ© le second surtout via les diffĂ©rents « Diktats » imposĂ©s aux vaincus –
on voit oĂč elle est aujourd’hui tombĂ©e »

Entretien avec Louis-Christian Gautier, auteur de 1914-1918 : les faits tĂȘtus de la Grande Guerre (Ă©ditions Dualpha) (propos recueillis par Fabrice Dutilleul).

 

En cette pĂ©riode de « centenaire » ne peut-on considĂ©rer 1914-1918 comme un sujet aujourd’hui rebattu ?

Ce n’est pas parce qu’un sujet Ă  suscitĂ© une masse de publications, gĂ©nĂ©ralement Ă  but commercial et qui rĂ©pĂštent souvent la mĂȘme chose, qu’il est Ă©puisĂ©. Je n’ai pas prĂ©tendu refaire une histoire de la « Grande Guerre », mais Ă  en Ă©clairer certains aspects mĂ©connus ou jusqu’ici traitĂ©s de maniĂšre conventionnelle.

Par exemple ?

Qui a entendu parler de la dĂ©faite anglaise de Kut-el-Amara, oĂč une division renforcĂ©e Ă  capitulĂ© en 1916 devant les Turcs, malgrĂ© l’envoi d’un corps d’armĂ©e en secours ? Moi-mĂȘme – malgrĂ© deux annĂ©es de cours prĂ©paratoires Ă  l’École SpĂ©ciale Militaire en option « Histoire et gĂ©ographie », suivis de l’obtention d’un Certificat d’Études SupĂ©rieures d’Histoire Militaire Moderne et Contemporaine – l’ignorais jusqu’à ces derniĂšres annĂ©es.

Deux sur les cinq de vos « coups de projecteur » traitent particuliĂšrement de la Belgique, qui a l’époque constituait un État-nation depuis moins d’un siĂšcle (1831)


Pour la « petite histoire », je tiens Ă  prĂ©ciser que je ne rĂšgle pas lĂ  des comptes conjugaux (je suis mariĂ© avec une bi-nationale)
 Mais le cas du Royaume de Belgique est assez emblĂ©matique des manipulations de la propagande de l’époque. Ainsi son roi d’ascendance allemande a Ă©tĂ© « hĂ©roĂŻsé » plus ou moins malgrĂ© lui par les AlliĂ©s pour l’attacher Ă  leur cause, ce qui comme on le voit en lisant mon texte n’était pas gagnĂ©. Et sur le plan intĂ©rieur, c’était l’occasion de conforter une unitĂ© nationale qui n’était pas Ă©vidente non plus (comme on peut le constater de nos jours). En outre, la dĂ©nonciation des prĂ©tendues « atrocitĂ©s allemandes » servait aussi de ciment interne et externe.

C’est loin tout ça


Le passĂ© explique le prĂ©sent. Ainsi, comme je le rappelle dans le premier chapitre, l’Europe Ă©tat alors au faĂźte de sa puissance. En s’entredĂ©chirant – et par deux fois, le premier conflit ayant gĂ©nĂ©rĂ© le second surtout via les diffĂ©rents « Diktats » imposĂ©s aux vaincus – on voit oĂč elle est aujourd’hui tombĂ©e.

1914-1918 : les faits tĂȘtus de la Grande Guerre de Louis-Christian Gautier, 262 pages, 29 euros, Ă©ditions Dualpha, collection « VĂ©ritĂ©s pour l’Histoire », dirigĂ©e par Philippe Randa.