De son vivant, LĂ©on XIII est un peu entendu en Allemagne et en Autriche, en Belgique et aux Pays-Bas, et pratiquement pas en France. Les chefs des officines marxistes ont immĂ©diatement perçu le risque, comme les adorateurs de Mammon. Il leur faut impĂ©rativement rĂ©duire l’influence du clergĂ© catholique sur le bon peuple.

Pour les dĂ©vots de la lutte des classes, la doctrine pontificale est une concurrence potentiellement catastrophique. Tenter d’obtenir la justice sociale par des nĂ©gociations courtoises et consoler la misĂšre spirituelle de ceux qui, par sectarisme ou par tradition familiale, ont abandonnĂ© la quĂȘte du divin, cela risque de dĂ©tourner le bon peuple des joies saines et ineffables de la haine des classes, de l’ivrognerie et de la surenchĂšre dĂ©magogique.

LĂ©on XIII.

LĂ©on XIII.

Quant au monde de l’argent, il n’a Ă©videmment aucun intĂ©rĂȘt Ă  rĂ©pondre Ă  l’appel du pape, du moins dans l’immĂ©diat, car si les membres de la sainte trinitĂ© capitaliste avaient Ă©tĂ© moins stupides dans leur Ă©goĂŻsme Ă©troit, ils auraient Ă©vitĂ© Ă  leurs hĂ©ritiers un siĂšcle de luttes sociales acharnĂ©es. Si un financier, un nĂ©gociant, un entrepreneur sont gĂ©nĂ©ralement de bons techniciens dans leur spĂ©cialitĂ©, parfois mĂȘme des as de la spĂ©culation commerciale ou financiĂšre, ils ne sont guĂšre, sauf exception (tel le populiste Henry Ford), des gĂ©nies de la rĂ©flexion sociale. Pourtant, la guerre des classes sociales n’est une fatalitĂ© que dans les Ă©lucubrations des auteurs marxistes. Le merveilleux utopiste JĂ©sus de Nazareth l’avait dit en son temps : « Il est dur Ă  un riche d’entrer au royaume des Cieux », mais il avait ajoutĂ© ces conseils gĂ©nĂ©rateurs de paix sociale : « Aimez-vous les uns les autres » et « Faites-vous des amis avec cet argent maudit ».

L’étrange alliance des capitalistes et des marxistes s’est nouĂ©e immĂ©diatement contre « le pape devenu socialiste » (c’est le Leitmotiv du convent de 1897 du Grand Orient). Le premier acte de cette alliance fut de dĂ©clarer la guerre aux rares catholiques qui suivirent leur pape. Mais c’est en pure perte que la non-sainte alliance capitalo-marxiste a dĂ©clarĂ© cette guerre : la masse des catholiques ne suivait pas son chef spirituel.

En France, la trĂšs curieuse affaire Dreyfus, bien exploitĂ©e par des professionnels de l’agitation politique et journalistique, aboutit au divorce entre la RĂ©publique et la religion dominante de la nation, alors mĂȘme que les deux forces en prĂ©sence Ă©taient d’accord sur l’essentiel : le conservatisme social. Le haut clergĂ© de France savait fort bien que ce sont les plus riches des fidĂšles qui remplissent les caisses paroissiales et diocĂ©saines et qui alimentent les bonnes Ɠuvres : Pie X sera le grand homme des Ă©vĂȘques de France.

Effectivement, en France, LĂ©on XIII n’a enthousiasmĂ© que de rares Ăąmes d’élite, comme le jeune polytechnicien Marc Sangnier, le crĂ©ateur du Sillon, qui marquera l’adolescence du gĂ©nĂ©ral de Gaulle. Les dĂ©putĂ©s Albert de Mun et Jacques Piou, avec leur Action libĂ©rale et Populaire, restent trĂšs en deçà de l’esprit rĂ©formateur de Rerum novarum. En revanche, RenĂ© de la Tour du Pin, qui rejette la politique de ralliement Ă  la RĂ©publique, diffuse la doctrine sociale de LĂ©on XIII et crĂ©e des cercles catholiques d’ouvriers.

En mai 1896, quelques prĂȘtres de paroisse organisent Ă  Reims un CongrĂšs des ouvriers catholiques, qui dĂ©chaĂźne la haine des marxistes et n’intĂ©resse guĂšre la presse parisienne. L’expĂ©rience ne sera pas renouvelĂ©e avant la Grande Guerre. C’est peu dire que « l’esprit public français Ă©tait aveugle au problĂšme social », Ă  la jonction des XIXe et XXe siĂšcles. MĂȘme chez quelques catholiques violemment anticapitalistes, tel Édouard Drumont (il n’est venu Ă  l’antijudaĂŻsme que par haine du « libĂ©ralisme Ă©conomique »), l’autoritĂ© pontificale est rejetĂ©e. Les articles de La Libre Parole le rĂ©pĂ©teront d’annĂ©e en annĂ©e : le problĂšme social français doit ĂȘtre rĂ©glĂ© par les seuls Français.

Que reste-t-il de Rerum novarum ? LĂ©on XIII n’aurait assurĂ©ment pas approuvĂ© la globalo-mondialisation de l’économie, telle qu’elle est pratiquĂ©e depuis les annĂ©es 1980-1990, soit la dĂ©sindustrialisation massive des pays Ă  haut niveau salarial et Ă  bonne protection sociale, par dĂ©localisation des entreprises vers les pays oĂč la main-d’Ɠuvre est sous-payĂ©e et la protection sociale inexistante, mais aussi le mĂ©pris flagrant des administrateurs pour leurs salariĂ©s mĂȘme fort mĂ©ritants, enfin la gestion des entreprises dans le but exclusif d’accroĂźtre les profits Ă  court terme des grands actionnaires.

La gĂ©nĂ©ralisation Ă  l’ensemble de la planĂšte de l’injustice sociale fondamentale, qui est de ne pas rĂ©tribuer le travail Ă  sa juste valeur et de mĂ©priser ouvertement les salariĂ©s, lui aurait semblĂ© une façon expĂ©rimentale quasi infaillible de prĂ©parer un nouveau cataclysme social. Par leur cynisme, leur soif inextinguible de richesses, leur absence pathologique de conscience sociale, les « super riches » ouvrent la carriĂšre aux fous furieux de la rĂ©volution sociale et menacent l’ensemble des peuples d’une nouvelle expĂ©rience collectiviste effroyable, en comparaison de laquelle les expĂ©riences de Messieurs « Staline » et Mao Tse-toung, les deux plus sanguinaires dictateurs du XXe siĂšcle, paraĂźtront des badineries.

On ferme cette parenthĂšse absurde, puisque selon l’estimable George Schwartz, dit Soros, les maĂźtres des multinationales et leurs fidĂšles employĂ©s du milieu de la politique de la gamelle et des mĂ©dias Ɠuvrent pour le bien de l’humanitĂ©.

Quel curieux pape fut LĂ©on XIII ! Il rĂ©clama une vĂ©ritable redistribution des profits au bĂ©nĂ©fice des travailleurs, au lieu de flatter les bailleurs de fonds traditionnels de la Sainte Église catholique, apostolique et romaine. Il discuta avec les orthodoxes et les anglicans, au lieu d’anathĂ©matiser les schismatiques comme le faisaient ses prĂ©dĂ©cesseurs.

Son successeur – saint Pie X – reviendra aux saines traditions, si rentables et si reposantes pour les bons esprits. LĂ©on XIII n’a pas Ă©tĂ© canonisĂ© et n’est mĂȘme pas inscrit sur les listes d’attente. Ce fin humoriste, cet ironiste subtil n’aurait probablement pas aimĂ© qu’on lui attribue des miracles.

Texte tirĂ©, pour l’essentiel, du volume 1 :, paru en 2010 chez Dualpha. Pour commander ce livre, cliquez ici.

La tĂ©nĂ©breuse affaire Dreyfus. Anticatholicisme et antijudaÏsme (Tome 1), Ed. Dualpha.

La tĂ©nĂ©breuse affaire Dreyfus. Anticatholicisme et antijudaÏsme (Tome 1), Ed. Dualpha.

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