On n’en finit plus de spĂ©culer sur la politique Ă©trangĂšre que va mener le 45e prĂ©sident des États-Unis d’AmĂ©rique Ă  compter du 20 janvier 2017. Si on se fie Ă  ses dĂ©clarations au cours de cette longue campagne Ă©lectorale, on ne peut que relever une nette affirmation d’inciter au dĂ©sengagement – relatif – des forces armĂ©es US en Asie et en Europe. Le prochain occupant du Bureau ovale exigera peut-ĂȘtre que ses alliĂ©s du « Vieux Continent » cessent de considĂ©rer l’OTAN comme leur unique recours possible. Il aimerait bien que les EuropĂ©ens prennent enfin leur destin militaire en main. Plus de soixante ans aprĂšs l’échec de la CommunautĂ© europĂ©enne de dĂ©fense (CED), le Brexit pourrait paradoxalement relancer un processus militaire europĂ©en si possible Ă©mancipĂ© de la tutelle Ă©tats-unienne.

Lors du sommet europĂ©en Ă  Bratislava le 16 septembre 2016, François Hollande dĂ©clarait pour une fois avec raison : « Si les États-Unis font le choix de s’éloigner, l’Europe doit ĂȘtre capable de se dĂ©fendre par elle-mĂȘme. Pour l’Union europĂ©enne, la dĂ©fense, c’est le dĂ©fi. Il s’agit de peser sur le destin du monde, de se doter d’une capacitĂ© de projection. [
] Il n’y a pas de continent, il n’y a pas d’union s’il n’y a pas de dĂ©fense de ce que nous reprĂ©sentons (dans Le Figaro des 17 et 18 septembre 2016). »

Mieux encore, Jean-Jacques MĂ©vel rapporte que « le trublion Viktor Orban a surpris beaucoup de monde en s’affichant comme le partisan rĂ©solu d’une Europe militaire : « la sĂ©curitĂ© de l’UE est la prioritĂ© et nous devrions mettre sur pied une armĂ©e europĂ©enne », assurait-il le mois dernier (dans Le Figaro du 14 septembre 2016). »

Ce projet ambitieux suscite cependant toujours la rĂ©ticence de certains États membres de l’Union pseudo-europĂ©enne qui ne veulent pas s’écarter du cadre atlantiste.

Du coup, Varsovie vient d’annuler l’achat d’hĂ©licoptĂšres militaires Caracal pour des hĂ©licoptĂšres assemblĂ©s outre-Atlantique. Jean-Jacques MĂ©vel ajoutait en outre que « la Pologne est favorable Ă  l’Europe de la dĂ©fense, « du moment qu’elle ne cherche pas Ă  faire concurrence Ă  l’OTAN », dit-on Ă  Varsovie. Prague et Bratislava sont Ă  peu prĂšs sur la mĂȘme ligne (art. cit.). »

Pis, fin septembre 2016, le ministre britannique de la DĂ©fense, Michael Fallon, assurait que « le Royaume-Uni s’opposera au projet d’Europe de la dĂ©fense portĂ© par la France et l’Allemagne tant qu’il fera partie de l’UE. »

Les Pays-Bas, le Danemark et les États baltes expriment eux aussi leur dĂ©fiance envers tout projet militaire europĂ©en non-atlantiste. Or, s’il y a un domaine dans lequel l’Europe peut se concevoir, c’est bien la dĂ©fense et ses fantastiques retombĂ©es Ă©conomiques grĂące Ă  la recherche-dĂ©veloppement. Le Brexit et l’arrivĂ©e de Donald Trump pourraient sortir les EuropĂ©ens du continent, des aires mĂ©diterranĂ©enne, rhĂ©nane et danubienne, de leur torpeur insensĂ©e. « Lorsque les Britanniques partiront, prĂ©vient Frederico Santopinto, du Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sĂ©curitĂ©, l’alibi qu’ils ont incarnĂ© pour justifier l’absence de progrĂšs en matiĂšre de dĂ©fense s’en ira avec eux
 (dans Le Monde du 29 octobre 2016). »

En 1980, Julien Freund relevait dans La fin de la Renaissance (PUF) que « le vrai principe fĂ©dĂ©rateur en politique est le militaire et non l’économique ou le culturel. En effet, c’est par les guerres ou Ă  la suite de guerres que les États se sont constituĂ©s » (p. 11).

Il manque encore au drapeau europĂ©en l’adoubement par le tragique sur les champs de bataille et le sang versĂ© des EuropĂ©ens, mais cette absence ne durera peut-ĂȘtre plus longtemps.

Bonjour chez vous !

 Cette « Chronique hebdomadaire du Village planétaire » a été diffusée sur Radio-Libertés le 9 décembre 2016.

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