Par Yves-Marie Laulan.

Yves-Marie Laulan.

Yves-Marie Laulan.

VoilĂ  qu’une fois de plus l’Occident, dĂ©cidĂ©ment incorrigible, se livre Ă  sa distraction favorite, le Poutine bashing : traduction libre : « Casser du sucre sur le dos du malheureux prĂ©sident russe ». Comme s’il n’avait pas assez d’ennuis comme cela. Il fallait bien qu’une voix autorisĂ©e comme la mienne s’élĂšve pour le dĂ©fendre contre ceux qui le dĂ©nigrent.

Bien plus, les voilĂ  qui exigent le rappel de tous les diplomates russes benoĂźtement installĂ©s chez nous, 140 au total, si mon compte est bon. Ce qui ne manquera pas de rendre bien malheureuses les mĂšres de famille russes habituĂ©es au confort des foyers douillets de chez nous, de perturber bĂȘtement la vie de ces enfants qui n’ont rien fait de mal Ă  personne etc. Il est vrai qu’en compensation, Ă  quelque chose malheur est bon, comme le dit sagement le proverbe, cela va faire la fortune des entreprises de dĂ©mĂ©nagement qui auront un exercice 2018 florissant.

Et pourquoi tout ce tintamarre planĂ©taire ? Pour quelques peccadilles innocentes, lesquelles en d’autres temps, seraient passĂ©es totalement inaperçues : la tentative, d’ailleurs manquĂ©e, d’envoyer ad patres un malheureux opposant russe qui passait par lĂ , comme par hasard, lequel avait cru, de toute bonne foi, trouver un refuge sĂ»r en Angleterre, du cĂŽtĂ© de Salisbury. Il est vrai, circonstance aggravante, que le moyen employĂ© pour ce faire Ă©tait particuliĂšrement rĂ©pulsif, dans tous les sens du terme : le poison, un agent innervant. Cela est difficilement supportable : souvenirs de la guerre de 14/18 obligent, comme on l’a vu en Syrie. Tuer des civils par milliers Ă  la bombe, passe encore. Mais employer des armes chimiques : halte là ! Monsieur Bachar El-Assad : bombarder, oui ; gazer, non !

Malheureux opposant Serguei Skripal
 Comme si on ne savait pas, depuis belle lurette, que l’Angleterre, justement prĂ©nommĂ©e jadis « la perfide Albion », est depuis toujours une vĂ©ritable pĂ©piniĂšre, mieux un paisible repaire d’espions qui peuvent pratiquer tranquillement leur beau mĂ©tier sans encombres, comme Kim Philby, MacLean et Burgess et consorts l’ont magistralement montrĂ© pendant la derniĂšre guerre ; Scotland Yard, le MI5, MI6, l’agent 007, c’est fini tout cela. C’est du roman ou du cinĂ©ma.

Mais pourquoi diable Monsieur Skripal, au lieu de Londres, n’a-t-il pas eu la bonne idĂ©e de venir se retirer Ă  Paris : d’abord les monuments sont beaucoup plus charmants qu’à Londres, les demeures plus confortables, la gastronomie inimitable. En outre, ce sont seulement les citoyens français qui se font flinguer, jamais les agents doubles russes. Nuance.

Ceci Ă©tant, ce qui est fait est fait. Et voilĂ  notre opposant victime d’une agression caractĂ©risĂ©e au poison. Mais pourquoi en faire toute une histoire ? Descendre les personnes qui chagrinent les hommes au Pouvoir en Russie est une tradition russe ancienne et vĂ©nĂ©rable. Rappelons-nous comment Staline a fait assassiner le malheureux Trotsky au Mexique d’un bon coup de pic Ă  glace dans la tĂȘte, histoire de lui apprendre Ă  vivre, dans l’autre monde il est vrai.

DĂ©tail amusant, cet Ă©pisode intervient au lendemain de la fiĂšre proclamation du Brexit qui devait, enfin, dĂ©livrer la Grande Bretagne du joug insupportable des pays de l’Union europĂ©enne. Souvenons-nous : « Brexit is Brexit » proclamait avec un brin d’arrogance l’inĂ©narrable Theresa May. Mais voilĂ , notre amazone, la queue entre les jambes (c’est une formule imagĂ©e, bien sĂ»r) de solliciter humblement l’appui et le soutien de ses collĂšgues abhorrĂ©s du continent. Rien ne lui aura Ă©tĂ© Ă©pargnĂ© dĂ©cidĂ©ment.

Et ces bons apĂŽtres d’obĂ©ir au doigt et Ă  l’Ɠil et de rappeler leurs diplomates en masse. Mais oĂč loger tous ces gens qui auront louĂ© leurs appartements parisiens ? Faudra-t-il dresser des tentes dans les jardins du Quai d’Orsay ou sur la pelouse de l’ÉlysĂ©e, comme l’avait fait obligeamment Mouammar Kadhafi pour enchanter le prĂ©sident Nicolas Sarkozy, grand amateur d’exotisme Ă  domicile.

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Mais, trĂȘve de plaisanteries. PlutĂŽt que de contrarier sans cesse Vladimir, nous serions bien mieux inspirĂ©s de le soutenir fermement.

D’abord Poutine est indiscutablement soutenu par la majoritĂ© du peuple russe comme les derniĂšres Ă©lections l’ont clairement montrĂ©. On peut le dĂ©plorer, mais c’est ainsi. Mais, dira-t-on, il n’a pas Ă©tĂ© Ă©lu par un systĂšme vraiment dĂ©mocratique. C’est Ă  voir
 Et d’ailleurs « qu’importe la bouteille si le vin est bon. »

Tous les pays au monde doivent-ils copier servilement nos institutions ?

Il est, nous dit-on, au pouvoir depuis 20 ans grùce à un subtil jeu de bascule de type culbuto qui le ramÚne automatiquement au sommet. Et alors ? Et le président à vie chinois ?

Poutine a apportĂ© aux Russes ce dont ils avaient le plus besoin, la stabilitĂ©, aprĂšs les annĂ©es de tourmente chaotique qui ont suivi l’effondrement de l’Union soviĂ©tique dans les annĂ©es quatre-vingt-dix. Et la stabilitĂ© en Russie est dans l’intĂ©rĂȘt de nos pays.

Certes, tout n’est pas parfait ; la croissance reste Ă  la traĂźne et la restructuration de l’économie russe est loin d’ĂȘtre menĂ©e Ă  son terme, avec un secteur public dominant et une amĂ©lioration du niveau de vie un peu dĂ©cevante. Mais si les Russes savent s’en contenter, ce n’est pas notre affaire.

En fait, plutĂŽt que de regarder Poutine et la Russie comme des rivaux dangereux, nous serions mieux inspirĂ©s de les considĂ©rer comme des alliĂ©s potentiels qu’il faudrait assister au besoin au lieu de les accabler de « sanctions » aussi inefficaces qu’insultantes.

En rĂ©alitĂ©, la Russie reste, on le sait, terriblement vulnĂ©rable. Elle est tributaire du pĂ©trole qui reprĂ©sente encore 50 % de son budget et de ressources Ă  l’exportation. Mais, de toute façon, le pĂ©trole est une ressource Ă©nergĂ©tique condamnĂ©e Ă  terme au dĂ©clin. La Russie n’a encore rien trouvĂ© pour le remplacer.

La Russie dispose, certes, d’un appareil militaire imposant et de capacitĂ©s nuclĂ©aires redoutables. Mais « on peut tout faire avec des baĂŻonnettes, sauf s’asseoir dessus », disait dĂ©jĂ  Talleyrand. C’est bien ce qu’a compris ce maĂźtre de la stratĂ©gie gĂ©opolitique qu’est Poutine. C’est la raison pour laquelle, au nom de la notion rĂ©aliste de suffisance, il vient de rĂ©duire son budget de la dĂ©fense, au demeurant, trĂšs raisonnable : 46 milliards de dollars contre 700 milliards pour les USA et 215 pour la Chine. Au demeurant, qui songerait Ă  attaquer la Russie ? L’Europe ? N’en parlons pas. C’est depuis 75 ans un « tigre de papier ». Les États-Unis ? Ils ont mieux Ă  faire dans le Pacifique et l’Asie du Sud-Est.

Reste, il est vrai, un danger trĂšs rĂ©el pour la Russie : la Chine ; Chine qui dispose d’un arsenal militaire au moins Ă©gal sinon bien supĂ©rieur au sien ; la Chine qui surplombe la population russe exsangue du haut de ses 1,3 milliard d’habitants en plein essor Ă©conomique et technique ; la Chine qui borde des territoires russes quasi vides sur plusieurs milliers de kilomĂštres de frontiĂšre commune ; la Chine enfin qui a dĂ©jĂ  commencĂ© une colonisation insidieuse laquelle permettra un jour de rĂ©clamer comme chinois des lambeaux de territoires russes. Il y a des prĂ©cĂ©dents rĂ©cents : le Tibet pour qui aurait la mĂ©moire courte (ou les SudĂštes du temps d’Hitler). C’est la stratĂ©gie du boa qui enserre, Ă©touffe, puis engloutit.

De toute façon, la dĂ©mographie reste le talon d’Achille de la Russie et ce ne sont pas les modestes mesures adoptĂ©es par Poutine qui vont y changer quelque chose Ă  vue humaine. La population, minĂ©e par l’alcool et le mauvais Ă©tat sanitaire, de 144 millions d’habitants va inexorablement dĂ©cliner vers 110 millions. C’est peu pour tenir un immense territoire de 17,1 millions de kilomĂštres carrĂ©s, le pays le plus vaste au monde.

Le taux de fécondité est imperceptiblement remonté, grùce aux mesures opportunes de Poutine. Mais reste obstinément proche de 1,7 enfant par femme, soit bien inférieur au taux de 2 nécessaire pour simplement assurer le renouvellement de la population à un niveau identique. Or, la Russie possÚde le plus vaste territoire national au monde, bien devant les USA, le Canada et la Chine. Cela ne peut manquer de susciter à terme bien des convoitises, surtout chinoises.

La conclusion manifeste est qu’au lieu de s’opposer ou d’affaiblir la Russie, l’intĂ©rĂȘt stratĂ©gique de l’Europe et des USA est de peser de tout leur poids pour lui venir en aide. Car la Russie est, qu’on le veuille ou non, notre alliĂ© stratĂ©gique naturel de demain, comme avant 1914. Mais allez donc faire comprendre cette Ă©vidence aux cervelles obtuses de nos responsables politiques qui n’ont jamais consultĂ© une carte ni les prĂ©visions dĂ©mographiques. Ils vivent le nez dans le guidon, sans vision gĂ©ostratĂ©gique de long terme, aux Ă©coutes des derniĂšres nouvelles de « google actualitĂ©s ».

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