Le « rĂȘve europĂ©en » de Feltin-Tracol qu’il oppose au « cauchemar consumĂ©riste », s’il devait ĂȘtre traduit sur le terrain politique, serait immanquablement porteur d’amĂšres dĂ©convenues tant il relĂšve, avant tout, d’une mystique mobilisatrice, de la mĂȘme façon que le « grĂšve-gĂ©nĂ©ralisme » sorĂ©lien se voulait un mythe rĂ©volutionnaire Ă  la fois Ă©mancipateur et rĂ©gĂ©nĂ©rateur. Carl Gustav Jung et Lucien LĂ©vy-Bruhl ont prĂ©cisĂ©ment Ă©tudiĂ© la parentĂ© « structurale » entre mythe et mystique, ce dernier ayant mĂȘme clairement mis en Ă©vidence le fait que le mythe ressortit au rĂȘve.

Prométhée enchaßné avec l'aigle ; à gauche son frÚre Atlas (Kylix laconien à figures noires du peintre Arcésilas de Cerveteri, vers 560/550 av.

PromĂ©thĂ©e enchaĂźnĂ© avec l’aigle ; Ă  gauche son frĂšre Atlas (Kylix laconien Ă  figures noires du peintre ArcĂ©silas de Cerveteri, vers 560/550 av.

Si l’on souscrit, d’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale Ă  l’ensemble de l’argumentaire « europĂ©en » de l’auteur, nous rĂ©cusons son promĂ©thĂ©isme « europĂ©iste » consistant Ă  faire de la nouvelle Europe qu’il appelle de ses vƓux, la condition de survie (voire d’existence) des patries historiques et charnelles. Nonobstant sa tendance centralisatrice, la monarchie française devait continuer Ă  compter avec les provinces (selon Villot de FrĂ©ville, « ce qu’on appelait le royaume de France se divisait en une infinitĂ© de parties hĂ©tĂ©rogĂšnes ») que la RĂ©volution abolira sans vergogne pour lui substituer des dĂ©partements administratifs entiĂšrement coupĂ©s du substrat ethnoculturel des anciennes circonscriptions historiques. Feltin-Tracol croit trĂšs habilement que le recours au fĂ©dĂ©ralisme intĂ©gral rĂ©soudra, tout Ă  la fois, le dĂ©samour des peuples pour une Europe, il est vrai, dĂ©figurĂ©e par l’Union europĂ©enne, comme la fin programmĂ©e des États-nations, il est non moins vrai, Ă©cartelĂ©s par le haut (le jacobinisme supranational des institutions bruxelloises) et par le bas (l’éclatement centrifuge des nations par une rĂ©gionalisation technique et non moins centralisĂ©e Ă  son Ă©chelle). Mais ce fĂ©dĂ©ralisme subsidiariste ne peut valablement prospĂ©rer, selon une logique concentrique, que sur des espaces relativement homogĂšnes. S’il est indiscutable que les EuropĂ©ens partagent une trame civilisationnelle commune, une approche ethniciste plus affinĂ©e rendrait rapidement compte des divergences de « Weltanschauung ». Stendhal avait beau apprĂ©cier l’Italie et Maurras, la GrĂšce, ils n’en restaient pas moins, l’un et l’autre, fonciĂšrement français, non pas tant par un attachement viscĂ©ral Ă  la mĂšre patrie, que par leur maniĂšre d’apprĂ©hender le monde du point d’observation culturel, historique, sociologique, ethnologique qui Ă©tait le leur.

Quand l’auteur rejette le souverainisme qui serait un faux nez du nationalisme, nous le suivons gaillardement, ayant nous-mĂȘme dĂ©noncĂ© cette escroquerie idĂ©ologique consistant Ă  prĂ©senter le patriotisme sous des atours plus avenants, c’est-Ă -dire, relativement acceptables selon les canons du politiquement correct (cf. La SouverainetĂ© dans la nation, L’Æncre, 2015).

Souveraineté Nation

À la suite de Romain Gary, le gĂ©nĂ©ral de Gaulle estimait que « le patriotisme, c’est l’amour des siens. Le nationalisme, c’est la haine des autres ». Il n’est rien de plus faux. Le nationalisme comme le patriotisme font rĂ©fĂ©rence, par leur Ă©tymologie, Ă  un fait de nature que Maurras avait d’ailleurs parfaitement bien entrevu. L’attachement Ă  la terre ancestrale rĂ©sulte d’abord du simple fait de naĂźtre sur un sol que l’on n’a pas choisi. Pour parler comme les astrophysiciens, on dira qu’il existe une singularitĂ© initiale qui conditionne certes l’individu mais, au-delĂ  de lui-mĂȘme, d’un point de vue holiste, la sociĂ©tĂ© tout entiĂšre laquelle, non seulement l’a accueilli comme l’un des siens engendrĂ© par les siens, mais encore et surtout de laquelle il est tributaire, sauf Ă  ruiner les fondements de cette sociĂ©tĂ© si chacun de ses membres pouvait discrĂ©tionnairement s’en affranchir en rĂ©cusant ses rĂšgles constitutives. En outre, parce que les concepts et les idĂ©es subissent autant les outrages du temps que des influences qui les transforment, il est apparu que le patriotisme semblait davantage s’adresser au cƓur et aux vibrations intimes de l’ñme (celles qu’un Marc Bloch avait sublimement senties en parlant du souvenir de Reims et de la FĂȘte de la FĂ©dĂ©ration), tandis que le nationalisme ressortait Ă  la raison politique. Le patriotisme embrasse uniment quand le nationalisme hiĂ©rarchise et, par lĂ  mĂȘme, pose des prioritĂ©s. Il ne s’agit pas, comme on le dit trop lĂ©gĂšrement par paresse ou ignorance, de distinguer selon des critĂšres raciaux ou biologiques mais bien de dĂ©terminer des limites, Ă  commencer par celles circonscrivant l’espace du politique, condition sine qua non de son exercice. Ce sont prĂ©cisĂ©ment ces mĂȘmes limites que mĂ©connaĂźt le projet paneuropĂ©en de Georges Feltin-Tracol

ConcrĂštement, cela signifie que la nation (ou la patrie, deux termes franchement synonymes) n’est rien sans le peuple qui l’incarne, celui-ci n’étant qu’une vague entitĂ© hors-sol si elle se trouve dans l’incapacitĂ© de s’identifier Ă  son substrat naturel. C’est dire que peuple et nation sont inextricablement et consubstantiellement liĂ©s. Le nationalisme est prioritairement une prise de conscience de soi, sans haine masochiste ni exclusivisme. Il n’aura un avenir que pour autant que la nation sera considĂ©rĂ©e comme la condition de survie d’un peuple. Mais encore faut-il que ce dernier soit littĂ©ralement habitĂ© par l’ñme de la terre qui l’a vu naĂźtre et constamment prĂ©occupĂ© d’en transmettre un hĂ©ritage dont il n’a que l’usufruit. Entre le fantasme d’un Âge d’or de la nation et l’ethnocide consistant Ă  la repousser indĂ»ment, voire en l’abhorrant, existe ce juste milieu, la pĂ©rennitĂ© inconditionnelle et indisponible du politique. Ici, la souverainetĂ© retrouve son rang, Ă  la condition d’ĂȘtre enchĂąssĂ©e dans le peuple, siĂšge du politique par excellence, peuple et politique convergeant vers le bien commun de la « polis ». Or, un peuple subitement dĂ©pouillĂ© – mĂȘme avec son consentement dĂ©mocratiquement consignĂ© – de ses attributs souverains, perd sa qualitĂ© d’« ĂȘtre » politique et, ipso facto (comme ipso jure, si l’on veut rester consĂ©quent), se voit contester le droit de se rĂ©clamer de sa nation d’appartenance. Il est un fait visible que nous assistons Ă  la lente et inexorable dĂ©possession de nous-mĂȘme en tant que peuple qui se voit contester le droit immĂ©morial et, jusqu’à rĂ©cemment (soit depuis une petite trentaine d’annĂ©es), indiscutĂ©, de vivre sur la terre transmise et façonnĂ©e par nos aĂŻeux selon des us et coutumes bien dĂ©finis.

L’Europe, pas le monde de Georges Feltin-Tracol (Éditions du Lore).

L’Europe, pas le monde de Georges Feltin-Tracol (Éditions du Lore).

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A propos de l'auteur

Aristide Leucate

Journaliste et essayiste, apporte rĂ©guliĂšrement sa contribution Ă  la presse d’information et d’opinion, de L’Action française 2000 Ă  Boulevard Voltaire. Conjuguant militantisme et rĂ©flexion politiques, il exerce des responsabilitĂ©s au sein d’un parti politique national. Il est l’auteur de deux essais (DĂ©tournement d’hĂ©ritages, prĂ©face de Pierre Hillard et La souverainetĂ© dans la nation, prĂ©face de Philippe Randa).

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