Les ministres de la DĂ©fense se sont rencontrĂ©s Ă  Bratislava et aprĂšs le Brexit, le Royaume-Uni ose confirmer qu’il s’opposera Ă  toute idĂ©e d’une armĂ©e europĂ©enne. Selon les Britanniques, l’OTAN doit rester « la pierre angulaire de la dĂ©fense de l’Europe », a dĂ©clarĂ© le secrĂ©taire d’État britannique Ă  la DĂ©fense, Michael Fallon, le 27 septembre Ă  Bratislava.

« Nous sommes d’accord sur le fait que l’Europe doit faire davantage pour rĂ©pondre aux dĂ©fis du terrorisme et de l’immigration, mais nous allons continuer Ă  nous opposer Ă  toute idĂ©e d’une armĂ©e europĂ©enne ou d’un quartier gĂ©nĂ©ral pour une armĂ©e europĂ©enne – idĂ©e forte de la France -, qui reviendrait simplement Ă  saper l’autoritĂ© de l’OTAN », a affirmĂ© Michael Fallon.

NĂ©anmoins, le mĂȘme jour au mĂȘme endroit, insistant quelque peu sur les faiblesses europĂ©ennes en matiĂšre de dĂ©fense (cĂŽtĂ© UE), le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’OTAN, d’ordinaire trĂšs prudent, s’est avancĂ© un peu vite dans l’affaire en rappelant que « trois des quatre bataillons alliĂ©s prĂ©sents Ă  l’Est Ă©taient dirigĂ©s par des pays non-membres de l’Union europĂ©enne : les États-Unis, le Canada et le Royaume-Uni  ». Ceci est une autre maniĂšre de dire : Exit donc le Royaume-Uni, cela malgrĂ© tous les efforts du ministre britannique de la DĂ©fense, pour animer les dĂ©bats et malgrĂ© toutes les dĂ©clarations contraires de Londres – qui n’a toujours pas dĂ©clenchĂ© la procĂ©dure de dĂ©part de l’Union europĂ©enne (le fameux article 50). Ainsi donc le Royaume-Uni est dĂ©jĂ  « Exit » pour Stoltenberg.

Ce sommet informel qui a dĂ©butĂ© le 27 septembre Ă  Bratislava a vu aussi Berlin et Paris y dĂ©fendre le projet de dĂ©fense le plus ambitieux de ces vingt derniĂšres annĂ©es, malgrĂ© les rĂ©ticences des pays de l’est et l’opposition de Londres. Une meilleure coopĂ©ration en matiĂšre de dĂ©fense est le souhait qui a Ă©mergĂ© des rĂ©unions des États membres aprĂšs le rĂ©fĂ©rendum du Brexit. Rappelons nĂ©anmoins que pour l’heure, Londres a toujours les mĂȘmes droits au sein de l’Union europĂ©enne et les conservera jusqu’à sa sortie officielle de l’UE. Notons aussi que la ferme opposition des Britanniques Ă  toute initiative qui pourrait affaiblir l’OTAN est soutenue par la Pologne et les États baltes.

Selon Ursula von der Leyen, ministre allemande Ă  la DĂ©fense, « Cette initiative est conçue pour une Europe forte et veut aussi entretenir de bonnes relations avec le Royaume-Uni dans l’avenir, notamment en matiĂšre de dĂ©fense ». Et c’est ici que le paradoxe prend tout son sens, puisqu’il est dit en mĂȘme temps que cette initiative permettrait Ă  l’UE d’agir sans le soutien des États-Unis en cas de problĂšme Ă  ses frontiĂšres, de menaces provenant d’États faillis ou d’une « Russie toujours plus agressive ». Comment agir sans le soutien des États-Unis, tout en rĂȘvant d’accrocher le Royaume-Uni Ă  une Europe de la dĂ©fense, dont il ne veut pas et qu’il combattra de toute son Ă©nergie ? Comment refuser tout rapprochement vital et naturel avec la Russie, alors que la gĂ©ographie comme l’histoire nous le commandent ? Une Europe de la dĂ©fense devra-t-elle toujours dĂ©pendre de la Pologne, d’un ou deux baltes, alors que ceux-ci n’ont cessĂ© de jeter de l’huile sur le feu, dans le conflit ukrainien ?

On peut dĂ©sormais s’interroger sur l’intĂ©rĂȘt de l’UE Ă  ce que le Royaume-Uni fasse partie de ses partenaires dans ses ambitions militaires ? L’OTAN veut en effet un soutien adĂ©quat et mĂȘme si le Royaume-Uni voit des aspects positifs dans l’initiative de l’UE, comme les mesures sur le terrorisme et la cybersĂ©curitĂ©, le dĂ©sengagement progressif des USA en Europe, devrait trĂšs vite nous faire nous interroger sur le rĂŽle qui pourrait ĂȘtre Ă©ventuellement concĂ©dĂ© au Royaume-Uni dans la dĂ©fense europĂ©enne, par la France et l’Allemagne.

Certainement le temps est-il venu, compte tenu aussi de l’évolution de la Turquie d’Erdogan, de rĂ©flĂ©chir, dans une perspective de dĂ©fense europĂ©enne, comment desserrer les deux mĂąchoires de l’OTAN, qui exercent une pression infondĂ©e et d’un autre temps sur l’Europe : la Turquie au sud et le Royaume-Uni au nord.

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