Le Groenland, terre de Thulé, fait toujours partie de la Couronne danoise, mais a quitté il y a déjà près de trois décennies l’Europe grâce à un combat autonomiste identitaire « de gauche »…

Le 12e territoire du monde de par sa superficie avec près de 2 200 000 km2 fut un espace de la Communauté européenne. Certes, le Groenland, la deuxième plus grande île du monde après l’Australie, démographiquement, ne compte qu’un peu plus de 56 000 Groenlandais.

Or, le Groenland fait partie du royaume du Danemark depuis le XVIIIe siècle et malgré sa proximité géographique avec l’Amérique du Nord, plus particulièrement le Canada, ce lien de souveraineté a été maintenu.

Il s’avère, en effet, que le Danemark a rejoint la CEE le 1er janvier 1973, marquant ainsi son adhésion aux principes du Traité de Rome, en même temps que le Royaume-Uni et l’Irlande.

Ce processus d’intégration communautaire fut marqué, dès l’origine, par un vote défavorable dans la Province du Groenland à hauteur de 70 %, tandis que l’ensemble des Danois, comme les Britanniques et les Irlandais, se prononçaient favorablement à l’entrée dans la CEE avec 63 % de suffrages exprimés.

Cette dichotomie électorale entre les résultats électoraux danois et ceux du Groenland semble plus liée à une volonté de se démarquer de la Couronne danoise qu’à une défiance envers une structure peu connue, même si elle fit, alors, l’objet d’un refus de la part des Norvégiens, autre État scandinave, lors d’un référendum différent.

Au cours des années 1970, le Groenland enregistra une poussée des mouvements autonomistes, voire indépendantistes, comme le parti « Siemut » (pouvant être traduit, en français, par « en avant »), crée en 1977, d’inspiration sociale-démocrate, mais aussi le parti « Inuit-ataqatiglit » (terme issu du nom de la Communauté Inuit, appellation du peuple autochtone des régions arctiques de la Sibérie et de l’Amérique du Nord, Alaska et Canada, ainsi que du Groenland), clairement indépendantiste et socialiste. Ce mouvement, se revendiquant de la communauté Inuit, réclamait l’indépendance du territoire, la maîtrise des ressources naturelles, la protection de l’environnement et la sauvegarde de la culture inuit.

La pression électorale rendit l’évolution du statut de l’île inéluctable : la représentation groenlandaise au Parlement danois, le Folketing, étant jugée insuffisante, 1979 vit naître de nouvelles institutions, approuvées par 52 % des électeurs, dont un Parlement groenlandais autonome, le Landsting, ainsi qu’un pouvoir exécutif, le Landstyre.

Les élections, en 1979, tant à l’assemblée constituante qu’à la première élection au suffrage universel du Parlement européen virent la victoire de la coalition des autonomistes et des indépendantistes.

En juin 1979, un des seize sièges dévolus au Danemark pour l’élection des parlementaires européens était réservé au Groenland : l’élu avait axé sa campagne contre le maintien de l’île, devenue autonome, dans la CEE. Finn Lynge fut le premier parlementaire européen groenlandais élu, membre du parti de gauche Siumut, ancien prêtre catholique défroqué, il était alors le directeur de la radio insulaire. Ainsi, il fut un des premiers élus européens, mais fondamentalement anti-européen.

Toutefois, le faible écart du référendum (52 % contre 48 %) rendit moins rapide que prévu les négociations de sortie de la CEE.

Région ultra-périphérique (RUP, selon les critères européens), il ne pouvait pas être question pour le Groenland de quitter la CEE, sans devenir totalement souverain, c’est-à-dire indépendant.

Or, ce débat ne se posait pas en ces termes.

Après un référendum insulaire le 23 février 1982 sur le retrait de la CEE largement accepté par la population, le Groenland changea de statut en 1984. Le Danemark proposa une requalification juridique du statut de l’île, de RUP à PTOM (pays et territoires d’Outre-Mer), c’est-à-dire hors le champ du droit communautaire.

Cette modification fut accordée par un protocole annexé au Traité de Rome qui donnait, pendant dix ans de 1985 à 1995, une liberté aux navires de pêche communautaires d’accéder aux eaux territoriales groenlandaises.

Lors des deuxièmes élections au Parlement européen, en juin 1984, le député sortant, Finn Lynge, fut réélu mais celui-ci vit la fin de son mandat, écourté à six mois, en même temps que le changement de statut de l’île, soit le 31 décembre 1984.

Malgré ce départ institutionnel, le Danemark conserva ses seize sièges et l’élu Groenlandais fut remplacé par un élu Danois.

Dans le même temps, au Danemark, l’appartenance à la CEE était remise en cause par une coalition hybride, le « Front national contre le marché commun », mouvement résolument anti-CEE, qui obtenait un tiers des suffrages…

La modification de statut accepté par les instances européennes ne put être réalisée qu’avec l’accord du pays souverain, le Danemark, la modification des textes initiaux du Traité de Rome, et son acceptation par tous les membres de la CEE qui, il est vrai, n’était que dix à l’époque.

Ce cas, unique à ce jour, est le fruit des rapports entre la Couronne danoise et sa province groenlandaise. Il n’est pas représentatif d’un retrait total d’un État, mais reste pertinent pour les rapports entre les États de l’Union et leurs rapports avec leurs régions et les qualifications juridiques de ces dernières, RUP ou PTOM.

Cette vaste perte territoriale a eu beaucoup moins d’impact compte tenu de l’éloignement et de la faible densité démographique de l’île qu’un fait majeur issu de la fin des années 1980, la chute du Mur de Berlin le 9 novembre 1989 qui entraîna l’absorption, moins d’une année après, de l’Allemagne de l’Est, ex-République Démocratique Allemande (RDA), démocratie populaire adhérente au Pacte de Varsovie, à l’Allemagne occidentale, ex-République Fédérale Allemande (RFA), membre de l’OTAN.

Vous avez aimé cet article ?

EuroLibertés n’est pas qu’un simple blog qui pourra se contenter ad vitam aeternam de bonnes volontés aussi dévouées soient elles… Sa promotion, son développement, sa gestion, les contacts avec les auteurs nécessitent une équipe de collaborateurs compétents et disponibles et donc des ressources financières, même si EuroLibertés n’a pas de vocation commerciale… C’est pourquoi, je lance un appel à nos lecteurs : NOUS AVONS BESOIN DE VOUS DÈS MAINTENANT car je doute que George Soros, David Rockefeller, la Carnegie Corporation, la Fondation Ford et autres Goldman-Sachs ne soient prêts à nous aider ; il faut dire qu’ils sont très sollicités par les medias institutionnels… et, comment dire, j’ai comme l’impression qu’EuroLibertés et eux, c’est assez incompatible !… En revanche, avec vous, chers lecteurs, je prends le pari contraire ! Trois solutions pour nous soutenir : cliquez ici.

Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertés.