La lĂ©gende veut que le fondateur de la Ligue du nord « italienne », Umberto Bossi, soit allĂ© voir plusieurs fois le film Braveheart que l’on a Ă©voquĂ©, dans un prĂ©cĂ©dent article, pour l’Écosse. Vraie ou fausse, cette affirmation reflĂšte le souci, pour le mouvement indĂ©pendantiste (ou autonomiste, selon les Ă©poques) du nord de l’Italie de se construire des mythes mettant en scĂšne le combat des peuples contre un Ă©tranger, a fortiori lorsqu’il a la qualitĂ© de force occupante.

D’abord l’ethnos leghiste (adjectif s’appliquant Ă  la Ligue) est fondĂ© sur l’histoire : l’Italie est, comme notre voisin allemand, une nation rĂ©cente et l’unification du XIXe siĂšcle s’est rĂ©alisĂ©e par le haut. L’unitĂ© italienne, le Risorgimento, a Ă©tĂ© imposĂ©e par la Maison de Savoie, dynastie monarchique europĂ©enne, en 1861, aprĂšs de longues pĂ©riodes de guerres d’indĂ©pendance.

L’irruption des Ligues en Italie dans le jeu Ă©lectoral est, quant Ă  elle, beaucoup plus rĂ©cente, les annĂ©es 1980 les consacrent, et concerne uniquement l’Italie septentrionale, si l’on excepte la Sardaigne dont les revendications liĂ©es Ă  l’insularitĂ© sont beaucoup plus anciennes et font l’objet de revendications depuis prĂšs d’un siĂšcle par l’intermĂ©diaire du Partito Sardo d’Azione, Parti Sarde d’Action.

En Italie du nord virent le jour des mouvements appelĂ©s lĂ©ghistes avec d’abord, la plus influente Ă  l’origine, la Lega Lombarda (Ligue Lombarde), mais aussi la Lega Veneta (Ligue VĂ©nitienne), Ă  l’existence antĂ©rieure Ă  la lombarde, la Lega Emiliano-Romagnola, l’Allranza Toscana, l’Uniun Ligure, le Piemont Autonomista


Ces mouvements se fondent sur une vision historique dans une optique de lutte contre le pouvoir central incarnĂ© par le gouvernement situĂ© Ă  Rome et ses dĂ©rives, comme la redistribution par l’impĂŽt en faveur des rĂ©gions italiennes du sud, plus dĂ©sindustrialisĂ©es, notamment le Mezzogiorno.

Outre l’histoire, les Ligues, qui se regrouperont sous l’autoritĂ© d’Umberto Bossi en 1991, Ă  Milan, avec le tournant historique, car unificateur, de la crĂ©ation de la Lega nord, la Ligue du nord qui va s’efforcer de regrouper l’ensemble des structures lĂ©ghistes.

La Ligue va utiliser l’aspect linguistique, faisant remonter l’origine de leur peuple aux Celtes envoyant ainsi un second clin d’Ɠil aux Écossais (qui utilisent trĂšs peu cette particularitĂ©, nous l’avons vu), en mobilisant la langue gaĂ©lique originelle comme facteur Ă  la fois d’unitĂ© ethnique et d’altĂ©ritĂ© Ă  l’encontre des autres italiens, vus ainsi comme Ă©trangers Ă  leurs propres racines.

Mais outre l’histoire rĂ©cente et la langue, les partisans d’Umberto Bossi ne vont pas hĂ©siter Ă  utiliser l’ethnie, comme valeur liĂ©e au sang, pour crĂ©er une cĂ©sure entre eux et les autres italiens, en adoptant ainsi une altĂ©ritĂ© d’origine quasi civilisationnelle entre les Padans, peuple de la Padanie, et les MĂ©ridionaux.

En effet, la Lega va utiliser toute une symbolique visant Ă  Ă©tablir la Padanie, nation virtuelle reprĂ©sentant le nord italien, portant un message excessivement ethniciste, contre les mĂ©ridionaux, terme chargĂ© pĂ©jorativement. La Lega utilisera plus communĂ©ment les adjectifs, plus dĂ©valorisants, de cafone et terrone, termes qui dĂ©signaient les travailleurs terriens de faible condition sociale, voire d’autres acceptations relevant du continent africain, comme baluba, qui signifie Ă  la fois africain, arriĂ©rĂ© et tribal.

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