Dans mon essai publiĂ© en mai dernier, L’Europe des peuples face Ă  l’Union europĂ©enne (Ă©ditions L’Æncre), j’ai Ă©voquĂ©, en quelques lignes (pp. 53-54), le cas de la rĂ©gion du Haut-Adige (ou du Sud-Tyrol), appelĂ©e, administrativement par les autoritĂ©s italiennes, la province autonome de Bolzano, qui n’est autre que la capitale de ce territoire largement autonome partie de la pĂ©ninsule.

L’Europe des peuples face Ă  l’Union europĂ©enne de Franck Buleux, Ă©ditions L’Æncre, collection « À Nouveau SiĂšcle, Nouveaux Enjeux », 226 pages, 25 euros.

L’Europe des peuples face Ă  l’Union europĂ©enne de Franck Buleux, Ă©ditions L’Æncre, collection « À Nouveau SiĂšcle, Nouveaux Enjeux », 226 pages, 25 euros.

Pourquoi ce territoire, limitrophe au nord et Ă  l’est de l’Autriche (Tyrol et Salzbourg), Ă  l’ouest de la Suisse (Grisons), au sud-est de la VĂ©nĂ©tie (province de Belluno), au sud de la province autonome de Trente (Trentin) et au sud-ouest (par le col du Stelvio) de la Lombardie (province de Sondrio) pose-t-il question aujourd’hui ?

Au cƓur des Alpes, partie des Dolomites, la province autonome italienne regroupe 500 000 habitants rĂ©partis sur une surface territoriale de 7 400 km 2.

Ce territoire est devenu italien seulement aprĂšs la PremiĂšre Guerre mondiale ; cet ancien territoire de l’empire Austro-hongrois des Habsbourg a fait l’objet, par les AlliĂ©s, d’une promesse au profit des Italiens en cas d’entrĂ©e dans la guerre contre Berlin, en 1915 et, bien Ă©videmment, de victoire ultĂ©rieure. Ce qui fut fait et ce territoire a fait l’objet, jusqu’en 1946, d’une « italianisation ».

PrĂšs de cent ans aprĂšs la victoire des AlliĂ©s, 70 % de la population est toujours germanophone et les partis rĂ©clamant plus d’autonomie ou l’indĂ©pendance, voire le rattachement du territoire Ă  l’Autriche, reprĂ©sentent, peu ou prou, le mĂȘme niveau Ă©lectoral lors des Ă©lections au Conseil de la province (le dernier scrutin a eu lieu en 2013).

Ce qui vient d’évoluer, depuis la parution de mon essai, c’est la dĂ©cision du nouveau gouvernement autrichien, composĂ© d’une union des droites entre conservateurs (ÖVP) et populistes (FPÖ) d’accorder un passeport autrichien Ă  350 000 rĂ©sidents du territoire, c’est-Ă -dire aux germanophones.

Sur place, le paysage politique n’y est pas opposĂ©, bien au contraire, puisqu’il s’agit d’une revendication du parti majoritaire et d’autres mouvements, Ă©galement reprĂ©sentatifs de la population. La province est dirigĂ©e, depuis sa crĂ©ation, par le SĂŒdtiroler Volkspartei (SVP), qui dĂ©fend la majoritĂ© de langue allemande et la minoritĂ© de langue ladine (30 000 personnes). Ce parti populaire dĂ©mocrate-chrĂ©tien siĂšge avec la droite europĂ©enne, c’est-Ă -dire avec les conservateurs autrichiens Ă  Bruxelles (il y eut un Ă©lu SVP jusqu’en 2014) tout en soutenant la gauche italienne lors des Ă©lections nationales (le Parti dĂ©mocrate italien). Outre ce mouvement, qui reprĂ©sente prĂšs d’un Ă©lecteur sur deux et qui dirige le Conseil de la province autonome de Bolzano (oĂč il a longtemps d’ailleurs obtenu la majoritĂ© absolue), d’autres mouvements sont germanophones. ConsidĂ©ré comme plus Ă  droite et plus proche de l’Autriche, le parti Die Freiheitlichen (les LibĂ©raux) reprĂ©sente 18 % des suffrages exprimĂ©s. Encore plus radicaux car favorables au rapprochement avec l’Autriche, le SĂŒd-Tiroler Freiheit est un parti politique rĂ©gionaliste et indĂ©pendantiste fondĂ© en 2007 qui s’auto-dĂ©clare « mouvement » et non parti et dont l’objectif est le rattachement de la province autonome de Bolzano au Land du Tyrol (et donc, par voie de consĂ©quence, l’Autriche elle-mĂȘme), qui serait alors ainsi rĂ©unifiĂ©, ce mouvement reprĂ©sente 7 % des suffrages exprimĂ©s. Les partis nationaux italiens reprĂ©sentent des scores modestes, voire faibles : 9 % pour Les Verts, 7 % pour le Parti dĂ©mocrate, 3 % pour la Lega ou 3 % pour le Mouvement 5 Étoiles
 Bref, vous l’avez compris, autonomistes, indĂ©pendantistes et rattachistes pro-Autrichiens forment, largement, la majoritĂ© Ă©lectorale du territoire.

De plus, ce territoire est dĂ©jĂ  largement autonome, notamment fiscalement puisque le statut du territoire permet de conserver 80 % Ă  85 % de ses recettes fiscales. Cette dĂ©cision du gouvernement autrichien permet de rapprocher, un peu plus, ce territoire germanophone de l’essence de la grande majoritĂ© de sa population.

Contrairement Ă  la Corse, dont le Conseil exĂ©cutif de l’Île de BeautĂ© en a fait la demande, la province de Bolzano dispose de deux langues officielles (la fameuse co-officialitĂ© linguistique), l’italien (puisqu’ils sont Italiens) et l’allemand. En outre, la population a obtenu un systĂšme d’éducation spĂ©cifique (une espĂšce de droit local), une rĂ©partition au prorata des emplois publics selon l’appartenance culturelle d’origine (une forme de prĂ©fĂ©rence fondĂ©e sur l’ethnos culturel, fondĂ© sur la langue commune). Le Conseil au pouvoir dispose de larges pouvoirs, Ă  l’exception des domaines rĂ©galiens : police, justice, immigration, dĂ©fense nationale, qui restent du domaine de Rome.

Cette rĂ©gion est la plus riche d’Italie par habitant, elle connaĂźt ce que l’on pourrait appeler le plein-emploi (4 % de demandeurs d’emploi). Les Ă©tudiants Sud Tyroliens passent plus souvent de l’autre cĂŽtĂ© du col du Brenner que dans la « botte italienne » 

Toutes ces raisons, Ă  la fois historique, gĂ©ographique, culturelle et dĂ©mocratique, font que la dĂ©cision du nouveau chancelier autrichien, Sebastian Kurz, ne choque pas au cƓur des Alpes italiennes germanophones et germanophiles.

Bien sĂ»r, le principe de l’intangibilitĂ© des frontiĂšres, fondement du droit international, risque d’ĂȘtre remis en cause. Mais ce qui fut bon lors de la dislocation de la Yougoslavie, de la TchĂ©coslovaquie, de l’URSS ne pourrait-il pas l’ĂȘtre lorsque la population a fait un choix clair, distinct du statu quo ante ?

Le gouvernement autrichien fonde sa dĂ©cision d’octroyer un passeport sur le caractĂšre linguistique, vĂ©ritable ferment de l’identitĂ© d’un peuple. Effectivement, une nation peut-ĂȘtre constituĂ©e de plusieurs langues (Suisse et Belgique par exemple) et l’utilisation d’une langue commune est un vĂ©ritable ferment d’unification des peuples, qu’ils se soient prĂ©alablement constituĂ©s en États nations ou non.

Quoi qu’il en soit, cette proposition de passeport autrichien reste facultative mais on peut penser que l’Autriche est la puissance protectrice de la rĂ©gion, comme le pense une grande majoritĂ© de la population du Sud-Tyrol.

Subsidiairement, la politique « italienne » du nouveau gouvernement autrichien peut poser problĂšme au groupe Europe des nations et des libertĂ©s (ENL) au sein duquel siĂšgent des dĂ©putĂ©s europĂ©ens du  FPÖ et de la Lega italienne. Mais, une nouvelle fois, la volontĂ© d’un peuple, a fortiori inscrit dans l’histoire, la gĂ©ographie, la langue, doit-elle s’arrĂȘter Ă  la frontiĂšre Ă©tablie et imposĂ©e par le droit militaire des vainqueurs ?

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A propos de l'auteur

Franck Buleux

Franck Buleux, 50 ans, chargĂ© d’enseignement, est diplĂŽmĂ© en histoire, en droit, en sciences politiques et en criminologie. Il vient de publier, chez L'Æncre, "L’Europe des peuples face Ă  l’Union europĂ©enne", prĂ©facĂ© par Georges Feltin-Tracol. Auteur d’un mĂ©moire sur les sĂ©paratismes europĂ©ens, il se passionne pour les mouvements politiques favorables Ă  « L’Europe aux cent drapeaux. »

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