Enfin un pays oĂč on aime les Français !

« lls sont cultivĂ©s et apprĂ©cient le vin ! »  Un cynique y verrait sĂ»rement un manque de discernement, mais il est vrai que sur ce petit territoire asiatique situĂ© au carrefour de trois chocs de civilisations, chiite, sunnite et chrĂ©tienne et bordĂ© par les 5 000 mĂštres de la dorsale Caucasienne, le tourisme n’a pas encore dĂ©couvert le cĂŽtĂ© insupportable de nos concitoyens forts en gueule et donneurs de leçons. Et partout, le drapeau EuropĂ©en voisine celui de la GĂ©orgie.

Premier pays chrĂ©tien sur les routes de la soie, c’est une croix gigantesque, Ă©rigĂ©e sur les hauteurs de Mtskheta qui annonçaient aux caravanes remontant la route de la soie qu’elles changeaient de civilisation. Contrepartie de leur situation gĂ©ographique et de leur refus de s’assujettir Ă  l’islam, les Georgiens ont dĂ» se battre ! Depuis la Mer Noire, contre les Arabes et les Turcs, depuis les plaines contre les Perses et les Mongols, depuis la montagne, contre les TchĂ©tchĂšnes et les Ingouches. Il en reste dans les villages du Caucase d’anciennes tours fortifiĂ©es assez extraordinaires et pour les GĂ©orgiens un farouche dĂ©sir d’indĂ©pendance.

LibĂ©rĂ©e de l’ Union des rĂ©publiques socialistes soviĂ©tiques en 1991, une nation capable de dĂ©tester Ă  ce point les Turcs, les musulmans et les communistes ne peut pas ĂȘtre fonciĂšrement mauvaise, mais n’est pas Ă  l’abri des luttes d’influence entre Russie et USA. La GĂ©orgie paie l’ingĂ©nuitĂ© avec laquelle l’Europe, adroitement manipulĂ©e par les USA, s’est dĂ©pĂȘchĂ©e de reconnaĂźtre le Kosovo en fĂ©vrier 2008 avec le pack complet : mafia, islam, trafic d’organes et purification ethnique. Du coup, rĂ©ponse du berger Ă  la bergĂšre, la Russie a pris Ă  son tour un malin plaisir en aoĂ»t de la mĂȘme annĂ©e Ă  garantir Ă  coup de canons contre le gouvernement de Tbilissi, l’indĂ©pendance des deux provinces sĂ©cessionnistes pro russes : l’Abkhazie et l’OssĂ©tie du Sud au grand dam des USA et malgrĂ© les gesticulations de Nicolas Sarkozy allant expliquer Ă  son ami Vladimir Poutine que c’était mal. Au total, 30 % du territoire ne sont plus sous le contrĂŽle de Tbilissi.

Lorsque l’URSS s’est effondrĂ©e, loin de dĂ©gonfler l’OTAN, les AmĂ©ricains, au contraire, ont agrĂ©gĂ© Ă  ce dispositif militaire la Pologne, la Roumanie, l’Albanie, la Bulgarie, la SlovĂ©nie, la TchĂ©quie, la Slovaquie, la Lituanie, la Lettonie, la Croatie et l’Estonie. Étranglant ainsi progressivement la Russie en l’encerclant sur son espace stratĂ©gique, ils y dĂ©ploient leurs rĂ©seaux antimissiles AEGIS et BMDE que tente de brouiller cĂŽtĂ© russe, le nouveau systĂšme Khibiny testĂ©, d’ailleurs non sans succĂšs, l’annĂ©e derniĂšre sur les bĂątiments US de la VIe Flotte. Le quatre Ă©toiles Joseph Dunford, successeur de Dempsey, a dĂ©clarĂ© dĂšs sa prise de fonction le 9 juillet 2015 au sĂ©nat : « Si vous voulez parler d’une nation qui pourrait constituer une menace existentielle pour les États-Unis, je dĂ©signerai la Russie. »

Rassurant !

À l’heure d’aujourd’hui, la Mer Noire reste donc un des hauts lieux de cette agitation militaro stratĂ©gique Ă  jouer Ă  « qui pisse le plus loin ». AprĂšs le Kosovo, c’est le soutien Ă  Kiev et le manque suspect de rĂ©sultats dans la campagne des États-Unis Ă  l’encontre de Daech et du Front al-Nosra sur le front syrien, qui sont fustigĂ©s par la Russie. Bref, la GĂ©orgie, pion au milieu de ces petits jeux de guerre que compliquent les ambiguĂŻtĂ©s d’Erdogan, et la haine entre Turcs sunnites et Iraniens chiites, hĂ©site entre deux pires : le pire normal, celui avec les AmĂ©ricains comme alliĂ©s ou le pire difficile, en leur prĂ©fĂ©rant les Russes. Au risque de voir ces derniers, soucieux de contrer l’OTAN et la Turquie, tenter de les annexer pour rĂ©tablir des marches Ă  leurs frontiĂšres, les GĂ©orgiens – doutant fort que les AmĂ©ricains tout juste capables de situer leur pays entre la Belgique et le Kamtchatka, dĂ©ploient les B1 pour les protĂ©ger – jouent Ă  fond la carte europĂ©enne avec, pour le coup, un intĂ©rĂȘt bien davantage stratĂ©gique qu’économique.

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