Par Ferenc AlmĂĄssy.

Ukraine, Transcarpatie/Subcarpatie – RĂ©cemment, de nombreux articles sont parus, tous plus alarmistes les uns que les autres, sur la situation des Hongrois d’Ukraine. Tout n’est pas rose, mais un retour au calme et une mise au point s’imposent alors que les provocations se multiplient et que nombreux sont ceux qui attisent les tensions.

L’intĂ©rieur du centre culturel hongrois de Ujhorod le 27 fĂ©vrier 2018 aprĂšs l’attaque au molotov. Photo : MTI/NEMES JÁNOS.

L’intĂ©rieur du centre culturel hongrois de Ujhorod le 27 fĂ©vrier 2018 aprĂšs l’attaque au molotov. Photo : MTI/NEMES JÁNOS.

Une certaine presse europĂ©enne s’alarme du sort des Hongrois de Subcarpatie – en tant que Hongrois, je choisis d’utiliser cette appellation plutĂŽt que Transcarpatie ; question de point de vue gĂ©ographique – ce qui Ă©videmment, de prime abord, me rĂ©jouit. Seulement voilĂ , dans un contexte de guerres hybrides, de “fake news” et de “soft power”, rien n’est laissĂ© au hasard.

L’Ukraine est un jeune État bancal, sans tradition Ă©tatique propre et dans une situation Ă©conomique calamiteuse ; sans parler bien sĂ»r de la CrimĂ©e et du Donbass. SituĂ©e sur une ligne de fracture rĂ©activĂ©e par des intĂ©rĂȘts tiers, l’Ukraine tente de donner des gages aux États-Unis, pour des raisons qui lui sont propres et que je ne commenterai pas ici. Et parmi ces gages, le gouvernement ukrainien a dĂ©cidĂ© de mettre en place une mesure fortement jacobine, digne du chauvinisme europĂ©en du XIXe siĂšcle : sa rĂ©forme de l’enseignement vise Ă  imposer l’ukrainien comme langue exclusive dans toutes les Ă©coles, y compris celles des minoritĂ©s nationales(russophone, mais aussi hongroise, polonaise, roumaine, ou bulgare).

Au dĂ©part, il s’agit d’imposer l’ukrainien comme langue dans le secondaire. On apprend maintenant que cela concernera plus tard toutes les Ă©coles, y compris primaires, et que mĂȘme le personnel des Ă©tablissements scolaires devra parler exclusivement en ukrainien dans les locaux scolaires. C’est comme ça que la IIIe RĂ©publique française par exemple a Ă©radiquĂ© ou condamnĂ© Ă  mort la plupart des langues et patois de France il y a moins de 100 ans.

Bref, les articles alarmistes se multiplient, notamment en Hongrie, oĂč un sentiment d’impuissance et de colĂšre, le tout mĂȘlĂ© de tristesse et de nostalgie de la Hongrie d’avant Trianon, remplit la presse patriotique.

Le gouvernement Fidesz, national-conservateur, Ă  40 jours des Ă©lections parlementaires dans un climat de politique interne trĂšs tendu, se doit de garder son image de protecteur des Hongrois d’outre-frontiĂšres (ils sont 1,2 million en Roumanie, 500.000 en Slovaquie, 230.000 en Serbie, 150.000 en Ukraine). D’oĂč l’inflexible chantage des Affaires Ă©trangĂšres hongroises suite Ă  l’annonce de cette loi sur l’éducation – qui par ailleurs a Ă©tĂ© dĂ©noncĂ©e par tout le monde, de la Russie Ă  la Pologne ; seuls les États-Unis s’en sont rĂ©jouit et ont ouvertement fĂ©licitĂ© la Rada – parlement ukrainien – pour cette rĂ©forme.

Tout cela s’ajoute Ă  une absence d’application de l’autonomie rĂ©gionale votĂ©e en 1991, et Ă  la conscription des jeunes Hongrois pour la guerre du Donbass qui dĂ©truit la communautĂ© hongroise dĂ©jĂ  si amoindrie dans cette rĂ©gion. Paradoxalement, l’attribution de passeports hongrois aux citoyens ukrainiens de nationalitĂ© hongroise (id est, culturellement et/ou ethniquement hongrois) par le gouvernement de Viktor OrbĂĄn, ainsi que le rĂ©gime sans visa pour l’espace Schengen aux citoyens Ukrainiens contribuent Ă  vider la Subcarpatie de ses Hongrois, qui y sont en continu depuis au moins 11 siĂšcles et qui souffrent d’une dĂ©mographie dĂ©sastreuse. D’ici quelques gĂ©nĂ©rations, les Hongrois pourraient bien disparaĂźtre d’Ukraine si les choses restent ainsi.

De quoi relativiser beaucoup de choses. Et voir d’une autre perspective les enjeux entourant cette communautĂ© dĂ©solĂ©e.

AprĂšs les nombreuses provocations de nationalistes ukrainiens à l’égard des Hongrois de Subcarpatie, voilĂ  ces derniĂšres semaines une nouvelle sĂ©rie de provocations
 mais cette fois-ci, il ne s’agit pas de dĂ©filĂ©s de mouvements nationalistes ukrainiens. Depuis dĂ©but fĂ©vrier, les tensions ont Ă©tĂ© nourries : banderoles Ă©crites dans un hongrois sorti de google translate provoquant les Ukrainiens, vidĂ©o anonyme oĂč drapeaux polonais et hongrois sont brĂ»lĂ©s par quatre jeunes de proclamant “nationalistes ukrainiens”, deux tentatives – dont une Ă  succĂšs – d’incendie criminel du centre culturel hongrois de UngvĂĄr (Oujhorod)


Selon le reprĂ©sentant des Hongrois de Subcarpatie, « quelqu’un cherche Ă  tout prix Ă  dĂ©stabiliser la Subcarpatie, ce que nous ne voulons surtout pas ». Pour Zsolt NĂ©meth, le prĂ©sident de la Commission parlementaire hongroise Ă  la dĂ©fense, le but de l’incendie du centre culturel est de terroriser les hongrois d’Ukraine. Et tout cela, souligne-t-il, dans un Ă©trange mutisme des autoritĂ©s ukrainiennes et europĂ©ennes.

Et pour compliquer le tout : les autoritĂ©s ukrainiennes ont interpellĂ© deux citoyens polonais, membres de l’organisation national-rĂ©volutionnaire et pro-russe Falanga, les accusant d’ĂȘtre Ă  l’origine de la tentative d’incendie ratĂ©e de dĂ©but fĂ©vrier.

Il ne fait aucun doute qu’un certain nombre de forces ont intĂ©rĂȘt Ă  ce que la situation dĂ©gĂ©nĂšre en Subcarpatie. Un rapide coup d’Ɠil Ă  la presse laisse planer un doute terrible. D’un cĂŽtĂ©, on souffle sur les braises, pour gĂ©nĂ©rer un front contre l’Ukraine – voire favoriser l’ouverture d’un nouveau front conflictuel pour Kiev ? – et de l’autre, on souffle Ă©galement sur les braises en comparant OrbĂĄn Ă  Poutine, et en faisant accroire que le gouvernement hongrois voudrait secrĂštement – vous avez dit complotisme ? – rĂ©cupĂ©rer la Subcarpatie – OrbĂĄn va sĂ»rement envoyer ses dix tanks, l’Ukraine peut trembler !

Bref, l’instrumentalisation de la minoritĂ© hongroise profite Ă  certains, mais pas aux principaux intĂ©ressĂ©s : les Hongrois de Subcarpatie. Dans ce contexte oĂč les tensions artificielles sont entretenues et renforcĂ©es par des forces diverses, il est plus important que jamais de prendre du recul et sortir de cette logique d’affrontement. Et il est pour cela important que toute provocation soit condamnĂ©e. Et les autoritĂ©s ukrainiennes doivent arrĂȘter de se tourner exclusivement vers les États-Unis par simple opposition Ă  la Russie, et apprendre Ă  tisser des liens particuliers avec ses voisins, qui ne demandent que ça : le V4 a tout intĂ©rĂȘt Ă  une Ukraine stable, prospĂšre et apaisĂ©e.

La Hongrie elle-mĂȘme a Ă©tĂ© jusqu’à septembre – date du vote de la loi controversĂ©e sur l’enseignement – le principal soutien de l’Ukraine sur le scĂšne internationale pour son accession au rĂ©gime sans visa de l’UE.

Le temps est venu pour l’Ukraine de prendre de la hauteur, et ne pas rĂ©itĂ©rer les erreurs passĂ©es de ses voisins : les Hongrois ont payĂ© trĂšs cher leur tentative chauviniste du XIXe siĂšcle de vouloir magyariser une partie des peuples non-hongrois de Hongrie. Le jacobinisme n’est pas la voie Ă  suivre pour un pays europĂ©en riche de plusieurs nationalitĂ©s enracinĂ©es.

Le groupe de VisegrĂĄd est potentiellement le meilleur alliĂ© de l’Ukraine ; pas les États-Unis, qui n’ont ni comprĂ©hension des peuples de la rĂ©gion, ni Ă©gard pour les intĂ©rĂȘts de la rĂ©gion. Mais pour cela, l’Ukraine doit dialoguer, et assurer la sĂ©curitĂ© de ses minoritĂ©s, et en premier lieu aujourd’hui, de la minoritĂ© hongroise.

Article paru sur le site VPost.

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