La vĂ©ritĂ© est donc qu’il n’existe pas de droit international, mais seulement une morale juridicisĂ©e amĂ©ricaine Ă©tendue Ă  la planĂšte entiĂšre. Comme le soulignait pertinemment le gĂ©opolitologue, Aymeric Chauprade, « l’AmĂ©rique veut l’AmĂ©rique-monde ; le but de sa politique Ă©trangĂšre, bien au-delĂ  de la seule optimisation de ses intĂ©rĂȘts stratĂ©giques et Ă©conomiques du pays, c’est la transformation du monde Ă  l’image de la sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine. L’AmĂ©rique est messianique et lĂ  est le moteur intime de sa projection de puissance. »

Image créée par Udo J. Kepler pour Puck Magazine en 1895.

Image créée par Udo J. Kepler pour Puck Magazine en 1895.

Cet impĂ©rialisme qui repose Ă©minemment sur le concept de « Manifest destiny » forgĂ© en 1845 par le journaliste John L. O’Sullivan prĂ©suppose implicitement mais nĂ©cessairement la supĂ©rioritĂ© anglo-amĂ©ricaine sur les autres civilisations.

DĂšs lors, toutes les puissances feudataires du Grand Sam sont emportĂ©es, depuis 1945 – voire dĂšs 1919 avec les quatorze points de Wilson – dans la spirale infernale de la guerre « sans formes », c’est-Ă -dire d’opĂ©rations officiellement militaires mais fondamentalement policiĂšres et justiciĂšres, attendu, prĂ©venait Georges Bush Jr en son temps que celui qui n’est pas avec Washington est contre elle. Les actions ne sont plus menĂ©es d’États Ă  États, mais de gendarmes coalisĂ©s Ă  ennemis nommĂ©ment dĂ©signĂ©s comme tels au nom d’une conception religieuse de la politique, les droits de l’homme faisant office de nouveau DĂ©calogue. Il ne s’agira plus d’envisager la paix avec l’alliĂ© potentiel de demain mais d’éradiquer un criminel. L’ancien « droit des gens europĂ©ens est parvenu Ă  circonscrire la guerre Ă  l’aide du concept d’État. [
] L’égalitĂ© des souverains fait d’eux des belligĂ©rants jouissants de droits Ă©gaux et tient Ă  l’écart les mĂ©thodes de la guerre d’anĂ©antissement », remarquait le juriste Carl Schmitt dans Le nomos de la Terre.

La guerre ainsi ravalĂ©e Ă  une vague moraline pseudo-juridique tourne en roue libre, n’étant plus conditionnĂ©e par un acte politique prĂ©alable qui est de dĂ©signer l’ennemi, non pas en le stigmatisant ou en l’anathĂ©misant d’emblĂ©e mais en le regardant comme porteur de divergences susceptibles potentiellement de porter atteinte Ă  son propre ĂȘtre politique. Une telle attitude implique un rapport d’aequalitas et non d’imperium ou de subordination. C’est ici que la diplomatie, c’est-Ă -dire l’art de parler Ă  son homologue selon les rĂšgles et usages de la biensĂ©ance internationale, entre en jeu. Mais en politique Ă©trangĂšre comme en politique intĂ©rieure, le souverain ne doit pas perdre de vue le Bien commun dĂ©clinĂ© en ce domaine comme la sauvegarde des intĂ©rĂȘts supĂ©rieurs, donc vitaux, de l’État. La concorde intĂ©rieure est indissolublement dĂ©pendante de la sĂ©curitĂ© extĂ©rieure

D’évidence, l’assujettissement idĂ©ologique – renforcĂ©e par son caractĂšre systĂ©mique dans le cadre de l’OTAN – voire Ă©conomique – dans le cadre d’accords commerciaux de libre-Ă©change – d’une telle politique ampute cette derniĂšre de l’indispensable tuteur qu’est la souverainetĂ© qui, du fait de ses caractĂ©ristiques intrinsĂšques – si bien dĂ©crites par Jean Bodin et Julien Freund – est incompatible avec toute relation de tutelle quelle qu’elle soit. C’est si vrai que, comme l’écrivait le juriste italien, Santi Romano, « l’État sous tutelle n’est pas seulement liĂ© par des obligations particuliĂšres et dĂ©terminĂ©es, il entre dans un status subiectionis complexe, se soumet Ă  d’autres sujets dans un domaine plus ou moins ample de sa personnalitĂ©, et tout cela concerne non pas sa libertĂ© dans le champ des relations vraiment obligatoires, mais sa situation d’indĂ©pendance, sa souverainetĂ© et, par voie de consĂ©quence, son aptitude mĂȘme ».

En d’autres termes, toute marque de souverainetĂ©, pour parler comme Bodin, prĂ©suppose une capacitĂ© – c’est-Ă -dire une volontĂ© non contrainte – d’agir politiquement.

C’est dire que tout conflit international politiquement (et non judiciairement ou policiĂšrement) structurĂ© est d’abord ordonnĂ© autour d’une politique Ă©trangĂšre qui conçoit ses interlocuteurs sur un pied d’égalitĂ© et sur un plan d’égale dignitĂ©. Cela suppose Ă©videmment de n’ĂȘtre pas tenu en laisse ou muselĂ© par un souverain plus puissant que soi et dictant sa conduite. En ce domaine, domination et servitude sont deux excĂšs Ă  fuir comme la peste. La France a manifestement fait le choix, depuis quelques dĂ©cennies, de la seconde. C’est pourquoi tous ses actes de guerre, fussent-ils parĂ©s de tous les oripeaux de la « lĂ©galité », demeureront toujours illĂ©gitimes – comme le sont ceux de cette arrogante et puissante AmĂ©rique qui a fait de l’Europe de l’Ouest son condominium exclusif.

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A propos de l'auteur

Aristide Leucate

Journaliste et essayiste, apporte rĂ©guliĂšrement sa contribution Ă  la presse d’information et d’opinion, de L’Action française 2000 Ă  Boulevard Voltaire. Conjuguant militantisme et rĂ©flexion politiques, il exerce des responsabilitĂ©s au sein d’un parti politique national. Il est l’auteur de deux essais (DĂ©tournement d’hĂ©ritages, prĂ©face de Pierre Hillard et La souverainetĂ© dans la nation, prĂ©face de Philippe Randa).

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