par Olivier Bault.

Le commissaire europĂ©en chargĂ© de l’immigration, le Grec Dimitris Avramopoulos, qui dĂ©clarait Ă  GenĂšve le 6 mars dernier que « les Vingt-Sept auront besoin Ă  l’avenir de six millions d’immigrĂ©s », cherche Ă  combler la baisse du nombre d’immigrants illĂ©gaux arrivant par la Libye. Il a prĂ©sentĂ© mercredi un plan pour « rĂ©installer » en Europe au moins 50 000 personnes depuis l’Afrique du Nord et la corne de l’Afrique. « L’Europe doit montrer qu’elle est prĂȘte Ă  partager la responsabilitĂ© avec les pays tiers », a soutenu le commissaire europĂ©en, « les personnes qui ont un vrai besoin de protection ne doivent pas risquer leur vie ni dĂ©pendre des passeurs. »

Ce qu’on appelle « rĂ©installation » ne doit pas ĂȘtre confondu avec la « relocalisation » des immigrants clandestins dĂ©jĂ  arrivĂ©s en Italie et en GrĂšce, et que l’on voudrait redistribuer dans toute l’UE selon un systĂšme de quotas. La « rĂ©installation » consiste Ă  faire venir les demandeurs d’asile directement depuis des pays hors-UE. À ce jour, 23 000 ont Ă©tĂ© ainsi « rĂ©installĂ©s » depuis des camps de rĂ©fugiĂ©s situĂ©s en Turquie et au Moyen-Orient, et la Commission voudrait maintenant Ă©tendre ce systĂšme alors que l’Italie vient seulement de rĂ©ussir, en coopĂ©ration avec le gouvernement de Tripoli, Ă  mettre Ă  mal le service de navette gratuite pour immigrants illĂ©gaux qu’assuraient les ONG europĂ©ennes avec la bĂ©nĂ©diction de Bruxelles et de Berlin (les deux tiers de ces ONG opĂ©rant en MĂ©diterranĂ©e centrale sont allemandes). Le porte-parole de la Marine libyenne a mĂȘme annoncĂ© cette semaine que tout bateau d’ONG europĂ©enne s’approchant sans autorisation Ă  moins de cent milles nautiques des cĂŽtes de la Libye serait dĂ©sormais sĂ©questrĂ©.

La Commission cherche donc Ă  « court-circuiter » (sic) les passeurs, mais aussi les autoritĂ©s libyennes et italiennes, par un systĂšme de « rĂ©installation », alors mĂȘme que le systĂšme de « relocalisation » de 160 000 demandeurs d’asile en deux ans s’est soldĂ© par un Ă©chec puisque, Ă  l’expiration du dĂ©lai en ce mois de septembre, seuls 29 000 demandeurs d’asile avaient Ă©tĂ© « relocalisĂ©s » depuis la GrĂšce et l’Italie, sans compter qu’une bonne partie de ces 29 000 immigrants ont dĂ©jĂ  disparu dans la nature aprĂšs avoir Ă©tĂ© envoyĂ©s dans un pays qu’ils n’avaient pas choisi.

ParallĂšlement, la Commission europĂ©enne, par la voix du Grec Avramopoulos, a constatĂ© mercredi qu’il fallait accĂ©lĂ©rer les expulsions car, au niveau europĂ©en, seul un tiers des dĂ©boutĂ©s du droit d’asile quittent effectivement l’UE. C’est mieux que la moyenne française, mais cela reste une incitation Ă  l’immigration illĂ©gale. La Commission propose d’amĂ©liorer les procĂ©dures d’expulsion, mais si M. Avramopoulos veut encore six millions d’immigrĂ©s rapidement, on sent bien que cette proposition n’est qu’un leurre.

Le dĂ©sastre migratoire provoquĂ© par les politiques europĂ©ennes a bien entendu mis Ă  mal l’espace Schengen, et la proposition, Ă©galement avancĂ©e mercredi par la Commission, de permettre aux Etats membres de prolonger jusqu’à trois ans les contrĂŽles « provisoires » aux frontiĂšres n’est rien d’autre qu’un constat d’échec.

Article paru dans les colonnes du quotidien Présent.

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