On le saura dans quelques semaines : l’Angleterre restera-t-elle ou non dans l’Europe ? La question ne serait-elle pas plutĂŽt de chercher Ă  savoir si elle s’y est jamais trouvĂ©e un jour ? Inutile de revenir sur les considĂ©rations gaulliennes voulant que cette puissante Ăźle ait toujours Ă©tĂ© porte-avions amĂ©ricain et que son espace d’expansion naturel ait immanquablement plutĂŽt penchĂ© vers les mers que sur les terres. Cette histoire est tout, sauf neuve


Bref, l’Angleterre, depuis son entrĂ©e dans les instances europĂ©ennes, y a toujours Ă©tĂ© tout en n’y Ă©tant pas, souhaitant que notre Vieux continent se contente d’ĂȘtre un vague MarchĂ© commun ; soit une sorte de supermarchĂ©, ouvert aux quatre vents du nĂ©olibĂ©ralisme mondialisĂ©. Tout, hormis une puissance politique ; la messe fut dite dĂšs que Jean Monnet – salariĂ© de la CIA, Marie-France Garaud dixit – porta le nouveau-nĂ© sur les fonts baptismaux.

Aujourd’hui, de plus en plus d’Anglais commencent Ă  trouver la farce un brin saumĂątre et se verraient bien reconquĂ©rir une indĂ©pendance qu’ils n’ont jamais tout Ă  fait perdue, mĂȘme si les lois europĂ©ennes ne sont pas tout Ă  fait les leurs, mĂȘme si la City bĂ©nĂ©ficie d’un statut d’extraterritorialitĂ©, mĂȘme s’ils ont Ă©tĂ© assez sages pour conserver leur monnaie nationale, la livre Sterling.

De son cĂŽtĂ©, Christine Lagarde, actuelle patronne du FMI, joue les Cassandre. À l’en croire et ce en cas de Brexit, nous aurions Ă  faire Ă  une « rĂ©cession technique », ce qui ne veut pas vĂ©ritablement dire grand-chose. Laquelle, « selon les experts », entraĂźnerait « un manque Ă  gagner entre 1,5 % et 9,5 % pour le PIB » en cas de Brexit. Tout au contraire, si ce Brexit ne sortait pas vainqueur des urnes, le PIB britannique pourrait « passer d’un peu moins de 2 % en 2016 Ă  2,2 % ou 2,3 % Ă  moyen terme. »

VoilĂ  un discours propre Ă  mobiliser les foules
 Pire que tout, banquiers et marchĂ©s pourraient s’affoler, les premiers Ă©tant trĂšs sensibles de nature et les seconds des plus volatiles par essence. Pauvres petits chĂ©ris
 Il faut donc rassurer les uns et les autres.

C’est un peu le travail d’une Christine Lagarde – celle qui, lorsqu’elle Ă©tait Ă  Bercy, en pleine flambĂ©e des prix de l’essence, conseillait aux Français d’aller travailler Ă  bicyclette
 Eh, la Duduche ! Comment qu’on fait quand on habite Ă  la cambrousse ou en banlieue, comme tant de Français, pour aller bosser Ă  au moins trente bornes de chez soi, surtout quand il pleut ? On y va en barque ou Ă  la nage ? Et quand il neige, on chausse les raquettes, comme dans les romans de James Oliver Curwood ?

Au fait, si ce n’est-elle, ce sont au moins ses frĂšres, ses sƓurs ou ses cousins qui, en 1992, nous assuraient que le TraitĂ© de Maastricht et la monnaie unique allant avec allaient nous rĂ©jouir de leurs mille et une fĂ©licitĂ©s ? Que ce serait paix, amour et fĂ©licité ? Avec en prime, plein emploi, compĂ©titivitĂ© et retour de l’Europe dans le concert international ? MĂȘme le dernier des pĂ©kins moyens connaĂźt le rĂ©sultat.

Bref, les mĂȘmes qui nous promettaient hier le Paradis, nous menacent dĂ©sormais d’Apocalypse ; la bouche en cƓur, chiffres et statistiques Ă  l’appui, tout en menaçant des foudres cĂ©lestes qui voterait contre leurs funestes projets. Le problĂšme, c’est que les peuples d’Europe n’y croient plus, ou alors de moins en moins. Il n’empĂȘche que Brexit ou pas, l’Angleterre sortira, comme d’habitude, ses billes en mĂȘme temps que les marrons du feu.

Charmante Christine Lagarde qui, entre petites prophĂ©ties eschatologiques et grands calculs financiers, nous assure que si le vaudou est toujours dehors, le Veau d’or, lui, est toujours debout.