Si l’Union europĂ©enne s’effondrait, les pays constitutifs du groupe de VisegrĂĄd en assureraient la relĂšve, mais sous une autre forme que celle qui aurait conduit inĂ©vitablement Ă  sa perte. Telle est la conclusion de deux articles parus dans le dernier numĂ©ro de l’annĂ©e 2016 de la revue ÉlĂ©ments (sous la signature autorisĂ©e de notre ami le journaliste Ferenc Almassy) et dans le premier de l’annĂ©e 2017 de la dĂ©jĂ  incontournable revue Conflits (sous la plume de l’historien non moins avisĂ© Thierry Buron). La littĂ©rature gĂ©nĂ©raliste Ă©tant plutĂŽt indigente sur le sujet, on se fĂ©licitera de la publication de ses deux Ă©tudes aussi sĂ©rieuses et renseignĂ©es que complĂ©mentaires.

Comme le rappelle Thierry Buron, « le Groupe de VisegrĂĄd (V4) existe depuis 1991, lorsque les dirigeants de trois pays (Pologne [alors dirigĂ©e par Lech WaƂęsa], Hongrie [de JĂłzsef Antall] et TchĂ©coslovaquie [de VĂĄclav Havel] bientĂŽt divisĂ©e en RĂ©publique tchĂšque et Slovaquie) se rĂ©unirent dans le nord de la Hongrie pour coopĂ©rer afin d’adhĂ©rer Ă  l’OTAN et Ă  l’Union europĂ©enne ». Almassy s’empresse de prĂ©ciser, pour sa part, qu’au-delĂ  de cette « version officiellement retenue, [
] en vĂ©ritĂ©, il y avait dĂšs le dĂ©part une volontĂ© de crĂ©er une structure qui favorise sur le long terme l’entente, la communication et la coopĂ©ration rĂ©gionale entre des voisins au passĂ© commun, au prĂ©sent semblable et au futur rĂ©solument interdĂ©pendant. Les pays de VisegrĂĄd partagent le mĂȘme souci de garantir leur libertĂ© et leur souverainetĂ©. »

L’opinion a commencĂ© Ă  entendre parler du V4 Ă  l’occasion de l’afflux invasif d’immigrants en provenance du Proche-Orient en 2015. Comme un seul homme ou presque, ces quatre pays se sont Ă©levĂ©s contre le diktat bruxello-allemand leur enjoignant d’accueillir des quotas d’allogĂšnes. Habile Ă  simplifier jusqu’à la caricature, la caste mĂ©diatique eut vite fait de ravaler ces États irrĂ©ductibles Ă  un club rance de racistes populistes et rĂ©actionnaires. Comme le suggĂšre implicitement Ferenc Almassy dans l’extrait prĂ©citĂ©, une telle approche serait non seulement fallacieuse, mais ferait aussi peu de cas de l’ADN originel du V4 dont les membres, note Thierry Buron « partagent des particularitĂ©s gĂ©ographiques et historiques fondamentales. Leur situation gĂ©ographique, d’abord, Ă  l’est de l’Europe occidentale, c’est-Ă -dire en premiĂšre ligne au cours de l’histoire face aux invasions venues de l’est et du sud qui ont forgĂ© chez eux la conscience d’ĂȘtre un rempart de la civilisation europĂ©enne. »

C’est dire que ces pays sont habitĂ©s par une longue mĂ©moire europĂ©enne renforcĂ©e par une claire et haute conscience de leurs singularitĂ©s nationales, sans que leurs peuples et leurs dirigeants n’y voient une quelconque incompatibilitĂ©. À l’évidence, l’Europe supranationale de Bruxelles ne peut que contrevenir Ă  leur sage conception de l’Europe des peuples et des nations, celle-lĂ  s’étant arrimĂ©e, mutatis mutandis, au processus allemand du Lebensraum Ă©conomique et industriel. Vue de la Porte de Brandebourg, l’Union europĂ©enne apparaĂźt comme la reviviscence pacifique mais rĂ©solue d’un expansionnisme prussien puisant ses lointaines racines dans le « Drang nach Osten » dĂ©cidĂ© au XIIIe siĂšcle par l’empereur FrĂ©dĂ©ric II Hohenstaufen.

À juste titre, Almassy observe que l’un des principaux dĂ©fis que devra relever le V4 consistera « tĂŽt ou tard [
] Ă  se dĂ©livrer de l’hĂ©gĂ©monie allemande », notamment dans le domaine industriel. Toutefois, prend-il soin d’alerter, « en cas de dĂ©litement europĂ©en, le vĂ©ritable risque Ă  l’heure actuelle rĂ©side dans la volontĂ© amĂ©ricaine de pousser ses pions en Europe centrale, cible de choix pour crĂ©er une zone tampon face Ă  la Russie et aller plus avant dans cette nouvelle guerre froide ». On ne saurait mieux dire, d’autant que malgrĂ© ses 26 ans d’existence, le V4 sorti de sa relative dormition par la crise migratoire, demeure une organisation, certes prometteuse, mais encore trop embryonnaire pour reprĂ©senter une alternative de poids face Ă  une UE moribonde (mais rĂ©siliente), sans pouvoir endiguer les appĂ©tits de l’hyperpuissance amĂ©ricaine.

(Pour connaĂźtre toute l’actualitĂ© du Groupe de ViĆĄegrad, consulter le site VPost).

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