Le 3 mars 2017, nous apprenons le dĂ©cĂšs de Raymond Kopa. L’information ne peut heurter que des crĂąnes chenus qui, malgrĂ© les traquenards d’Alzheimer, se souviennent notamment de « l’ÉpopĂ©e des Bleus » en SuĂšde lors de la Coupe du Monde de Football de 1958.

Pourquoi lui dĂ©dier une chronique dans un organe fort Ă©loignĂ© de la chose sportive ? En quoi mĂ©riterait-il autant d’égards presque soixante ans plus tard ? Il suffit aujourd’hui de donner un coup de pied dans un bec de gaz pour qu’il en tombe une ribambelle d’adeptes du ballon rond tous plus inintĂ©ressants sinon dĂ©solants les uns que les autres. Oui, mais
 Raymond Kopa est le symbole de ce que nous souhaiterions aujourd’hui en matiĂšre d’intĂ©gration.

Petit-fils et fils de polonais arrivĂ©s en France en 1919, il vit une enfance modeste dans le pays minier. À 16 ans, il descend lui-mĂȘme « au fond » oĂč, dans un Ă©boulement, il perd le pouce et l’index de sa main gauche. À 21 ans, Ăąge de la majoritĂ©, il adopte la nationalitĂ© française. DĂ©sormais, le brillant footballeur qu’il est devenu et malgrĂ© un inoubliable intermĂšde au Real Madrid, restera fidĂšle Ă  cette Ă©quipe de France pour laquelle il ne cessera de vibrer.

MĂ» par un sens aigu de la justice, il s’engagera dans des actions visant Ă  amĂ©liorer le statut des footballeurs professionnels d’alors, rĂ©gi par des contrats lĂ©onins. Son action sera d’ailleurs bien plus profitable Ă  ses pairs qu’à lui-mĂȘme. Homme de caractĂšre, il ne manquera jamais, quoi qu’il lui en coĂ»te, de tenir tĂȘte Ă  quelque sĂ©lectionneur retors ne respectant ni le joueur ni la parole donnĂ©e.

Homme de fidélité, il reviendra finir sa carriÚre à Reims pour aider ce club auquel il devait tant et qui connaissait les affres de la relégation en deuxiÚme division.

Aujourd’hui, alors que « Sport » et « Jetset » sont intimement liĂ©s dans des scandales qui alimentent gĂ©nĂ©reusement la presse dite « people », l’élite du football ne manquerait pas de « tchatcher » et de « skiper » pour « tailler » le sens de la famille surannĂ© de Raymond Kopa. Souvenons-nous du traitement inique infligĂ© rĂ©cemment Ă  Gourcuff par RibĂ©ry et les siens qui le considĂ©raient comme un dĂ©bile trop bien Ă©duquĂ© et trop poli.

MariĂ© en 1953, pĂšre d’un garçon dĂ©cĂ©dĂ© d’un lymphome en 1963, et de deux filles, Kopa ne correspond en rien aux critĂšres actuels de la vie en « couple Ă  trois » (voire plus si affinitĂ©s), en tribus dĂ©composĂ©es recomposĂ©es (jusqu’à la prochaine fois), avec enfants « sur-naturels » justifiant le versement de pensions exorbitantes


Sa carriĂšre terminĂ©e, Kopa donna de son temps et de son argent dans la lutte contre le cancer (l’une de ses filles en ayant elle aussi souffert). RetirĂ© Ă  Angers, berceau de sa belle-famille et propriĂ©taire d’une villa en Corse, il n’y avait vraiment pas matiĂšre Ă  mettre Ă  ses trousses quelques paparazzis de « Gala » ou de « Voici ».

Pourtant qualifier ce traüne-crampons d’ambassadeur, comme vous y allez !

Dans ma jeunesse sportive, j’ai eu l’occasion de pĂ©nĂ©trer dans les vestiaires du grand Stade de Reims. Une remarque du PrĂ©sident Henri Germain m’avait marquĂ© lors d’une tournĂ©e. À la descente de l’avion et dans le hall de l’hĂŽtel, devant les joueurs impeccablement vĂȘtus d’un pantalon de flanelle grise, d’un blazer bleu marine, d’une chemise immaculĂ©e au col cravatĂ© « club », il avait rappelé : « N’oubliez jamais que, si vous jouez sous les couleurs de Reims, vous ĂȘtes surtout des ambassadeurs de la France et de sa courtoisie. Je compte sur vous. »

Kopa fut aussi un ambassadeur de France en Espagne. À ce titre, je laisserai la conclusion Ă  Zinedine Zidane, son hĂ©ritier madrilĂšne le plus connu, qui vit lĂ -bas avec son Ă©pouse VĂ©ronique et ses quatre garçons Enzo, Luca, ThĂ©o et Elyas : « On ne peut dire que de belles choses sur Raymond. Il avait la « carino » (tendresse) de toutes les personnes qui composent le Real
 Le Real l’a toujours placĂ© trĂšs haut dans son histoire. »

N’est-ce pas lĂ  le plus bel hommage rendu Ă  un reprĂ©sentant de la France Ă  l’étranger ?

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