Nous sommes, en ce moment de confinement, privĂ©s de mobilitĂ©. Mais si la mobilitĂ© est une libertĂ©, elle n’est pas toute la libertĂ©. Il y a une libertĂ© supĂ©rieure, qui implique de pouvoir ĂȘtre mobile, mais de pouvoir choisir aussi d’ĂȘtre immobile. Cette libertĂ© supĂ©rieure, c’est l’autonomie. Et au-delĂ  de la libertĂ© de circuler, dont nous ne pouvons ĂȘtre durablement privĂ©s, la grande question qui se pose est celle de reconquĂ©rir une libertĂ© comme autonomie, perdue depuis la rĂ©volution industrielle et les sociĂ©tĂ©s de masse. 

mobilite

DĂšs le XIXe siĂšcle, les inconvĂ©nients des sociĂ©tĂ©s de masse avaient Ă©tĂ© relevĂ©s par Tocqueville, puis par Nietzsche : instinct grĂ©gaire, perte du sens de l’initiative et de la responsabilitĂ©. Le paradoxe de la situation actuelle est que le confinement de masse fait suite Ă  la mobilisation de masse. Le contraste est fort entre l’incitation Ă  la mobilitĂ©, il y a encore deux mois (« Bougez-vous »), et l’assignation Ă  rĂ©sidence, Ă  1 km maximum de son domicile (« Restez chez vous »).

Et pourtant, une question se pose : et si la logique Ă©tait la mĂȘme ? Sachant que ce sont en tout cas les mĂȘmes qui nous reprochaient « de ne pas traverser la rue pour trouver un travail » qui nous demandent maintenant de ne pas traverser la rue, sauf pour des courses de premiĂšre nĂ©cessitĂ©. Jusqu’à la mi-mars, la mobilitĂ© Ă©tait louĂ©e, elle Ă©tait au service de la mobilisation de toutes les Ă©nergies au service de l’économie.

Nous devons maintenant nous croiser le moins possible, ce qui, dans sa forme extrĂȘme, donne l’injonction « Restez chez vous », la distanciation sociale Ă©tant rabattue sur l’enfermement chez soi. Nous nous apercevons alors que presque rien n’est possible sans dĂ©placement. Et nous prenons la mesure de notre vulnĂ©rabilitĂ©.

Dans la France pĂ©riphĂ©rique, celle des campagnes, mais aussi celles des grandes banlieues, oĂč les petits commerces ont disparu, il faut faire des km pour rejoindre le supermarchĂ©. Un peu partout, pour voir ses amis, et sa famille, il faudrait faire un trajet excĂ©dant les limites autorisĂ©es. La mobilitĂ© perdue fait partie de nos libertĂ©s. Mais en a-t-il toujours Ă©tĂ© ainsi ?

À partir du moment oĂč les hommes se sont sĂ©dentarisĂ©s, ils n’ont pu Ă©chapper Ă  l’impĂŽt, ni aux pouvoirs, royaux et fĂ©odaux. Mais une sociĂ©tĂ© de sĂ©dentaires est une sociĂ©tĂ© d’inĂ©gaux. Cela limite le pouvoir du souverain, car le souverain veut l’homogĂšne, plus facile Ă  contrĂŽler, et rencontre l’hĂ©tĂ©rogĂšne, plus insaisissable.

Quant Ă  l’ancrage de chacun dans sa terre, propriĂ©taire ou aspirant Ă  le devenir, il freine les possibilitĂ©s de mobilisation par le souverain. Allez mobiliser des paysans en pĂ©riode de moisson ! MĂȘme NapolĂ©on n’a pas trouvĂ© Ă  cela des solutions satisfaisantes. Le paysan n’aime pas ĂȘtre longtemps loin de chez lui. La terre donne une inertie. Et l’inertie limite le pouvoir.

À partir du moment oĂč le monde immobile de la terre s’est mis en mouvement, sous les coups de butoirs de la rĂ©volution industrielle, les choses ont changĂ©. PremiĂšre mobilitĂ©, l’exode rural a commencĂ© quand le paysan n’a plus pu vivre de sa terre. Et avec l’industrie arriva la dĂ©mocratie.

Du moins le principe premier de toute dĂ©mocratie : l’idĂ©e d’égalitĂ© des hommes qui les fait, Ă  parts Ă©gales, des citoyens. Chacun est alors lĂ©gitime Ă  participer Ă  la vie politique, quelles que soient sa situation et sa position sociale.

À partir de lĂ , tout le monde peut dĂ©sirer ce qu’a tout le monde. C’est mĂȘme un moteur – la jalousie – dont le capitalisme a besoin. L’envie remplace le besoin (Franck Fischbach), l’envie Ă©tant plus flexible et plus souple que le besoin, et mĂȘme que le simple dĂ©sir, encore ancrĂ© dans le rĂ©el.

Le besoin tend Ă  se limiter dĂ©sormais Ă  un seul domaine, les rapports du capitalisme et de la terre, car le capitalisme a un besoin objectif d’un certain nombre de matiĂšres premiĂšres nĂ©cessaires Ă  la production d’énergie, et se heurte Ă  des limites objectives, la terre offrant des ressources non infiniment renouvelables.

Mais, entre le capitalisme et les hommes, ce qui prédomine, ce sont désormais les valeurs mobiliÚres (capitaux, placements
).

La sociĂ©tĂ© industrielle devient Ă  la fois de plus en plus mobile et de plus en plus marchande. Mais cette mobilitĂ© n’est plus le nomadisme des sociĂ©tĂ©s sans Ă©tats Ă©tudiĂ©es par Pierre Clastres.

Ce nomadisme connaissait des souverainetĂ©s Ă©phĂ©mĂšres, militaires, fragiles. La mobilitĂ© moderne est une mobilitĂ© sous contrĂŽle. Elle l’est avec les permis de voyager que devaient porter sur eux les ouvriers du XIXe siĂšcle (le « livret ouvrier »).

Chacun est sous tutelle, et dĂ©pendant du systĂšme de l’argent : banques, crĂ©dit, assurances, centrales d’achat pour grandes surfaces,


Dans ce systĂšme oĂč chacun dĂ©pend d’une grande machine Ă©tatique et marchande lointaine, la libertĂ© de mobilitĂ© n’est en rien une libertĂ© comme autonomie. Cette libertĂ© comme autonomie, c’est celle dont disposait le paysan dans une Ă©conomie localisĂ©e, peu monĂ©tarisĂ©e. La libertĂ© comme mobilitĂ© est en fait la libertĂ© de devoir ĂȘtre mobile, de devoir ĂȘtre flexible, de devoir ĂȘtre adaptable, et interchangeable. C’est Spinoza interprĂ©tĂ© au premier degré : « La libertĂ©, c’est l’intellection de la nĂ©cessité ».

ConfinĂ©s, nous voyons que l’on demande d’ĂȘtre encore plus flexible (le tĂ©lĂ©travail n’a plus d’heure et dĂ©borde sur toute la vie), de nous passer plus encore des services publics (rĂ©duits au minimum), de nous autocontrĂŽler plus encore (en nous dĂ©livrant Ă  nous-mĂȘmes des autorisations de sortie dĂ©rogatoire).

La numĂ©risation de tout le vivant et le traçage de tous Ă  tout moment ont fait un grand pas, lĂ©gitimĂ©s par la « santé », rĂ©duite au Covid-19, tandis que se multiplient les dĂ©gĂąts collatĂ©raux (chĂŽmage, dĂ©pressions, violences, 
) dus Ă  la gestion de la crise sanitaire.

À l’occasion du confinement, le gouvernement, faisant sortir notre pays de la dĂ©mocratie parlementaire, multiplie les ordonnances, notamment sur le travail, et en profite pour affaiblir les protections sociales. Au mĂȘme moment, les dĂ©lais pour dĂ©cider d’avorter sont encore allongĂ©s, aprĂšs la suppression du dĂ©lai de rĂ©flexion en 2015, et de la notification des droits de la femme enceinte, le ministre Olivier VĂ©ran s’étant inquiĂ©tĂ©, suite au confinement, de la baisse du nombre d’avortements : « Il y a une rĂ©duction inquiĂ©tante du recours Ă  l’IVG », Public SĂ©nat, 1er avril 2020, formulation pour le moins choquante, loin de l’esprit initial de la loi de Simone Veil.

On voit par-lĂ  que le confinement n’empĂȘche pas la marche du monde libĂ©ral de se poursuivre, et mĂȘme de forcer l’allure. Toujours plus de mobilisation, toujours plus de « c’est mon choix », toujours plus d’individualisme.

Pas plus en confinement qu’auparavant, l’économie n’est mise au service du bien commun. Le pouvoir de l’argent, et la jouissance malsaine de la transparence, de vouloir tout savoir sur tous, et de vouloir tout contrĂŽler se sont rĂ©unis. Ils ont Ă©tendu leur emprise de la sphĂšre Ă©conomique Ă  l’ensemble de la vie.  : le voilĂ . Si le confinement permettait Ă  chacun de comprendre qu’il va nous falloir, collectivement, reprendre le pouvoir sur nos vies, il n’aura pas Ă©tĂ© totalement inutile.

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