« Jamais deux sans trois », nous apprend un dicton. Par trois fois, au prĂ©texte que l’AlgĂ©rie s’est qualifiĂ©e aux Ă©liminatoires et Ă  la finale de la coupe africaine des nations, une partie de la jeunesse algĂ©rienne, pardon «   française », s’est dĂ©versĂ©e dans les rues de nos principales villes pour clamer sa joie et, accessoirement pour certains, commettre vols et dĂ©prĂ©dations, ainsi qu’attaquer les forces de l’ordre . Ces derniĂšres, il faut bien le constater, ont rĂ©agi bien plus mollement que contre les « Gilets jaunes » : point de flash ball ni de matraquages, seulement des gaz lacrymogĂšnes lancĂ©s contre les Ă©meutiers. Le pouvoir, qui est tĂ©tanisĂ© lorsqu’il s’agit de l’AlgĂ©rie, avait-il donnĂ© des ordres de « modĂ©ration » à ses « prĂ©toriens ».

Des stigmates non effacés

Depuis l’indĂ©pendance de l’AlgĂ©rie en juillet 1962, les stigmates de la guerre qui nous a Ă©tĂ© imposĂ©e Ă  partir de la Toussaint 1954, sont toujours aussi « saignants » si je puis dire. En effet, la Guerre d’AlgĂ©rie n’est pas finie. D’un cĂŽtĂ©, on continue de stigmatiser l’Ɠuvre coloniale française, – et le PrĂ©sident Macron, lorsqu’il Ă©tait candidat, rappelez-vous, Ă©tait Ă  la manƓuvre en dĂ©nonçant depuis Alger, les prĂ©tendus « crimes contre l’humanité » commis par notre pays -, de l’autre le FLN, qui n’a jamais reconnu les massacres des harkis, les assassinats et les enlĂšvements de Pieds noirs (notamment Ă  Oran, le jour mĂȘme de la proclamation de l’indĂ©pendance).

S’il n’est pas question dans cette chronique de revenir sur la pseudo-indĂ©pendance d’El DjĂ©zaĂŻr – mal gouvernĂ©e, elle crĂšve sous sa manne pĂ©troliĂšre qui va en s’épuisant, tout le monde le sait –, mais de dĂ©noncer les collabos qui polluent nos mĂ©dias et qui peuplent les allĂ©es du pouvoir politique et mĂ©diatique français. L’occasion nous en est donnĂ©e par les scandaleuses manifestations de ces MaghrĂ©bins d’origine algĂ©rienne, notamment dans les rues de Paris, symboliquement le 14 juillet au soir.

Que je sache, les SĂ©nĂ©galais, qualifiĂ©s eux aussi pour la finale gagnĂ©e par les Fennecs , ne sont pas descendus sur la voie publique pour crier leur joie et en profiter, au passage, pour dĂ©montrer sinon leur haine, tout au moins leur hostilitĂ© au pays qui les abrite, les Ă©duque et les nourrit ! Car, redisons-le, en raison de lois iniques, tous les MaghrĂ©bins d’origine algĂ©rienne, de quelques gĂ©nĂ©rations qu’ils soient, sont considĂ©rĂ©s comme Ă©tant « français » – entre guillemets pour moi –, en raison du lieu de leur naissance, c’est-Ă -dire la France. (Utilisons une amusante mĂ©taphore champĂȘtre : comme si un lapin, nĂ© dans un poulailler, allait pondre des Ɠufs frais !). C’est l’infect jus solis, le droit du sol qu’il faudrait supprimer et remplacer par le jus sanguinis, le droit du sang : « Être Français, cela s’hĂ©rite ou se mĂ©rite » !

Car tous ces pseudos Français descendant dans la rue, couverts de drapeaux algĂ©riens ou le brandissant, n’expriment rien d’autre que leur amour pour une Ă©quipe qui est rĂ©ellement la leur, pas le onze tricolore.

« Français » quand ça les arrange ?

AprĂšs tout, pourquoi pas ? Mais alors, dans ces conditions, pourquoi sont-ils « Français » ? Pour les avantages que pourrait procurer, Ă  l’étranger, la possession d’un passeport de notre belle rĂ©publique, pour la soupe, les aides sociales diverses et variĂ©es ? Comme le disait en toute franchise et sans animositĂ© un supporter Marseillais des Fennecs interrogĂ© sur une chaĂźne d’infos en continu, je cite de mĂ©moire, « ce drapeau est historique, on l’a dans le cƓur ! »

Dans ces conditions, pourquoi ces messieurs dames ne quittent-ils pas ce pays, la France, la Gaule, qui n’est pas le leur ? Pourquoi ne renoncent-ils pas Ă  cette nationalitĂ© dont ils vomissent le pays, la distribuant entre parenthĂšses, TROP gĂ©nĂ©reusement ? Et il se trouve des parlementaires, notamment la sĂ©natrice Esther Benbassa par exemple, du groupe Ă©colo, pour stigmatiser Ă  la tĂ©lĂ©vision les dĂ©fenseurs d’une France française, comme sa collĂšgue de Marseille, socialiste, d’origine maghrĂ©bine dont j’ai oubliĂ© le nom, ainsi qu’un anonyme dĂ©puté  LREM du Val de Marne, qui s’indignait que l’on puisse stigmatiser ces supporters. Eh bien oui, n’est-ce pas, quoi de plus naturel, de plus normal, que des « Français » supportent, parfois dans la violence et mĂȘme dans l’homicide -(1) la victoire d’une Ă©quipe Ă©trangĂšre ? Combien de pseudos journalistes se sont engouffrĂ©s dans cette brĂšche, en s’indignant que des Français « de souche », comme on dit, et pas uniquement membres d’ailleurs du Rassemblement National, puissent trouver anormal que des « compatriotes », paraĂźt-il, soutiennent des footeux Ă©trangers ?

Un pouvoir normal se poserait la question de la double allĂ©geance et de la double nationalitĂ©. J’ai dĂ©jĂ  eu l’occasion de citer cet exemple : ma cousine qui s’est mariĂ©e il y a plus de 50 ans avec un Italien, pouvait Ă  la fois voter pour Sarkozy, et pour Berlusconi – nul n’est parfait –, c’était son choix. Elle vient ENFIN, de renoncer Ă  sa nationalitĂ© française et, dĂ©sormais, ne voter qu’en Italie
 (Pour Salvini j’espĂšre !).

Les Franco-algĂ©riens sont les seuls, les seuls supporters Ă  descendre dans la rue et Ă  manifester, surtout bruyamment, violemment, agressivement, la victoire de ceux qui sont, en fin de compte, comme le disait le  « jeune » marseillais » interrogĂ© sur C-News ou LCI, je ne sais plus, « du mĂȘme sang ! ». C’est lui qui utilisait cette formule trĂšs « racialiste ».Il serait temps que l’on considĂšre, une bonne fois pour toutes, que la guerre d’AlgĂ©rie n’est pas terminĂ©e, qu’elle se poursuit sur notre sol sous d’autres formes.

« Vérité et réconciliation » ?

Tant qu’une commission mixte d’historiens objectifs – dur, dur de les trouver –, ne sera pas mise sur pied officiellement et conjointement pour explorer toutes les zones – ombres et lumiĂšres confondues –, de l’histoire franco-algĂ©rienne, dans un esprit type « vĂ©ritĂ© et rĂ©conciliation » Ă  la sauce «  Mandela », rien de serein ne sera possible dans les relations, d’une part entre Français de souche et immigrĂ©s algĂ©ro-descendants et, d’autre part, entre les rĂ©publiques française et algĂ©rienne. Pour ma modeste part, et je ne suis pas un « Pied noir », je considĂšre que le fossĂ© est toujours trop profond entre nos deux pays pour qu’une relation normale et apaisĂ©e puisse s’établir entre Paris et Alger, comme c’est peut-ĂȘtre le cas entre Paris et Rabat, Paris et Tunis. Tout le reste n’est que littĂ©rature. Il y a certes, nos intĂ©rĂȘts Ă©conomiques et gĂ©ostratĂ©giques bien compris qui comptent – et Alger est un partenaire incontournable –, mais nous ne pouvons pas, PLUS, passer par pertes et profits toutes les humiliations, toutes les avanies que nous subissons de la part de ces gens-lĂ . Qu’ils balayent d’abord devant leur porte ! À mon sens, c’est Ă  ces conditions-lĂ  que nous pourrions avoir des relations diplomatiques trĂšs amicales, Ă  dĂ©faut d’ĂȘtre jamais fraternelles. 

Note

(1) À l’heure oĂč ces lignes sont Ă©crites, il semblerait qu’un universitaire guinĂ©en, considĂ©rĂ© par mĂ©prise comme Ă©tant un supporter sĂ©nĂ©galais, ait Ă©tĂ© brutalement « effacé » du monde des vivants !!!! (Sources : chaĂźnes d’infos en continu).

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A propos de l'auteur

Jean-Claude Rolinat

Jean-Claude Rolinat a Ă©tĂ© successivement cadre administratif, documentaliste et journaliste dans la presse d’opinion. Il a publiĂ© plusieurs ouvrages consacrĂ©s Ă  l’histoire contemporaine et rĂ©digĂ© les biographies du gĂ©nĂ©ral Peron (Argentine), du marĂ©chal Mannerheim" (Finlande), et de Ian Smith (RhodĂ©sie), "Le Canada français, de Jacques Cartier au gĂ©nocide tranquille" (avec RĂ©mi Tremblay). Dernier livre paru : "La Bombe africaine et ses fragmentations", prĂ©facĂ© par Alain Sanders (Éd. Dualpha).

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