Fidel Castro vient de mourir. C’est un vĂ©ritable drame politico-mĂ©diatique pour tous les romantiques rĂ©volutionnaires et les aficionados des massacres bien rĂ©glĂ©s. Massacres conformes Ă  la DĂ©claration universelle des droits de l’homme (DUDH) de 1948 puisque justifiĂ©s par l’idĂ©ologie du pathos rĂ©volutionnaire incarnĂ©e par de grands dĂ©mocrates au premier rang desquels « Che » Guevara dont chacun ne cesse de pleurer la disparition injuste en portant son effigie sur son tee-shirt bien-pensant.

Qu’en pensent les centaines de milliers de rĂ©fugiĂ©s cubains poussĂ©s par la misĂšre cubaine du paradis castriste, Ă©chappant en outre Ă  la torture de ses geĂŽles sordides, puis aux exĂ©cutions sommaires ? Cinquante ans de joug et d’horreurs, plĂ©biscitĂ©s par nos Ă©lites intellectuelles et l’intelligentsia qui nous gouvernent. Bien sĂ»r, ici ou lĂ , on rappelle quelques lĂ©gers dĂ©rapages immĂ©diatement lĂ©gitimĂ©s par le contexte international des annĂ©es de guerre froide et l’attitude inqualifiable des USA, d’ailleurs ridiculisĂ©s par la pantalonnade de la Baie des Cochons.

Broutilles que tout cela en regard du symbole de libertĂ© rayonnante et universelle que Castro a reprĂ©sentĂ© pendant cinquante ans. Alors, on glose, on feint d’évoquer doctement – mais avec comprĂ©hension – ses excĂšs, pour sembler ĂȘtre « objectif », mais avec en toile de fond le respect et l’admiration pour le « grand » rĂ©volutionnaire qu’il fut


Quelle liberté ? Jouet de l’URSS dans sa lutte contre les USA, Castro ne fut qu’un pantin commode, un « idiot utile » tenu sous la perfusion du Kremlin dont il servait les intĂ©rĂȘts gĂ©ostratĂ©giques. Un zeste de romantisme rĂ©volutionnaire larmoyant faisant rĂȘver d’autres idiots utiles en Europe. Les ravages de Castro Ă  Cuba, ses troupes spĂ©ciales en Angola et au Mozambique, tout est oubliĂ©.

Il y a dĂ©cidĂ©ment des morts sans intĂ©rĂȘts, des tortures justifiĂ©es, des dictatures dĂ©mocratiques pour nos penseurs intelligents.

Il est donc naturel, pour les mĂȘmes raisons, d’encenser Kim Il Sung et Kim Jong-Il et on ne peut ĂȘtre que surpris des carences de nos Ă©lites pour ces grandioses personnages qui ont façonnĂ© notre monde dĂ©mocratique.

En revanche, il est atterrant qu’il n’en soit pas de mĂȘme pour Bachar El Assad. Quel manque de tact pour un homme qui, Ă  l’échelle de son pays, a massacrĂ© beaucoup moins que Castro, et, en plus, est en premiĂšre ligne dans la lutte contre l’ennemi commun du monde civilisĂ© – ou du moins on le suppose mais on peut finir par en douter – : l’État Islamique, autre massacreur en sĂ©rie.

Bachar El Assad est le « massacreur » de son peuple, crime international inexpiable dans les Ă©lĂ©ments de langage des dĂ©mocraties occidentales. Il jette des millions de rĂ©fugiĂ©s sur les routes (Daesh n’est pour rien lĂ -dedans, bien sĂ»r !). Pas Castro et ses centaines de milliers de rĂ©fugiĂ©s pour un pays trois fois plus petit ?

Bachar El Assad n’est pas un adversaire des USA. Castro, lui, l’était. Bachar El Assad est soutenu par Poutine et la Russie pour des raisons de circonstances puisque l’Occident bien-pensant le rejette. Castro, lui, Ă©tait soutenu par Krouchtchev et l’URSS et en pleine guerre froide
 C’est beaucoup mieux, en effet.

Comment regarder sérieusement et avec un peu de fond le débat politique mondial dans ces conditions ?

AprĂšs l’assassinat de Saddam Hussein, trahi par ses alliĂ©s occidentaux, l’exĂ©cution du Colonel Khadafi afin de laisser la voie libre Ă  Daesh (notre ennemi n° 1, paraĂźt-il), sans oublier Ceausescu, dĂ©jĂ  abattu comme un chien – dans les rĂšgles de la DUDH toujours, bien entendu –, comment accorder une once de confiance Ă  nos dirigeants dont les motifs reposent sur des enjeux Ă©nergĂ©tiques (et notamment les gisements de gaz rĂ©cents au Moyen Orient), mais qui commettent des crimes permanents au mĂ©pris de nos intĂ©rĂȘts ? Comment accrĂ©diter l’idĂ©e d’un respect humain universel ?

« Pas de libertĂ© pour les ennemis de la liberté », proclamait l’excellent LĂ©nine. Cette phrase devrait ĂȘtre inscrite en exergue de la DUDH
 « VĂ©ritĂ© en deçà des PyrĂ©nĂ©es, erreur au-delà » pour notre Montaigne national, mais sur un autre registre plus intĂ©ressant. Mauvaise foi et intĂ©rĂȘts Ă©conomiques ou idĂ©ologiques sont dĂ©cidĂ©ment les seuls ressorts de la politique internationale (et nationale aussi d’ailleurs). Ce qui n’aurait rien de choquant en suivant Machiavel et son sens de l’État. Ce qui l’est, c’est que le « deux poids deux mesures », la mauvaise foi et le choix unilatĂ©ral des bons et des mauvais morts, est l’apanage de nos dĂ©mocraties brandissant comme leur Bible laĂŻque internationale, la DĂ©claration Universelle des Droits de l’Homme. Universelle ? Vraiment ? De qui se moque-t-on ?

 

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