L’assassinat d’une dĂ©putĂ©e travailliste favorable au « in », en Grande Bretagne, vient de provoquer la suspension sine die de la campagne Ă©lectorale sur le rĂ©fĂ©rendum pour ou contre le maintien de la GB dans l’Union europĂ©enne.

À quelques jours du scrutin dont les sondages donnent les partisans du « leave » vainqueurs, le dĂ©chaĂźnement des peurs catastrophiques se faisaient dĂ©jĂ  largement entendre : effondrement de la Livre sterling, de l’économie britannique, la City dĂ©capitĂ©e et son rĂŽle de premiĂšre place financiĂšre irrĂ©mĂ©diablement perdu, la pauvretĂ© gĂ©nĂ©ralisĂ©e
 et probablement une Ă©pidĂ©mie de peste et de cholĂ©ra. Bref on nous promet un cataclysme bien pire que la fin de l’Empire britannique.

Et brutalement l’horreur suprĂȘme qui se veut prĂ©figurant une sortie de l’UE de la Grande-Bretagne : le meurtre d’une dĂ©putĂ©e exemplaire, fĂ©ministe, travailliste et pro-europĂ©enne, autrement dit l’idĂ©al de la respectabilitĂ© du politiquement correct.

Bien entendu, le meurtrier aurait militĂ© dans un groupuscule d’extrĂȘme droite londonien et « serait » proche d’un autre groupuscule nĂ©onazi amĂ©ricain. L’enquĂȘte progresse vraiment trĂšs vite, tendant Ă  prouver qu’il faut ĂȘtre nĂ©onazi pour ĂȘtre anti-europĂ©en, par un de ces raccourcis mĂ©diatiques dont notre communication moderne a le secret dĂ©vastateur dans l’opinion pour lui donner mauvaise conscience.

C’est exactement le mĂȘme mĂ©canisme qui a ravivĂ© la mise en lumiĂšre des Ă©vĂšnements de la IIe Guerre mondiale depuis une trentaine d’annĂ©es. Jusqu’à la fin des annĂ©es 60, on ne parlait pas tous les jours de nazisme. Mais curieusement, la fin des Trente Glorieuses et le premier choc pĂ©trolier mettant en panne la croissance des dĂ©mocraties, on voit rĂ©apparaĂźtre les rappels de plus en plus pressants aux annĂ©es de guerre. Plus les dĂ©mocraties libĂ©rales sont mises Ă  mal, plus elles se raccrochent Ă  l’alternative : « Nous ou le nazisme, n’oubliez jamais ! » MĂ©canisme qui montre le raisonnement des dĂ©mocraties libĂ©rales d’AprĂšs-Guerre rĂ©duites Ă  marteler l’idĂ©e que le choix des peuples se rĂ©sout entre nazisme (ou assimilĂ©) et dĂ©mocratie libĂ©rale : « Si vous n’ĂȘtes pas avec nous, vous ĂȘtes donc nazi ». Fin du dĂ©bat !

Pour bien se faire comprendre et dĂ©velopper la mĂȘme thĂ©matique, on parle mĂȘme de « fascisme islamique ». Équation terrible : islam radical = nĂ©onazisme. Le dĂ©bat politique vole trĂšs bas. De plus en plus bas. Mais il montre aussi l’impasse dans laquelle se trouvent les dĂ©mocraties libĂ©rales modernes, dont les mots mĂȘmes n’ont plus guĂšre de sens.

On ne peut s’empĂȘcher de reconnaĂźtre la « chance » inouĂŻe que ce supposĂ© nĂ©onazi vient d’offrir aux partisans du « in ».

On ne peut s’empĂȘcher d’évoquer un Ă©ventuel tĂ©lĂ©guidage opportun de services ou de puissances discrets.

Mais halte là ! On entend gronder la honte de la « thĂ©orie du complot » par laquelle chacun sait que les complots n’ont jamais existĂ© dans l’histoire. Jamais les menĂ©es souterraines de la politique et des puissants de ce monde n’ont fomentĂ© de manipulations. Combien de meurtres politiques complotĂ©s jalonnent l’Histoire, de Rome Ă  la Russie, de l’ex-dĂ©putĂ©e FN, puis UDF Yann Piat Ă  la dĂ©putĂ©e travailliste d’hier.

Laissons les journalistes Ă  leur naĂŻvetĂ© perverse dans ce domaine, eux qui hurlent au loup Ă  l’énonciation mĂȘme d’un complot. Les journalistes sont purs et rĂȘveurs, probes, droits et francs : ils ne peuvent concevoir que le pouvoir porte en lui-mĂȘme la manipulation et le complot. L’Histoire en est jonchĂ©e ! Quiconque connait un peu d’histoire, de science politique et a lu Hobbes, Machiavel et tant d’autres le sait. Mais pas nos journalistes.

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