Le très félin bruxellois Geluck se livre souvent à des confidences faussement naïves. Il en est une qui devrait être épinglée dans les salles de rédaction des médias officiels : « Le passé m’effraie, l’avenir me fait peur, heureusement qu’il y a le présent. »

Hier, pour Sartre, il ne fallait pas désespérer Billancourt, aujourd’hui, pour les rédacteurs en chef, il ne faut pas alarmer le téléspectateur. Dès lors tous les moyens sont bons pour détendre l’auditoire car, comme se plaît à le préciser Edwy Pennel, « il n’y a pas d’information sans manipulation. »

Rassurer le public, le conforter dans son indolente béatitude, le soulager des tracas quotidiens voilà l’édifiante mission confiée à nos communicants labellisés « A.G.G » (Avec Garantie du Gouvernement). Soulager toutes les angoisses du monde, quelle noble vocation. Mais à y regarder de plus près, il est des soulagements loin d’être vertueux, si l’on en croit par exemple le diplomate Alexis Léger (Saint-John Perse à temps partiel) : « Au lendemain de Munich, les Français étaient soulagés. Oui, soulagés, mais à la manière de ceux qui ont fait dans leur culotte. »

Goebbels, reconnu encore comme un maître de la propagande, avait soufflé à Hitler cet inaltérable conseil : « Si vous désirez la sympathie des masses vous devez leur dire les choses les plus stupides et les plus crues. »

On ne peut pas oser prétendre que ce précepte a perdu toute utilité dans le monde médiatique actuel dont les insanités, telles les épidémies, visent à affecter le discernement des populations. Jean-Marie Domenach, le directeur de la revue progressiste Esprit l’a rappelé on ne peut plus clairement : « Les médias simplifient, grossissent et défigurent la vérité ; l’opinion publique se détermine surtout par contagion. »

Pierre Bourdieu, le sociologue révéré par l’intelligentsia, démonte minutieusement le mécanisme de la supercherie : « La T.V. cache en montrant. En mettant l’accent sur des faits divers, en remplissant avec le vide, on écarte les informations pertinentes que devrait posséder le citoyen. La télévision est capable de faire croire à ce qu’elle fait voir. »

Bien manipulée, l’opinion publique enregistre ainsi d’autant mieux les sautes du vent de l’histoire actionné dans des salles de machines interdites au grand public. C’est Alain Peyrefitte très loyal collaborateur du président De Gaulle qui note : « Le sens de l’Histoire ?… C’est la population de Nancy tout entière acclamant le maréchal Pétain et, trois mois plus tard, le général De Gaulle. »

Mais l’opération peut être encore plus subtile comme le souligne l’essayiste André Frossard : « En 40, les Français étaient pour Pétain parce qu’ils croyaient que c’était De Gaulle. À la Libération, ils étaient pour De Gaulle parce qu’ils croyaient que c’était Pétain. » Susciter et entretenir la confusion. Admirez le travail !

Dans le monde médiatique ; le très ancien « Malheur à celui par qui le scandale arrive ! » est loin d’être parole d’évangile, bien au contraire. Il peut toutefois être « réactualisé » lorsque ledit scandale est destiné à détruire un individu politiquement incorrect qui entrave la marche triomphale du progressisme, mais Il faut alors préciser : « Malheur à celui par qui le scandale arrive… sur la place publique ! »

En ces temps incertains, l’air de la calomnie tient une bonne place au hit-parade des scies diffusées sur toutes les ondes. Ce n’est pas un hasard si Voltaire, très original parangon de moralité, générateur de ces lumières qui nous éclairent plus de deux siècles après sa mort, nous léguait ce précieux conseil : « Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose. Il faut mentir comme le diable, non pas timidement, non pas pour un temps, mais hardiment et toujours. »

Et c’est ainsi que l’histoire peut être falsifiée et qui plus est dans l’indifférence générale, car comme le soulignait l’éclectique Rémy de Gourmont : « Une erreur tombée dans le domaine public n’en sort jamais ; les opinions se transmettent héréditairement. Cela finit par faire l’Histoire. »

Rivarol affirmait en son temps que l’imprimerie était l’artillerie de la pensée. Comment qualifierait-il aujourd’hui cette prolifération de média dont les portées illimitées ravalent la « Grosse Bertha » de la Grande Guerre au rang du lance-pierre de notre enfance. Lui, le polyglotte des cours européennes, se verrait-il contraint à pratiquer cette fameuse langue de bois pour laquelle Jean Yanne a forgé un curieux aphorisme : « Gueule de bois n’est pas mortelle mais langue de bois est incurable. »

Pour conclure cette chronique trop bruyante, pourquoi ne pas nous imprégner de la sagesse d’anciens ?

Marc Aurèle, l’empereur philosophe, analysait déjà en son temps les effets mortels de la manipulation des esprits : « Je donne le nom de peste à la corruption de l’intelligence, bien plus sûrement qu’à la corruption de l’air qui nous entoure. »

Et comme François de Sales, soyons convaincus que « le bruit ne fait pas de bien. Le bien ne fait pas de bruit. »

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