L’annonce du rachat probable des chantiers navals de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) par le groupe italien Fincantieri pose, plus largement, le problĂšme de la perte de la souverainetĂ© industrielle de la France. Le dernier grand constructeur français de navires oĂč travaillent plus de 7 000 salariĂ©s et sous-traitants et qui, en 155 ans, a construit plus de 120 paquebots dont les cĂ©lĂšbres Normandie et France sans oublier, en 2016, le Harmony-of-the-Seas, le plus grand bateau de croisiĂšre jamais conçu, passe littĂ©ralement aux mains de l’étranger.

Certes, comme le rappelle Denis Cosnard du quotidien Le Monde, « lĂąchĂ©s par Alstom en 2006, les chantiers Ă©taient, depuis, passĂ©s aux mains de propriĂ©taires norvĂ©giens, puis corĂ©ens qui n’ont pas tenu leurs promesses » (3 janvier). Reste qu’en dĂ©pit des 33 % de capital encore dĂ©tenus par l’État français au sein de ce fleuron de l’industrie navale, le poids de ce dernier n’est plus guĂšre significatif dans un processus dĂ©cisionnel dont les enjeux sont bien plus financiers que strictement entrepreneuriaux.

À l’heure du capitalisme dĂ©bridĂ© par une mondialisation ensauvagĂ©e, la course aux turbo-profits a supplantĂ© toute vellĂ©itĂ© de stratĂ©gie d’entreprise qui conjuguerait idĂ©alement prĂ©servation de la ressource humaine et dĂ©veloppement raisonnĂ© du carnet de commandes.

Du cĂŽtĂ© de Bercy et de l’ÉlysĂ©e, on se rassure comme on peut en se disant que les chantiers navals, aprĂšs avoir Ă©tĂ© dirigĂ©s par le conglomĂ©rat sud-corĂ©en STX – dĂ©sormais placĂ© en Ă©tat de liquidation judiciaire Ă  la barre des tribunaux de SĂ©oul – reviendront dans le giron de l’Europe. Une telle candeur traduit un rĂ©el aveu d’impuissance structurelle de la part d’une machinerie Ă©tatique que les aliĂ©nations successives et systĂ©matiques de ses prĂ©rogatives rĂ©galiennes ont rendu inapte Ă  gouverner notre pays.

Entre l’interventionnisme dirigiste d’inspiration soviĂ©to-marxiste et un « laisser-fairisme » libĂ©ral s’adossant au prĂ©texte convenu de libĂ©rer les Ă©nergies crĂ©atrices des entrepreneurs, existe une troisiĂšme voie qui consisterait Ă  garantir l’indĂ©pendance Ă©conomique et industrielle du pays, Ă©cartant, de facto, tout risque de vassalisation de nos intĂ©rĂȘts vitaux.

Cette saine prĂ©occupation de bon sens devrait, toutefois, se doubler d’une autre, non moins impĂ©rative qui amĂšnerait l’État Ă  recouvrer des leviers permettant d’influencer nettement les stratĂ©gies de groupes industriels au sein des conseils d’administration, de surveillance ou directoires desquels il siĂ©gerait de plein droit.

À cette aune, force est d’admettre que l’on est plutĂŽt loin du compte et qu’il devient proprement himalayen de domestiquer un capitalisme apatride rĂ©tif Ă  toute limite. Une fois le chien libĂ©rĂ© de l’enclos, celui-ci retrouve vite ses instincts primitifs. La faute majeure et gravissime du personnel politique français, depuis quarante ans, fut d’avoir abandonnĂ© Ă  d’autres (l’Union europĂ©enne, les cours de justice internes et externes, les banques, les marchĂ©s financiers) les instruments primordiaux de souverainetĂ© sans lesquels il n’est pas de politiques possibles, donnant ainsi le dĂ©sastreux spectacle d’une France vendue Ă  l’encan.

Nos Ă©lites n’ont visiblement pas conscience que permettre Ă  des capitaux et chefs d’entreprises Ă©trangers d’arraisonner notre patrimoine (matĂ©riel et immatĂ©riel) Ă©conomique et industriel, motif pris d’une libĂ©ralisation juridique du commerce mondial, affaiblit notre compĂ©titivitĂ©.

En mĂȘme temps, elle renforce l’agressivitĂ© concurrentielle de prĂ©tendus partenaires commerciaux qui se livrent Ă  une guerre offensive sur notre territoire, contre lui.

Et ce, comble de notre benoßte stupidité, avec les moyens légaux et administratifs de celui-ci !

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