« Le public ne peut pas comprendre cette arme, et donc ne peut pas croire qu’il est attaquĂ© et soumis par une arme » (Silent weapons for quiet wars).

Alexandre Soljenitsyne avait fini par reconnaĂźtre qu’en Union soviĂ©tique « on donnait une culture classique au peuple ». Et en occident ? Ne lui donne-t-on pas au contraire une inculture classique, au peuple ou ce qu’il en reste ?

La culture de masse planĂ©taire se fait Ă  coups de cinĂ©ma puĂ©ril en 3D, de livres d’ésotĂ©risme dĂ©ments, de jeux vidĂ©o sadiques bons pour tueurs de masse, de soap opĂ©ras pour sourdes-muettes, de drugstores bourrĂ©s de sucreries et de best-sellers sĂ©lectionnĂ©s par le NYT et tous ses clones. Partout les mĂȘmes effets sur des masses sans nations ni idĂ©aux. Comme disait dĂ©jĂ  le sociologue marxiste Adorno : « La rĂ©pĂ©titivitĂ©, la redondance et l’ubiquitĂ© qui caractĂ©risent la culture de masse moderne tendent Ă  automatiser les rĂ©actions et Ă  affaiblir les forces de rĂ©sistance de l’individu. »

La culture contemporaine postĂ©rieure Ă  mettons 1950 m’a toujours rĂ©pugnĂ© sous sa forme Ă©litiste ou de masse ; je n’ai jamais Ă©tĂ© bien seul Ă  le penser, prĂ©cĂ©dĂ© par CĂ©line, Soljenitsyne ou par Huxley, mais il Ă©tait trop tard


La culture dans laquelle nous vivons, et qui a tournĂ© le dos Ă  notre patrimoine, qu’il s’agisse de Lady Gaga, du bouquin Millenium, du jazz, du rap, de « la peinture contemporaine » ou du film Avatar, n’est pas fortuite, elle n’est pas le fruit des goĂ»ts du public et du gĂ©nie naĂŻf de ses initiateurs. Cette culture, remarquait dĂ©jĂ  le comte TolstoĂŻ, n’est plus chrĂ©tienne, n’est plus enracinĂ©e dans l’histoire d’un peuple ou dans un sol ; elle est liĂ©e au conditionnement de masse, elle est abstraite et massifiĂ©e, elle a des buts abscons et des objectifs prĂ©cis, mondialisĂ©s, qu’on peut aussi retracer Ă  travers l’histoire de « l’alittĂ©rature contemporaine » ou du cinĂ©ma post-classique. La musique moderne doit rendre fou, disait dĂ©jĂ  Adorno. La pollution sonore sert Ă  dĂ©truire la personnalitĂ© humaine. Cela s’est du reste toujours su avant la bataille, mĂȘme du temps des Grecs et des Romains


Par exemple, on sait que le jazz, imposĂ© partout au milieu du siĂšcle passĂ©, a Ă©tĂ© fabriquĂ© Ă  l’époque de Gershwin et il a sciemment remplacĂ© les negro-spirituals traduits par la grande Marguerite Yourcenar. Il a contribuĂ© Ă  la dĂ©christianisation des Noirs amĂ©ricains, chose visible aussi dans le trĂšs beau biopic de Taylor Hackford sur Ray Charles. Ces Noirs US ont Ă©tĂ© rendus teigneux et ressentis par le systĂšme dans les annĂ©es soixante, et je me souviens qu’Alain DaniĂ©lou, musicologue de l’UNESCO, l’observait dĂ©jĂ  dans ses mĂ©moires.

Quant aux rappeurs, ils ont accompagnĂ© le million de jeunes Noirs amĂ©ricains tuĂ©s pour quelques trottoirs de drogue
 À chacun ses vices : le cinĂ©ma classique hollywoodien lui-mĂȘme devient pĂ©nible pour qui observe que tout le temps on voit des personnages fumer des Marlboro (dans chaque scĂšne pour John Wayne ou Errol Flynn) ou absorber le whisky Seagram des Bronfman, les financiers de l’ADL


On sait depuis longtemps que, comme le rock, la culture beatnik a été lancée et encouragée pour détourner les activités des plus entreprenants de la politique.

Le marxisme-lĂ©ninisme a Ă©tĂ© court-circuitĂ© de cette maniĂšre par la CIA qui promotionnait des agents d’influence et des artistes abstraits comme Pollock (l’art soviĂ©tique faisait ainsi vieillot
).

L’intronisation des drogues et de la contre-culture correspond Ă  un projet policier et politique : on peut citer les projets MK-Ultra, Cointelpro, Artichoke dont Hollywood s’inspira peu et mal Ă  une Ă©poque plus contestataire.

Ken Kesey, l’auteur du Vol au-dessus d’un nid de coucous, essayait les drogues pour les programmes de contrĂŽle mental. Les univers parallĂšles ont Ă©tĂ© plus faciles Ă  contrĂŽler que les partis politiques Ă  noyauter.

Quant Ă  la rĂ©volution sexuelle, elle Ă©tait dĂ©jĂ  perçue comme un remĂšde Ă  l’esprit contestataire par Huxley
 ou par les tyrans antiques ! Elle a dĂ©bouchĂ© sur une pornographie de masse accessible Ă  tous sur le rĂ©seau, mais aussi sur les meutes hargneuses du politiquement correct.

Mais le sexe n’est pas la seule arme de destruction massive du monde anglo-saxon. L’Ɠil du voyeur fusionne avec celui du dĂ©lateur. Le corps du petit monstre des TĂ©lĂ©tubbies, Ă©mission emblĂ©matique chargĂ©e de conditionner
 les bĂ©bĂ©s (antiracisme, hĂ©liotropisme, sociabilitĂ© de bonobo, animalisation, consumĂ©risme) est dĂ©jĂ  ornĂ© d’un Ă©norme Ă©cran blanc. L’enfant est un hardware qui marche et qu’on programme jusqu’à l’ñge adulte. Si vous lui demandez plus tard un dessin, il vous dessinera tous les canons laser du monde destructeur de ses jeux vidĂ©o.

Dans le mĂȘme esprit, bien sĂ»r, toute la culture « sexe drogue et rock’n’roll » de la gĂ©nĂ©ration du Baby-Boom a eu un seul but : abrutir la jeunesse et pour plusieurs gĂ©nĂ©rations, rĂ©pandre le consumĂ©risme, l’hĂ©donisme et le nihilisme, dĂ©tourner et canaliser ainsi toutes ses Ă©nergies : il faut se transformer en canal, en iPod (cosse de l’oignon, en anglais), en tube (you
 tube ?).

Cette possession – ou connexion – induit bien sĂ»r la rĂ©fĂ©rence au satanisme, qui a Ă©tĂ© Ă©vidente dans la musique heavy metal, puis dans la littĂ©rature pour enfants (Harry Potter, War Craft, et tout le reste) et la culture pop contemporaine via des bourriques comme Rihanna, Gaga ou BeyoncĂ© qu’un Ɠil expert nous invite sur Youtube Ă  voir d’un autre Ɠil avec leur symbolisme maçonnique de bazar.

Dans son discours de Harvard, Soljenitsyne parle d’ailleurs des « musiques insupportables » qui nous envahissent et nous abĂȘtissent de tous cĂŽtĂ©s. L’auteur du Petit Prince, Antoine de Saint-ExupĂ©ry, s’était fait insulter pour avoir Ă©crit que l’on pouvait Ă©couter du Mozart Ă  l’usine
 mais en Union soviĂ©tique.

Ce n’est pas un hasard d’ailleurs si, dans les films hollywoodiens, les assassins et les tortionnaires sont toujours prĂ©sentĂ©s comme des hommes cultivĂ©s. Pour ĂȘtre bien vu en occident, il faut ĂȘtre un crĂ©tin. Le cinĂ©ma intelligent et artistique est d’ailleurs depuis longtemps rĂ©servĂ© aux maĂźtres russes comme Tarkovsky, Kravtchouk ou Sokurov !

Le dĂ©sarmement moral de la culture de masse amĂ©ricaine est allĂ© de pair avec les dĂ©localisations et la dĂ©sindustrialisation forcĂ©e. On a ainsi liquidĂ© avec les syndicats les risques de mobilisation populaire et on a dispersĂ© tout le monde avec l’automobile.

Mais le grand outil de l’arme silencieuse est bien sĂ»r la tĂ©lĂ©vision, avec sa propagande et ses pseudo-Ă©vĂ©nements qui sont dĂ©crits par le lucide et courageux Daniel Boorstin (le sport, les Ă©lections, la mĂ©tĂ©o, la mode, le people,
).

Comme le cinĂ©ma, mais en permanence, la tĂ©lĂ©vision fournit un modĂšle mimĂ©tique. Il faut crĂ©er le troupeau d’animaux bien dociles, comme disait le gĂ©nial CĂ©line. L’offensive philosophique a Ă©tĂ© menĂ©e en AmĂ©rique par la publicitĂ©, issue de la propagande de guerre (Edouard Bernays), puis par l’école de Francfort et par exemple sa chasse systĂ©matique Ă  la figure autoritaire.

On a ainsi promu comme le prĂ©voyait l’irrĂ©prochable Adorno la figure de l’homosexuel, on a diabolisĂ© le pĂšre de famille autoritaire, on a transformĂ© la femme en petite madame Bovary de sĂ©rie, Ă©ternellement endettĂ©e, stressĂ©e et divorcĂ©e, on a crĂ©Ă© l’ado rebelle insatisfait et demeurĂ© avec sa casquette retournĂ©e ; revoyez L’ÉquipĂ©e sauvage avec Marlon Brando qui remplace dĂšs 1953, avec le suicidaire James Dean, les hĂ©ros traditionnels comme John Wayne et James Stewart.

On a dĂ©truit la famille (l’individu doit ĂȘtre nu devant le marchĂ©), puis l’idĂ©e de nation, jugĂ©e fascisante par les multinationales et l’impĂ©rialisme, et, bien sĂ»r, celle de civilisation ; on ne parlera pas de la race puisqu’elle n’existe pas !

Pour liquider la contestation de type communiste, il fallait inciter à une perte de temps et à un grand désordre mental. On a alors créé le modÚle du « jeune voyageur qui veut et doit découvrir le monde », ses plages, ses drogues, ses biÚres et ses excursions érotiques !

Pensez à Kerouac et la génération trÚs crétine du routard qui gesticulait pour rien (revoir la balade des deux bikers débiles du film Easy rider). Cette bougeotte sans but ne vaut pas mieux finalement que la geste du touriste de masse (voir la fin géniale du film Casino) qui évolue tout gras dans un paysage recyclé et plastifié.

La culture comme arme de destruction massive est plus redoutable que n’importe quel bombardement. Elle nous sĂ©pare de notre histoire, de notre terre, de notre prochain, de nos compatriotes. Elle crĂ©e un « avatar » d’individu en marge de ce monde et prĂȘt Ă  ĂȘtre captĂ© par la matrice du commerce amĂ©ricain qui peut ainsi imposer ses projets et ses jouets (pensez aux monstrueux Transformers).

L’usine Ă  rĂȘve a alors prĂ©parĂ© le camp de concentration painless (indolore) dont parlait l’étonnant Huxley. Et la matrice virale amĂ©ricaine est difficile Ă  substituer aujourd’hui car elle a envahi tous les cerveaux. Ce n’est qu’en Ă©tant armĂ© moralement et culturellement contre elle que l’on peut s’en dĂ©fendre avec sa famille et sa nation.

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