En ce mercredi 29 dĂ©cembre nous apprenons l’ultime cavalcade du dernier des « Hussards », Michel DĂ©on. Comme le furent les trois mousquetaires de Dumas, ils auraient Ă©tĂ© prĂ©tendument quatre. Mais que vient faire ce « prĂ©tendument » dans notre propos ?

Pour des raisons qui nous restent obscures, Bernard Frank avait cru bon de rassembler sous un mĂȘme Ă©tendard Nimier, Blondin et Laurent avant de leur adjoindre un certain DĂ©on. Cette affectation collective Ă  un rĂ©giment de tradition devait sans doute Ă©normĂ©ment au fameux « Hussard Bleu » que l’ami Roger avait troussĂ© en son temps au travers d’un roman on ne peut plus « non conformiste ».

Mais voilĂ , elle ne reçut jamais pour autant l’aval des intĂ©ressĂ©s. Certes, un solide dĂ©nominateur commun pouvait conforter les tenants d’une mathĂ©matique idĂ©ologique, mais c’était mĂ©connaĂźtre les individualismes trop bien trempĂ©s des solistes de ce quatuor improbable.

Il fallut attendre les derniers mois de l’AlgĂ©rie française pour que le tocsin national les rassemblĂąt autour de Philippe HĂ©duy et du toujours discret Roland Laudenbach, sous la banniĂšre de la revue L’Esprit Public.

Pour le coup, nos francs-tireurs, ayant endossĂ© l’uniforme rĂ©gimentaire auquel ils devaient indĂ»ment une partie de leur rĂ©putation, se lancĂšrent Ă  corps perdu dans la bataille, taillant des croupiĂšres aux piĂ©tons de l’armĂ©e gaullienne.

Alors que d’Artagnan Nimier, Porthos Blondin, Athos Laurent frappaient d’estoc leurs adversaires, Aramis DĂ©on pratiquait une escrime plus subtile qui n’en touchait pas moins au cƓur ses cibles prĂ©fĂ©rĂ©es. N’est-ce pas lui qui dans ses Poneys sauvages dĂ©voila les turpitudes Ă©lysĂ©ennes de l’affaire Si Salah ?

Qui se souvient de son perfide SupplĂ©ment aux voyages de Gulliver et ce saisissant MĂ©galonose qui estomaqua les critiques littĂ©raires et autres chroniqueurs politiques de l’époque ?

En guise d’adieu Ă  notre frĂšre dans la RĂ©sistance, je me contenterai de citer un extrait de cette Ɠuvre qui, hĂ©las !, n’a rien perdu de son actualité : «  Je suis dans l’opposition et je refuse la civilisation inhumaine de mon pays. Si des policiers entraient Ă  cette heure dans ma maison et me voyaient utiliser des lampes Ă  huiles, ils me tortureraient pour me faire avouer un complot contre l’État [
] Les lampes Ă  huile et la marine Ă  voile sont des crimes contre le progrĂšs, des atteintes Ă  l’esprit nouveau. Peut-ĂȘtre auriez-vous Ă©tĂ© condamnĂ© seulement aux travaux forcĂ©s si l’on s’était aperçu que vous ne vous sĂ©pariez pas de la boĂźte noire qui diffuse Ă  longueur de journĂ©e de la musique obsessionnelle et le discours de MĂ©galonose, parce que la possession de ces boĂźtes que nous appelons “orteffs” est obligatoire et que tout citoyen conscient et respectueux des lois de son pays doit en avoir une Ă  cĂŽtĂ© de lui, jour et nuit, prĂȘt Ă  toute Ă©ventualitĂ©, c’est-Ă -dire Ă  obĂ©ir aux ordres de MĂ©galonose qui parle deux fois par jour en pĂ©riode de calme et jusqu’à vingt fois en pĂ©riode de guerre  »

Va en paix Michel !, mais lĂ -haut, avec l’aide de ton Saint Patron qui est aussi celui des parachutistes, fais en sorte que tu ne sois pas le dernier des hussards et que, dans un Ă©lan invincible, une charge de tes cadets reprenne hardiment et consolide mĂ©thodiquement nos positions perdues.

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