Figure importante, sinon imposante, du courant de la RĂ©volution conservatrice allemande de l’Allemagne weimarienne d’entre-deux-guerres (encore que le sociologue allemand Stephen Breuer conteste vigoureusement l’usage de ce syntagme taxinomique, que, pour notre part, nous sommes bien contraints de conserver, Ă  dĂ©faut d’autre appellation plus pertinente), Oswald Spengler est demeurĂ© cĂ©lĂšbre pour son monumental DĂ©clin de l’Occident (sous-titrĂ© Esquisse d’une morphologie de l’histoire universelle) publiĂ© en 1918.

Oswald Spengler.

Oswald Spengler.

Il fut le thĂ©oricien du « dĂ©clin » (« Untergang »), entendu dans son fameux essai, non pas (seulement) comme crĂ©puscule ou terme, mais aussi comme maturation, voire plus prĂ©cisĂ©ment, comme « rĂ©alisation » ou, selon une approche plus affinĂ©e, comme « accomplissement », voire comme « achĂšvement ». Nous pensons que Spengler a Ă©laborĂ© une vision anthropologique des peuples et de leur histoire sous un angle fonciĂšrement rĂ©aliste – que d’aucuns ont pris ou tiendraient encore pour du pessimisme.

En ce sens, il est un antimoderne rĂ©cusant toute approche « progressiste » et linĂ©aire de l’histoire du monde. Pour Spengler, chaque culture est le reflet de son « ùme » propre et profonde. Elle est l’idiosyncrasie fondamentale par excellence, l’esprit secret qui travaille les peuples depuis leur naissance. De ce fait, toutes les cultures sont irrĂ©ductibles les unes aux autres car cette « ùme » ou « Volkgheist » s’analyse comme l’instinct naturel et populaire d’une nation : « Une culture naĂźt au moment oĂč une grande Ăąme se rĂ©veille », Ă©crit-il dans Le DĂ©clin.

Il invente alors une mĂ©thode spĂ©cifique d’apprĂ©hension de l’histoire du monde, « le tact physionomique », soit la morphologie comparĂ©e des formes historiques des cultures, quelles que soient les cultures envisagĂ©es. Cela lui permet de forger une grille de lecture structuraliste de l’histoire des peuples, laissant de cĂŽtĂ© toutes leurs Ă©ventuelles similitudes, pour dĂ©gager les lois communes qui rĂ©gissent leur dĂ©veloppement. Il en conclut, dĂšs lors, que toutes les cultures sont vouĂ©es Ă  mourir, la civilisation constituant le stade ultime de leur dĂ©composition organique : « il y a une croissance et une vieillesse des cultures, des peuples, des pins, des fleurs, des branches, des feuilles, jeunes et vieux. [
] Chaque culture a ses possibilitĂ©s d’expressions nouvelles qui germent, mĂ»rissent, se fanent et disparaissent sans retour ».

À rebours de la tĂ©lĂ©ologie linĂ©aire hĂ©gĂ©lienne du « sens de l’histoire », Spengler en tient pour une entĂ©lĂ©chie de la fin de l’histoire singuliĂšre des cultures – que l’on ne saurait nullement interprĂ©ter comme la finis historiae d’un Francis Fukuyama qui considĂ©rait que l’avĂšnement mondial de la dĂ©mocratie libĂ©rale impliquerait l’uniformisation des civilisations dans une sorte de creuset homogĂšne rĂ©gi par les États-Unis, les droits de l’homme et le Marché : « la culture meurt quand l’ñme a rĂ©alisĂ© la somme entiĂšre de ses possibilitĂ©s sous la forme de peuples, de langues, de doctrines religieuses, d’arts, d’États, de sciences ». Ce faisant, lorsque « la quantitĂ© totale des possibilitĂ©s intĂ©rieures s’est rĂ©alisĂ©e au-dehors, la culture se fige brusquement, elle meurt, son sang coule, ses forces se brisent – elle devient civilisation ».

Mais une civilisation, Ă  la maniĂšre d’un astre mort, continue de darder ses derniers feux. Spengler dĂ©crit ces ultimes Ă©clats de la civilisation comme Ă©tant ceux de l’impĂ©rialisme, « symbole typique de la fin », parce qu’« impĂ©rialisme est civilisation pure ». Et de bien distinguer les deux Ă©tats, juvĂ©niles (la culture) et sĂ©nescents (la civilisation) : « l’homme cultivĂ© a son Ă©nergie en dedans, le civilisĂ© en dehors ».

Pour Spengler, lors mĂȘme que les villes ont Ă©tĂ© les berceaux originels des cultures, elles deviennent aujourd’hui leur tombeau. Les bourgeois des villes, ont substituĂ© Ă  l’antique raffinement des relations, la rationalisation et l’esprit de calcul. Ils se sont affranchis des traditions d’antan n’étant plus guidĂ©s que par l’argent : « la ville dirige l’histoire Ă©conomique en remplaçant les valeurs primaires rurales, impossibles Ă  sĂ©parer de la vie et de la pensĂ©e paysannes, par le concept d’argent ». Partant, la civilisation des « villes mondiales » a fait entrer l’homme cultivĂ© – dĂ©sormais civilisĂ© – dans un processus de dĂ©rĂ©alisation empruntant, tout Ă  la fois, Ă  la dĂ©rĂ©liction nietzschĂ©enne et Ă  la rĂ©ification consumĂ©riste dĂ©crite par Jean Baudrillard dans Le SystĂšme des objets.

Ainsi que l’observait Alain de Benoist, Ă  la suite de Theodor Adorno, « Spengler a [
] Ă©tĂ© l’un des premiers Ă  formuler des inquiĂ©tudes qui ressurgissent aujourd’hui de toutes parts. Sa critique de la ‘‘civilisation’’ comme phase terminale de la culture [
] tĂ©moigne de son opposition rĂ©solue Ă  une sociĂ©tĂ© caractĂ©risĂ©e par la consommation et le spectacle, l’hypertrophie urbaine, le quantativisme, la croissance sans limites, la prĂ©dominance des valeurs marchandes ».

Penseur anathĂ©matisĂ© parce que bien souvent incompris, Spengler apparaĂźt comme la vigie prophĂ©tique d’une civilisation – la nĂŽtre – en perdition. Il offre une rĂ©flexion intemporelle – et forcĂ©ment trĂšs actuelle – sur le naufrage guettant toute culture qui – par lassitude d’elle-mĂȘme ou orgueil incontinent –, avec l’aide d’une technique insuffisamment maĂźtrisĂ©e, s’aventurerait dans les royaumes sombres et dĂ©senchanteurs de la dĂ©mesure. De Benoist note encore que « l’avenir de l’Occident, dit Spengler, c’est la pensĂ©e organisatrice dĂ©vorant la rĂ©alitĂ© organique, l’obsession du rendement Ă©puisant le monde, la dĂ©gradation de la volontĂ© de dĂ©passement de soi en productivisme effrĂ©nĂ©, l’extension du nivellement Ă©galitaire et de la dictature de l’argent, le triomphe de l’utilitarisme et de l’égoĂŻsme individuel, enfin l’asservissement de l’opinion et l’aliĂ©nation des consciences par la diffusion de standards de rĂ©fĂ©rence tirant toujours plus les esprits vers le plus spectaculaire, le plus superficiel et le plus bas ».

On s’interroge : qui, exceptĂ© les esclaves, ont envie de vivre dans un tel monde ?

Dictionnaire du Grand Épuisement français et europĂ©en, Aristide Leucate, Éd. Dualpha, 398 pages, 33 euros. Pour commander ce livre, cliquez ici.

 Dictionnaire du Grand Épuisement français et europĂ©en, Aristide Leucate (Éd. Dualpha).


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A propos de l'auteur

Aristide Leucate

Journaliste et essayiste, apporte rĂ©guliĂšrement sa contribution Ă  la presse d’information et d’opinion, de L’Action française 2000 Ă  Boulevard Voltaire. Conjuguant militantisme et rĂ©flexion politiques, il exerce des responsabilitĂ©s au sein d’un parti politique national. Il est l’auteur de trois essais (DĂ©tournement d’hĂ©ritages, prĂ©face de Pierre Hillard et La souverainetĂ© dans la nation, prĂ©face de Philippe Randa). et Dictionnaire du Grand Épuisement français et europĂ©en (PrĂ©face de Pierre Le Vigan).

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