La radio Europe 1 est emblĂ©matique de la position des « grands » mĂ©dias français, symbole de l’objectivitĂ© de l’information de la presse française. Vendredi, Jean-Michel Aphatie ouvrait son journal sur un pathos larmoyant devant le Brexit et le vote incomprĂ©hensible des Britanniques.

Samedi et dimanche l’émission de David Abiker recevait Ă  jet continu et exclusivement des invitĂ©s atterrĂ©s par le Brexit : Sylvie Goulard, dĂ©putĂ©e europĂ©enne, Henri de Castries, PrĂ©sident d’Axa, Marie Anne Barbat-Layani, Directrice GĂ©nĂ©rale de la FĂ©dĂ©ration bancaire française, Maurice Levy, PrĂ©sident de Publicis, qui, outre les arguments Ă©conomiques habituels des Ă©conomistes tĂ©lĂ©guidĂ©s, des intellectuels autoproclamĂ©s et des journalistes infĂ©odĂ©s, avancent deux nouveaux thĂšmes intĂ©ressants. On peut noter au passage que les champions des dĂ©fenseurs de l’UE sont des financiers. Cela donne le ton, si c’était nĂ©cessaire, de ce qu’est l’UE : une Europe de la finance dont le respect de la dĂ©mocratie s’arrĂȘte lĂ  oĂč commencent les intĂ©rĂȘts des peuples. C’est cela la « nouvelle dĂ©mocratie ».

Le premier thĂšme repose Ă  la fois sur la manipulation des Ă©lecteurs (les 52 % qui ont « mal » votĂ©) et sur le fait que 75 % des « jeunes » ont votĂ© pour le maintien dans l’Europe. Curieux argument qui crĂ©e d’abord une hiĂ©rarchie dans les Ă©lecteurs : il y a les bons Ă©lecteurs qui comptent (comme jadis Jacques Chirac parlait en 2002 dans un discours Place de la Nation des « mauvais citoyens » qui votaient pour le Front National) et donc les mauvais Ă©lecteurs manipulĂ©s, plus ĂągĂ©s et plutĂŽt provinciaux, qui ont votĂ© pour le Brexit. Quelle indigence intellectuelle !

Ensuite, devant un tel raisonnement atterrant, comment ne pas rĂ©torquer Ă  ces templiers de la dĂ©mocratie que ce sont plutĂŽt ces « jeunes » qui sont sans cesse manipulĂ©s par des discours de laxisme dĂ©bridĂ©, de bonheur europĂ©en bĂ©at, de paix perpĂ©tuelle assurĂ©e. L’UE financiĂšre des multinationales fait le bonheur des jeunes et leur donne ce sentiment de libertĂ© dont la version libertaire est familiĂšre Ă  leur jeunesse naĂŻve. Mais lĂ  encore l’inversion des valeurs est utilisĂ©e, et pour cacher les manipulations des dĂ©mocraties libĂ©rales et financiĂšres europĂ©ennes, on accuse ses adversaires de manipulation lorsque par extraordinaire la victoire leur revient. Ils n’ont pas tort de mettre en lumiĂšre que les dĂ©mocraties modernes ne peuvent faire triompher leurs idĂ©es qu’au prix de stratagĂšmes et d’imprĂ©gnations manipulatoires permanentes, soutenus par une presse aux ordres de l’intelligence de la mondialisation imposĂ©e.

Le second thĂšme est beaucoup plus pertinent, mais constitue un paradoxe dont ses tenants n’ont pas mesurĂ© la portĂ©e. On met en avant, toujours dans ce souci de dĂ©couper la dĂ©mocratie en tranche fine, que l’Écosse notamment a votĂ© contre le Brexit Ă  65 %. Par consĂ©quent l’Écosse doit, par un nouveau rĂ©fĂ©rendum, sortir du Royaume-Uni pour rĂ©intĂ©grer l’UE. Et le tour est joué !

On ne peut qu’approuver un tel raisonnement. Mais pas dans le sens voulu initialement par ses auteurs. La chute de l’URSS, puis celle de la Yougoslavie, ont favorisĂ© la recomposition de l’Europe centrale en une mosaĂŻque de petits États fondĂ©s sur la vieille notion du droit des peuples Ă  disposer d’eux-mĂȘmes. Avec l’approbation des dĂ©mocraties europĂ©ennes.

Les vellĂ©itĂ©s autonomistes se sont rĂ©veillĂ©es en Espagne, Italie, Écosse, Irlande du Nord. Que l’Écosse quitte le Royaume-Uni procĂšde d’une nouvelle logique qui pourrait ĂȘtre le fondement d’une Europe Nouvelle bĂątie sur le principe : « Mon prĂ©nom est Occitanie, mon nom est Europe » dĂ©clinĂ© dans les 70 ou 80 versions des nations charnelles europĂ©ennes. Les vĂ©ritables nations ne sont-elles pas celles des rĂ©gions, avec leur vivre ensemble et les communautĂ©s charnelles ancestrales qu’elles traduisent, sur fond de civilisation occidentale commune ? Ce lent mouvement n’est-il pas engagĂ© depuis 20 ans ?

DĂ©sapprouver l’Europe de Bruxelles n’est pas ĂȘtre contre l’Europe, n’en dĂ©plaise aux dĂ©tracteurs de l’UE. Au contraire. Construire l’Europe passe par la destruction de cette Europe des marchands et des financiers. Mais construire cette autre Europe Nouvelle ne peut que dĂ©plaire aux puissances financiĂšres qui dĂ©testent toutes les incertitudes. À commencer par celles nĂ©es de la volontĂ© des peuples.

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Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.

A propos de l'auteur

Richard Dessens

Enseignant pendant plusieurs annĂ©es dans une Ă©cole prĂ©paratoire aux concours d’entrĂ©e aux IEP et Écoles de journalisme, Richard Dessens crĂ©e et dirige parallĂšlement une troupe de thĂ©Ăątre dans la rĂ©gion de Montpellier. Docteur en droit, DEA de philosophie et licenciĂ© en histoire, il est l’auteur d’ouvrages de philosophie et d’histoire des idĂ©es politiques, de relations internationale. Son dernier livre paru est "Henri Rochefort ou la vĂ©ritable libertĂ© de la presse" aux Ă©ditions Dualpha.

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