VoilĂ  dĂ©jĂ  de belles annĂ©es, alors que j’évoquais avec un ami journaliste, les rares comĂ©diens qui s’étaient « mouillĂ©s » pour dĂ©fendre la cause de l’AlgĂ©rie française, j’eus la surprise de voir exhumer des oubliettes la belle gueule torturĂ©e de GĂ©rard Blain.

Bien sĂ»r les cinĂ©philes se souvenaient encore de ses prestations dans « Le beau Serge » et « Les Cousins », portĂ©es par cette fameuse « Nouvelle Vague ». Pour ma part je l’avais dĂ©couvert dans Les Mistons de François Truffaut et beaucoup apprĂ©ciĂ© dans Les jeunes maris de Mauro Bolognini.

Mon interlocuteur fit resurgir une question que je m’étais dĂ©jĂ  posĂ©e : celle des raisons de son exil en Italie et de son improbable dĂ©tour par la Tanzanie en 1961-1962 pour tourner Hatari sous la direction du « trĂšs rĂ©actionnaire » Howard Hawks, mais aussi au cĂŽtĂ© de l’« infrĂ©quentable patriote » qu’était John Wayne.

À farfouiller dans le curriculum Ă  changement de vitae du comĂ©dien, je dĂ©couvris qu’à l’ñge de 13 ans, abandonnĂ© par son pĂšre, architecte de la ville de Paris, il avait dĂ©sertĂ© l’école pour vivre sa vie, livrĂ© Ă  lui-mĂȘme, poussant telle une mauvaise herbe sur le pavĂ© parisien. Entre deux petits mĂ©tiers, il s’était glissĂ© dans le monde du cinĂ©ma pour y faire de la figuration avant d’ĂȘtre repĂ©rĂ© par des metteurs en scĂšne, accrochĂ©s par ce regard inquiet et ce sourire d’enfant triste. Ne disait-il pas : « Depuis mon enfance, je me considĂšre avec la SociĂ©tĂ© en Ă©tat de lĂ©gitime dĂ©fense ».

Un dĂ©tail ne manque pas de surprendre : son passage au 18e RĂ©giment de Chasseurs Parachutistes. Il va y dĂ©couvrir une forme de franche camaraderie et de solidaritĂ© dans la difficultĂ© ainsi que le respect des traditions qui le marqueront Ă  vie : « Nous sommes dans une sociĂ©tĂ© pourrie. Il n’y a plus de foi, plus de morale, plus de sentiments Ă©levĂ©s, nobles. Ne rĂšgnent que le plaisir, le fric, le sexe, tout ce qui fait appel aux sentiments les plus bas, les plus mĂ©prisables. J’ai toujours Ă©tĂ© prĂ©occupĂ© par le dĂ©clin des valeurs et tous mes films, au fond, racontent la quĂȘte de ces valeurs perdues. »

Étonnante profession de foi du prĂ©tendu anarchiste ou gauchiste que certains esprits de progrĂšs avaient cru voir en lui. Il avait confessĂ© il est vrai : « Rage, rĂ©volte, rĂ©bellion, je ne sais pas faire autre chose ». Mais beaucoup de dĂ©fenseurs de l’AlgĂ©rie française ne professaient rien d’autre en se fondant dans la clandestinitĂ©.

Et que dire de ses frĂ©quentations pour le moins douteuses ? Il a Ă©tĂ© l’ami du journaliste essayiste Michel Marmin, figure historique du Groupement de Recherche et d’Études pour la Civilisation EuropĂ©enne, classĂ© Ă  l’extrĂȘme droite. Diantre ! Pis encore, ne l’a-t-il pas choisi comme coscĂ©nariste de son film sulfureux Pierre et Djemila. Qualificatif infernal bien mĂ©ritĂ© puisque, par la grĂące d’un postulat sociologique toujours en vigueur, il est inadmissible de prĂ©tendre qu’intolĂ©rance et racisme puissent ĂȘtre Ă©galement pratiquĂ©s par deux communautĂ©s religieuses cohabitant dans une mĂȘme citĂ©, qu’elle soit d’ailleurs roubaisienne, dionysienne ou phocĂ©enne.

GĂ©rard Blain et Michel Marmin dans un photo-montage lors de la parution des souvenirs de Michel Marmin aux Ă©ditions Pierre-Guillaume de Roux.

GĂ©rard Blain et Michel Marmin dans un photo-montage lors de la parution des souvenirs de Michel Marmin aux Ă©ditions Pierre-Guillaume de Roux.

Et son amitiĂ© avec Maurice Rollet un ancien de la FĂ©dĂ©ration des Étudiants Nationalistes et de l’OAS, cofondateur de l’ADIMAD (Association des anciens dĂ©tenus de l’AlgĂ©rie française) ! Ne lui avait-il pas confiĂ© un rĂŽle dans son film Le rebelle ? Quelle horreur !

On l’aurait mĂȘme vu naguĂšre en compagnie de Jean-Marie Le Pen. Teufel !

Acteur rebelle, moralement intransigeant, nostalgique de valeurs disparues, tel était en réalité ce séduisant symbole de la nouvelle vague devenu infréquentable eu égard aux préceptes désormais imposés par les maßtres de la pensée unique.

L'affiche du film Pierre et Djemila

L’affiche du film Pierre et Djemila.

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