Concernant le reste des États, dont ceux de l’Occident, l’étape de l’humiliation et du dĂ©couragement est une clĂ© thĂ©orique d’explication de la mĂ©thode poursuivie par le groupe État islamique (EI) : Ă©reinter nerveusement, harasser psychologiquement, Ă©puiser politiquement les peuples et les gouvernants de ces États de façon Ă  susciter un Ă©tat de catatonie gĂ©nĂ©rale oĂč se mĂȘleraient peur panique et improvisation dĂ©sordonnĂ©e propices Ă  l’émergence de la « sauvagerie ».

Abu Bakr Naji.

Abu Bakr Naji.

Abu Bakr Naji prĂ©conise de prolonger autant que possible cette Ă©tape qui doit conduire Ă  « l’épuisement des forces ennemies et des rĂ©gions[1] qui collaborent avec elles. La dispersion de leurs efforts. Les empĂȘcher de reprendre souffle [
], mĂȘme s’il s’agit d’actions mineures ou de peu d’effet. Mais si le glaive ne frappe la tĂȘte que d’un seul CroisĂ©, c’est un exemple qui ira crescendo et trouvera son effet par la suite[2] ».

À cette enseigne, convient-il de prendre au sĂ©rieux les attentats revendiquĂ©s au nom du groupe EI, quand bien mĂȘme celui-ci ne les aurait pas commanditĂ©s directement et expressĂ©ment. En effet, ces « opĂ©rations [
] n’ont pas besoin de l’aval du haut Commandement dans la mesure oĂč elles sont par avance approuvĂ©es par ce dernier ».

En d’autres termes, ceux que la novlangue mĂ©diatique et judiciaire s’obstine Ă  qualifier de « loups solitaires » agissant prĂ©tendument de leur propre initiative, soit parce qu’ils n’auraient aucun lien avec une quelconque organisation islamique, soit encore parce qu’ils prĂ©senteraient des profils de « dĂ©sĂ©quilibrĂ©s mentaux », sont habilement instrumentalisĂ©s – mĂȘme Ă  leurs corps dĂ©fendant – par une organisation criminelle qui les surplombe.

LĂ  encore, il ne s’agit nullement d’extrapolations gratuites de la part de l’auteur de ces lignes, mais d’une lecture attentive d’un livre qui est en soi une vĂ©ritable bombe, tant il dĂ©crit par le menu le modus operandi des tueries et assassinats de masse perpĂ©trĂ©s un peu partout dans le monde occidental. Qu’on en juge Ă  la lumiĂšre de ces propos d’Abu Bakr Naji : « multiplions les frappes contre l’AmĂ©rique et ses alliĂ©s Ă  l’Est comme Ă  l’Ouest ! [
] Il faut diversifier et multiplier les actions humiliantes contre l’ennemi croisĂ© et sioniste partout dans le monde musulman. Et au-delĂ  du monde musulman quand c’est possible. »

Surtout, ces appels aux meurtres sont fondĂ©s sur le Coran, texte sacrĂ© de l’islam : « le commandement d’entrer en djihad contre les apostats au pouvoir est abordĂ© dans les versets du Coran et du hadith qui ordonnent de mener le djihad contre les infidĂšles et les apostats ».

Et l’auteur de rappeler les sourates et versets qui fondent le djihad : « Allah a envoyĂ© l’épĂ©e aux Arabes pour combattre les polythĂ©istes jusqu’à ce qu’ils se convertissent Ă  l’islam. Il (exaltĂ© soit-il) a dit : ‘‘quand les mois sacrĂ©s seront passĂ©s, massacrez les idolĂątres oĂč qu’ils se trouvent, capturez-les, enfermez-les, tendez-leur des embuscades. Mais s’ils se repentent et font des priĂšres, s’ils lĂšvent les mains au Ciel, laissez-les aller. Allah est tout pardon, il est toute compassion (Coran 9 – 5)’’. Il faut brandir l’épĂ©e contre les juifs, les chrĂ©tiens, les polythĂ©istes non-arabes, jusqu’à ce qu’ils se convertissent Ă  l’islam, ou qu’ils soient rĂ©duits en esclavage, ou qu’ils soient dirigĂ©s par les Arabes. Ils sont de ceux qui blasphĂšment en attribuant un fils Ă  Dieu ou en lui supposant des partenaires. Allah a dit : ‘‘Combattez ceux qui ne croient pas Ă  Allah et aux fins derniĂšres et qui n’interdisent pas ce qu’Allah et son messager ont interdit jusqu’à ce qu’ils paient tribut et qu’ils aient Ă©tĂ© humiliĂ©s. Les Juifs disent : Ezra est le fils de Dieu ; les chrĂ©tiens disent : le Messie est le fils de Dieu. Ce sont les mots qui sortent de leurs bouches, comme celles des incroyants. Qu’Allah les accable ! Comme ils sont pervertis !’’ (Coran 9 : 29-30). »

Notes

[1] L’auteur, en musulman consĂ©quent qui nie l’existence politique et juridique de l’Etat, n’utilise ce terme que dans son acception occidentalisĂ©e et uniquement Ă  des fins pratiques pour ĂȘtre parfaitement compris de ses lecteurs. Il s’en explique lorsqu’il Ă©crit que « la ‘‘rĂ©gion de sauvagerie’’ est le plus souvent une ville, un village, ou deux villes, ou un quartier, ou secteur d’une grande cité ». Ces derniers mots sont particuliĂšrement Ă©loquents dans la mesure oĂč ils lĂšvent clairement le voile (si l’on peut dire) sur la rĂ©alitĂ© de nombre de nos mĂ©tropoles europĂ©ennes, grandes ou moyennes, partiellement gangrĂ©nĂ©es par une immigration de peuplement d’origine extra-europĂ©enne qui, en important son mode de vie et sa « vue du monde », s’approprie, en quelque sorte, des zones entiĂšres. L’exemple de du dĂ©partement de la Seine-Saint Denis en France ou celui de Molenbeek-Saint Jean en Belgique, sont, de ce point de vue, particuliĂšrement illustratifs.

[2] C’est nous qui soulignons.

Management de la sauvagerie publié en 2004 et écrit par Abu Bakr Naji (Ars Magna).

Management de la sauvagerie publié en 2004 et écrit par Abu Bakr Naji (Ars Magna).

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A propos de l'auteur

Aristide Leucate

Journaliste et essayiste, apporte rĂ©guliĂšrement sa contribution Ă  la presse d’information et d’opinion, de L’Action française 2000 Ă  Boulevard Voltaire. Conjuguant militantisme et rĂ©flexion politiques, il exerce des responsabilitĂ©s au sein d’un parti politique national. Il est l’auteur de trois essais (DĂ©tournement d’hĂ©ritages, prĂ©face de Pierre Hillard et La souverainetĂ© dans la nation, prĂ©face de Philippe Randa). et Dictionnaire du Grand Épuisement français et europĂ©en (PrĂ©face de Pierre Le Vigan).

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