Entretien avec Franck Buleux. (Propos recueillis par Fabrice Dutilleul).

Entretien avec Franck Buleux. (Propos recueillis par Fabrice Dutilleul).

Votre essai, L’UnitĂ© normande, rĂ©alitĂ© historique et incertitude politique, paru chez L’Harmattan en dĂ©cembre dernier, vient de recevoir le prix AndrĂ©-Maurois dĂ©cernĂ© par la SociĂ©tĂ© des Ă©crivains normands. Pourquoi avoir postulĂ© Ă  un prix ?

La Normandie, rĂ©unifiĂ©e depuis janvier 2016, plus ancienne terre de France, a besoin de livres, de revues, de travaux qui valorisent la permanence de son identitĂ©. InsĂ©rĂ©e dans le magma du roman national (de plus en plus contesté ), la Normandie, nĂ©e en 911, doit ĂȘtre reconnue, certes par le pouvoir jacobin, mais d’abord par ses propres enfants, ceux « qui en sont » et ceux qui l’ont adoptĂ©e. Or, un travail sur la Normandie a besoin d’ĂȘtre reconnu pour faire partie, en quelque sorte, de notre patrimoine culturel vivant !

Votre essai fait partie du patrimoine normand ?

En tout cas, mon essai tente de faire naĂźtre l’idĂ©e qu’un territoire ne peut pas s’incarner sans des hommes. Chaque pierre posĂ©e pour faire connaĂźtre la Normandie est un Ă©lĂ©ment positif ! Mon livre est un apport.

Pourquoi la Société des écrivains normands ?

En faisant des recherches sur les individus « qui ont bien mĂ©ritĂ© de la Normandie », je me suis longuement arrĂȘtĂ© sur des poĂštes qui, Ă  l’aube du XXe siĂšcle, ont fait vivre l’identitĂ© normande victorieuse face Ă  une Europe dĂ©clinante en pleine guerre civile. L’esprit des poĂštes normands Ă©tait de retrouver l’esprit de conquĂȘte, de Rollon, notre yarl (duc) fondateur jusqu’à Guillaume le ConquĂ©rant, fondateur d’un Empire anglo-normand en 966.

Parmi ces poĂštes, celui qui a le plus attirĂ© mon attention fut Charles-ThĂ©ophile FĂ©ret (1858-1928). Ses poĂšmes, notamment regroupĂ©s dans La Normandie exaltĂ©e (1902) sont des hymnes Ă  une terre conquĂ©rante, Ă  des hommes vaillants. L’exemplaire en ma possession de ce recueil est ainsi dĂ©dicacĂ© « Hommage nordique de Charles-ThĂ©ophile FĂ©ret ». La fiertĂ© nordique tranche alors avec la dĂ©faite de la France en 1871.

Et quel est le lien de Charles-ThĂ©ophile FĂ©ret avec cette sociĂ©tĂ© d’érudits locaux ?

Eh bien, c’est Charles-ThĂ©ophile FĂ©ret qui crĂ©a cette sociĂ©tĂ© en 1923, cinq ans seulement avant son dĂ©part vers le Walhalla. FĂ©ru de religion primordiale, Charles-ThĂ©ophile Ă©voquait ainsi frĂ©quemment les dieux du Nord.

Il crĂ©a cette sociĂ©tĂ© savante pour rassembler tous les Ă©crivains normands ou installĂ©s en Normandie. Et cette sociĂ©tĂ© existe toujours, prĂšs de cent ans aprĂšs
 N’est-ce pas un gage de permanence ?

Le quotidien Ouest France rend compte du Prix décerné à Franck Buleux.

Le quotidien Ouest France rend compte du Prix décerné à Franck Buleux.

OĂč exactement cette sociĂ©tĂ© a-t-elle vu le jour ?

Dans la belle citĂ© fleurie et cĂŽtiĂšre d’Honfleur, chez Lucie Delarue-Mardrus. Qui se souvient de cette poĂ©tesse, romanciĂšre, historienne et journaliste normande (1874-1945) ? Savez-vous qu’elle faillit devenir « Madame la MarĂ©chale » ? En effet, Lucie Delarue refusa les avances du capitaine Philippe PĂ©tain, probablement parce qu’il n’était, alors, que « capitaine » 

Savez-vous Ă©galement que des Ă©crivains comme Michel de Saint-Pierre et Pierre de Villemarest en furent d’éminents membres ?

Pour en revenir Ă  Charles-ThĂ©ophile FĂ©ret, il fut longtemps prĂ©sent dans la revue du Mouvement normand (MN), L’UnitĂ© normande, via cette sublime citation qui s’étalait Ă  chaque une jusqu’en 1997 : « Servir la Normandie et non s’en servir. »

Qu’allez-vous faire de ce prix ?

Je vais le recevoir le 8 octobre prochain Ă  Lisieux des mains du prĂ©sident de la SociĂ©tĂ© des Ă©crivains normands, Claude Le Roy. Je ne peux que le dĂ©dier Ă  mes proches, Ă  la Normandie et aux Normands
 et Ă  Charles-ThĂ©ophile FĂ©ret !

Une « suite » sera-t-elle donnée à votre essai ?

La Normandie est une vieille terre. Je compte bien encore mettre en valeur cette terre qui m’a vu naĂźtre et grandir et les acteurs qui l’ont incarnĂ©e et qui l’incarnent encore aujourd’hui.

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