Jean-Baptiste dit « Anacharsis » Cloots von Gnadenthal (1755-1794)

Richissime baron du Saint-Empire, sujet prussien du duchĂ© de ClĂšves, c’est un grand voyageur, un lettrĂ©, naĂŻvement idĂ©aliste dans le fond et ridiculement emphatique dans la forme de ses discours. Il Ă©tait un cousin de la mĂšre de l’espion autrichien Pierre Proli.

Sa carriĂšre politique dĂ©bute en juin 1790, lorsqu’admis en observateur Ă©tranger aux « Jacobins » de Paris, il se dĂ©cerne le titre « d’orateur du genre humain ». On le couvre de louanges, car il est trĂšs gĂ©nĂ©reux, tout en se moquant de lui et de son ridicule prĂ©nom (la populace en fait « canard six »), adoptĂ© en 1789 aprĂšs la lecture du livre publiĂ© l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente par Jean-Jacques BarthĂ©lemy : Le voyage du jeune Anacharsis en GrĂšce au IVe siĂšcle de l’ùre vulgaire. Il obtient le droit de reprĂ©senter le cosmopolitisme Ă  la FĂȘte de la FĂ©dĂ©ration, le 14 juillet 1790.

En 1792, il prĂŽne la « guerre Ă  outrance contre les rois », pour imposer la « RĂ©publique universelle » (c’est le titre de sa brochure d’avril), mais il est partisan du maintien de l’esclavage dans les colonies. Le 25 aoĂ»t, l’AssemblĂ©e LĂ©gislative en fait un « citoyen français d’honneur » et il est Ă©lu dĂ©putĂ© Ă  la Convention Nationale, oĂč il siĂšge avec les « Brissotins » (les amis parisiens des « Girondins ») et se pose en ennemi de Marat.

GrossiĂšrement traitĂ© par madame Roland, qui aime causer et dĂ©teste Ă©couter les autres, il passe dans les rangs de la « Montagne », en novembre. RĂ©gicide en janvier 1793, il fait au printemps l’apologie du capitalisme industriel et participe, en novembre, au mouvement de dĂ©christianisation : c’est lui qui pousse Jean-Baptiste Gobel, l’évĂȘque « jureur » de Paris, Ă  abjurer la prĂȘtrise devant la Convention, le 7 novembre. Gobel Ă©tait un Ă©vĂȘque d’Ancien RĂ©gime, suffragant de celui de BĂąle, dĂ©putĂ© du clergĂ© aux États GĂ©nĂ©raux ; il avait Ă©tĂ© Ă©lu Ă©vĂȘque constitutionnel de Paris le 13 mars 1791, en dĂ©pit de la candidature de SieyĂšs ; son abdication ne lui Ă©vite pas le passage devant le   : il sera guillotinĂ© le 13 avril 1794.

Du fait de cet exploit anticlĂ©rical, Cloots est Ă©lu, le 9 novembre, PrĂ©sident des « Jacobins » pour la quinzaine suivante. Le 14 octobre, devant les membres du ComitĂ© de Salut Public et du ComitĂ© de SĂ»retĂ© GĂ©nĂ©rale, Fabre « d’Églantine » le prĂ©sente comme Ă©tant « un agent de l’étranger ». Il est de fait qu’il frĂ©quente son petit-cousin Proli qui en est assurĂ©ment un, mais, le concernant, cette accusation est absurde. Elle plait toutefois Ă  Maximilien Robespierre qui le fait exclure des « Jacobins » le 12 dĂ©cembre et de la Convention, le 26. Cloots est arrĂȘtĂ© le 30 dĂ©cembre 1793.

JugĂ© par le Tribunal RĂ©volutionnaire, du 21 au 23 mars 1794, dans la fournĂ©e des « agents de l’étranger » et des « ultra-rĂ©volutionnaires », il est guillotinĂ© le 24.

En son genre, ce personnage, assez ridicule, innova. Préfigurant les « radicaux » de la IIIe République, il fut un orateur grotesque à force de grandiloquence.

A propos de l'auteur

Bernard Plouvier

Ancien chef de service hospitalier, spĂ©cialisĂ© en MĂ©de­cine interne.Il est auteur de nombreux livres historiques (L’énigme Roosevelt, faux naĂŻf et vrai machiavel ; La tĂ©nĂ©breuse affaire Dreyfus ; Hitler, une biographie mĂ©dicale et politique ; Dictionnaire de la RĂ©volution française,
) et d'essais (RĂ©flexions sur le Pouvoir. De Nietzsche Ă  la Mondialisation ; Le XXIe siĂšcle ou la tentation cosmopolite ; Le devoir d’insurrection,
). Il a Ă©tĂ© Ă©lu membre de l’AcadĂ©mie des Sciences de New York en mai 1980.

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