Certes Jean Anouilh n’a jamais prĂ©tendu ĂȘtre un parangon de citoyennetĂ© Ă  la mode de chez nous, lui qui affirmait ne plus avoir votĂ© depuis le 29 fĂ©vrier 888, date de l’élection du roi Eudes par ses pairs. Il n’en demeure pas moins que ce retrait volontaire du dĂ©bat dĂ©mocratique peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un gage d’impartialitĂ© dans l’observation de la sociĂ©tĂ© politique. Et pour une rare fois oĂč l’intervenant n’est ni juge et partie pourquoi se priverait-on des remarques de ce pessimiste talentueux ?Jean AnouilhPersonnellement, si je devais accĂ©der Ă  la magistrature suprĂȘme (Dieu m’en garde !), je ne manquerais pas de tapisser les murs de mes appartements privĂ©s Ă©lysĂ©ens de ses sages prĂ©ceptes
 D’ailleurs si j’en touchais un mot Ă  Brigitte, des fois que


L’un des prĂ©cĂ©dents occupants de cet Olympe d’une rĂ©publique dĂ©jĂ  en marche (il avait Ă©tĂ© militaire dans le civil), commençait certains de ses discours par un pĂ©remptoire « les choses Ă©tant ce qu’elles sont » pour mieux imposer une dĂ©cision dont il savait dĂ©jĂ  qu’elle ne ferait pas l’unanimitĂ©.

Cette astuce de bateleur d’estrade ne doit surtout pas abuser son propre utilisateur pour qui, en rĂ©alitĂ©, « les choses ne sont pas ce qu’elles sont, elles sont ce qu’on les fait. »

Commander c’est dĂ©cider. C’est irrĂ©futable. Toutefois « l’essentiel quand on a un commandement, c’est de prendre une dĂ©cision quelle qu’elle soit. On s’effraie au dĂ©but, puis avec l’expĂ©rience on s’aperçoit que cela revient Ă  peu prĂšs au mĂȘme
 quoi qu’on dĂ©cide. »

Dans l’improvisation qui la caractĂ©rise, la RĂ©publique en Marche forcĂ©e a Ă©tĂ© contrainte d’user bon nombre de godillots plus ou moins Ă©culĂ©s qui ne peuvent dĂ©sormais qu’entraver la poursuite de cette percĂ©e qui, reconnaissons-le, s’essouffle quelque peu. Il est vrai que, Ă  la sortie des urnes plus qu’ailleurs, « les apparences suffisent largement Ă  faire un homme », mais hĂ©las cela ne dure pas.

Le balbuzard pĂȘcheur de voix – familier des Ă©tangs de Somme, c’est un lointain cousin de l’aigle impĂ©rial – devra se souvenir qu’« il est trĂšs difficile de s’élever au-dessus de certains mĂ©diocres et de conserver leur estime. »

Pour se consoler de pareille promiscuitĂ©, il pourra toujours faire sienne cette confidence d’hurluberlu, combien dĂ©senchantĂ©e : « J’aimerais mieux aller vivre Ă  Constantinople chez le Grand Turc plutĂŽt que de voir six cents mĂ©diocres faire et dĂ©faire la France au nom de quelques mĂ©diocres qui les ont Ă©lus. »

Face Ă  cette meute de corniauds tirant sur leur laisse Ă  tort et Ă  travers et aboyant dans les arriĂšre-cuisines du pouvoir, il se rassurera en pensant que « les hommes, c’est comme les chiens, ça mord parce que ça a peur. »

Dans l’exercice du pouvoir, lorsque le temps se gĂąte vraiment, quelques Ă©vidences peuvent ĂȘtre parfois rassurantes. Ainsi « quand les canons tonnent, les cons se taisent. »

PrĂ©tendre traiter prĂ©ventivement, par voie lĂ©gislative, les atteintes Ă  l’intĂ©gritĂ© du corps parlementaire et les affections malignes qui pourraient nĂ©croser les Ă©pidermes ministĂ©riels, est rĂ©ellement mĂ©ritoire de sa part. Il peut pourtant dĂ©jĂ  se laisser aller Ă  un constat du genre : « L’honnĂȘtetĂ© n’est pas de tout repos, mais ce n’est tout de mĂȘme pas moi qui l’ai inventĂ©e. »

Dans ce monde oĂč la communication prend trop souvent le pas sur la rĂ©flexion, il saura qu’« à vouloir ĂȘtre trop brillant, on pense faux. »

De mĂȘme ne devra-t-il pas se mĂ©prendre sur la valeur des relations Ă©tablies au grĂ© des rĂ©ceptions et autres confĂ©rences diplomatiques : « S’il fallait avoir de l’estime pour tous les gens avec qui on dĂźne, il n’y aurait plus de rĂ©unions mondaines possibles. »

À en croire les envolĂ©es lyriques de nos hommes politiques, qu’elles aient pour cadre une modeste salle polyvalente municipale, un palais des congrĂšs de province, un « ZĂ©nith » de capitale rĂ©gionale, ou un plateau de tĂ©lĂ©vision, tous prĂ©tendent Ɠuvrer pour la postĂ©ritĂ©. Quel sera l’iconoclaste qui osera pulvĂ©riser cette profession de foi trop souvent virtuelle ? « Pauvres enfants ! C’est toujours eux qui paient les bĂȘtises des grands, en attendant d’ĂȘtre en Ăąge de faire soigneusement les mĂȘmes. »

Mais c’est ainsi que les rĂ©publiques passent
 et trĂ©passent.

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