PrĂ©alablement Ă  cette intervention, il est loisible d’affirmer que le conservatisme « à la française » est un terme « à la mode », ce qui peut lui donner un aspect positif au temps de la mĂ©diacratie (le fameux « quatriĂšme pouvoir » permet d’avoir un certain nombre d’analyses sur ce courant de pensĂ©e) ; de plus, il est Ă  la une de revues amies : la revue ÉlĂ©ments, « La nouvelle vague du conservatisme » et la revue L’incorrect de dĂ©cembre 2017, « 100 % conservateur » et surtout, « Le dictionnaire du conservatisme » est sorti aux Éditions du Cerf en septembre dernier avec plusieurs contributions d’intellectuels visant Ă  la mise en place d’une Ă©cole doctrinale conservatrice française.

Le dictionnaire du conservatisme (Frédéric Rouvillois).

Le dictionnaire du conservatisme (Frédéric Rouvillois).

Je n’ai nul besoin de vous rappeler que le dĂ©but de la derniĂšre campagne prĂ©sidentielle avait fait du candidat François Fillon le candidat estampillĂ© « conservateur », le postulant largement favori avant les dĂ©boires que l’on connaĂźt. Et d’ailleurs, le candidat conservateur avait largement Ă©liminĂ© les candidats « sociaux-libĂ©raux » (Alain JuppĂ©, Nathalie Kosciusko-Morizet et Bruno Le Maire) et bonapartiste (Nicolas Sarkozy) de LR (Les RĂ©publicains) lors des deux tours de la primaire de la droite et du centre. Depuis le CNIP (Centre national des indĂ©pendants et paysans) et La Droite, devenue DLC (Droite libĂ©rale chrĂ©tienne) de Charles Millon (dont l’épouse, la philosophe Chantal Delsol Ɠuvre au renouveau du conservatisme, notamment dans le dictionnaire prĂ©-citĂ©), on n’avait pas Ă©voquĂ© – autant et Ă  bon escient – la persistance, voire la perspective, d’un conservatisme national, comme voie alternative politique.

Pourtant, la question du conservatisme est complexe car le terme, lui-mĂȘme, renvoie Ă  des phĂ©nomĂšnes – et des rĂ©alitĂ©s – politiques diffĂ©rents, du parti conservateur britannique (les Tories, au pouvoir au Royaume-Uni en alternance dĂ©mocratique avec le Labour travailliste) au monolithique ancien parti communiste soviĂ©tique (PCUS), dont les caciques Ă©taient qualifiĂ©s de « conservateurs », sans doute en partie en raison de leur Ăąge
 Une seule chose est sĂ»re, l’absence pĂ©renne – ou presque (l’exception Fillon vaincue par le trĂšs progressiste hebdomadaire Le Canard enchaĂźnĂ©) – du terme dans le dĂ©bat français, depuis la fin de la RĂ©volution française au moins jusqu’à rĂ©cemment (puisque l’on parle de nĂ©o-conservateurs que la gauche morale n’hĂ©site pas, d’ailleurs, Ă  qualifier de « nĂ©o-cons » – le discrĂ©dit sĂ©mantique est toujours au cƓur des dĂ©bats et fonctionne d’ailleurs, mais s’agissant de cette tendance, il s’agit, le plus souvent, de « libĂ©raux amĂ©ricains » – donc, la gauche amĂ©ricaine issue des dĂ©mocrates – dĂ©fendant des thĂšses conservatrices liĂ©es Ă  la dĂ©fense de la nation : identitĂ©s fĂ©dĂ©rĂ©es rĂ©affirmĂ©es, rejet du « politically correct », rejet du fiscalisme
).

Quel est le point commun entre ces diffĂ©rents conservatismes ? Il s’agit d’une prise de conscience d’une menace sur des valeurs, des principes jugĂ©s essentiels : on peut probablement parler de conservatisme lors des succĂšs en matiĂšre de mobilisation de La Manif pour tous, s’agissant de prĂ©server un droit naturel objectif (droits de l’enfant au sein d’une famille Ă©tablie) face Ă  des exigences progressistes fondĂ©es sur des droits subjectifs (droit Ă  l’enfant de tout individu). Le conservatisme peut aussi s’exprimer sur le terrain des institutions comme sur celui de la proximité : la gastronomie, la valeur touristique de la rĂ©gion, l’écologie terrienne, le respect de valeurs liĂ©es au sol
 Le retour Ă  la terre, voire le retour de la Terre, est une forme naturelle de conservatisme. Le rĂ©cent vote corse, est selon moi, plus qu’un dĂ©gagisme (alors que des sortants sont rĂ©Ă©lus
), un vote conservateur liĂ© Ă  l’insularitĂ© du territoire et Ă  ses consĂ©quences sur les hommes et l’environnement. L’allĂ©gorie du jardin utilisĂ©e par Chantal Millon-Delsol dans le « Dictionnaire du conservatisme » est Ă©clairante, Ă©voquant le conservatisme comme une praxis s’opposant Ă  toute doctrine dont l’objet serait de refaire le monde ex nihilo, forme sublime, et totalement abstraite, de l’expression totalitaire. Le retour aux racines s’oppose clairement aux formes de changement inspirĂ©es par les slogans de gauche qu’elle soit marxiste « Du passĂ©, faisons table rase » (la tabula rasa marxiste) ou sociale-dĂ©mocrate : « Le changement, c’est maintenant ! ». Seules l’intensitĂ© rĂ©volutionnaire et l’horizon utopique font naĂźtre la distinction initiale, bien connue et reprĂ©sentĂ©e par les bolcheviks et les mencheviks il y a cent ans. Le conservatisme pensĂ© de cette maniĂšre est une forme de traditionalisme, c’est-Ă -dire la conservation des acquis, notamment issus de la Nature, que l’on soit, Ă  titre personnel, dĂ©iste ou non. Le terme des « acquis sociaux » fort prisĂ© des marcheurs de Bastille Ă  Nation pourrait aussi ĂȘtre transformĂ© en « acquis moraux » ou en « acquis culturels » ou « naturels ». Serait-ce choquant ou outrancier ? Poser la question, c’est y rĂ©pondre. Le retour du conservatisme, c’est d’abord le retour aux fondamentaux.

Alors, si le conservatisme est une sauvegarde d’acquis prĂ©existants, peut-on le considĂ©rer strictement comme rĂ©actionnaire ?

Si l’on considĂšre que le mouvement conservateur est une rĂ©ponse Ă  un processus rĂ©volutionnaire estimĂ© dangereux pour une collectivitĂ© et ses membres, il n’est qu’une rĂ©action Ă  une pensĂ©e progressiste extrĂ©miste. Au pire, il s’oppose au fameux sacro-saint « cours de l’histoire » en s’arc-boutant sur un maintien de privilĂšges exprimĂ© dans un statu quo ante, au mieux, il se refuse Ă  une Ă©volution qu’il estime nĂ©gative, car dangereuse. Le terme « rĂ©action » renvoie Ă  un retour Ă  un point connu, fixĂ©, du passé ; il conduit Ă  une destruction. Une rĂ©volution peut ĂȘtre rĂ©actionnaire, si ses repĂšres sont dans un passĂ© lointain et rĂ©volu, un conservatisme peut Ă©viter une rĂ©action, s’il parvient Ă  pĂ©renniser ce qui est. Le conservateur se situe dans la survivance de ce qui est. MĂȘme si, dans la bouche des archĂ©os-gauchistes, rĂ©actionnaires et conservateurs sont des synonymes, il est indispensable de dissocier les termes. Il n’est pas question d’un retour abstrait, mais de maĂźtriser un prĂ©sent concret.

S’il n’est pas rĂ©actionnaire, le mouvement conservateur pourrait-il ĂȘtre rĂ©volutionnaire ? A priori, les deux termes semblent procĂ©der d’un oxymore. Pourtant, le conservatisme ne peut pas ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un vulgaire immobilisme. Un corps social est intrinsĂšquement dynamique, comme la Nature, il vit, il s’adapte. Face au rĂ©actionnaire, le conservateur amĂ©nage, amĂ©liore, restaure le prĂ©sent pour Ă©viter le retour Ă  un passĂ©, souvent inconnu. Les RĂ©volutionnaires français Ă©taient le plus souvent excessivement rĂ©actionnaires, visant au retour d’un ordre ancien. Le conservateur se nourrit de l’expĂ©rience, de la praxis, il utilise le prĂ©sent comme une substance organique permettant de crĂ©er de l’histoire, du devenir. On peut ainsi parler de « conservatisme en mouvement », mettant en place des formes nouvelles, elles-mĂȘmes issus du vivant. Une sociĂ©tĂ© est un Ă©lĂ©ment organique dont l’évolution procĂšde de son propre Ă©tat. Le mouvement conservateur, loin d’ĂȘtre figĂ©, permet Ă  la sociĂ©tĂ© de muter Ă  partir d’elle-mĂȘme et non pas d’une sociĂ©tĂ© sans passĂ©.

Un mouvement conservateur, non rĂ©actionnaire, peut-il ĂȘtre libĂ©ral ?

Au sein des familles idĂ©ologiques de la droite (ou des droites), le dĂ©bat, ici, est essentiel : le plus souvent, il est fait rĂ©fĂ©rence Ă  des partis libĂ©raux-conservateurs, c’est-Ă -dire Ă©conomiquement libĂ©raux et conservateurs en matiĂšre sociĂ©tale. Les partis de droite en Occident, du Japon Ă  l’Allemagne, en passant par le Royaume-Uni et l’Espagne, sont souvent considĂ©rĂ©s comme libĂ©raux et conservateurs. Et pourtant, cette liaison, cette fusion mĂȘme n’est pas si Ă©vidente.

En effet, originellement, l’esprit conservateur est de nature collective : il vise Ă  prĂ©server un ordre naturel prĂ©existant alors que le libĂ©ralisme post-rĂ©volutionnaire naĂźt du dĂ©veloppement des besoins exprimĂ©s individuellement. Le conservatisme ne nie pas la libertĂ© mais se rattache davantage Ă  la libertĂ© concrĂšte, plus qu’abstraite, Ă  la libertĂ© collective, plus qu’individuelle. Le triomphe de l’individualisme, Ă©tat suprĂȘme du libĂ©ralisme, s’oppose au conservatisme des systĂšmes normatifs. C’est ici, Ă  mon sens, que le renouveau du conservatisme prend tout son sens : le dĂ©veloppement de l’individualisme a contribuĂ© Ă  l’effacement des repĂšres collectifs, identitaires, religieux ou culturels. La fin du bien commun a rendu la modernitĂ©, expression d’un libĂ©ralisme fondĂ© sur l’individu, exĂ©crable pour les « oubliĂ©s » du systĂšme. L’extension des droits individuels comme le droit Ă  l’enfant, exaltĂ© par les « progressistes », vient Ă  exclure ce bien commun qu’est le droit de l’enfant Ă  vivre au sein d’une famille. Alexandre Soljenitsyne dĂ©nonçait dĂ©jĂ , en 1978, dans Le dĂ©clin du courage, le matĂ©rialisme occidental issu de la sociĂ©tĂ© de consommation. Le dĂ©racinement, fruit de ce conservatisme anglo-saxon, a touchĂ© d’abord les classes populaires souvent qualifiĂ©es d’« oubliĂ©es » par nos chercheurs sociologues. La France des oubliĂ©s, c’est d’abord l’expression d’une sociĂ©tĂ© qui a fait de l’individualisme libĂ©ral son Ă©talon, son exigence. Or, le conservatisme, forme d’enracinement, aurait pu, pourrait, peut encore venir tempĂ©rer ce systĂšme Ă©conomique certes nĂ©cessaire mais qui doit constituer un des piliers d’une sociĂ©tĂ© tridimensionnelle et non le pilier central.

Le conservatisme, une vision politique à reconquérir:

Le conservatisme est une vision de proximitĂ© (le conservatisme n’est pas mondialiste) ; en effet, chaque territoire a un mode de vie Ă  prĂ©server, ce qui le distingue, lĂ  aussi, d’un certain libĂ©ralisme, Ă  la vision trop universelle. Vision enracinĂ©e d’un territoire dĂ©fini, le conservatisme produit sa propre essence, son propre progressisme. La vision du progrĂšs n’a de sens que dans le cadre de l’évolution naturelle du vivant. L’homme transforme la Nature, il ne la nie pas. Nier la Nature serait une attitude rĂ©actionnaire, la transformer est adapter les besoins des populations Ă  l’univers du possible.

Au-delĂ  de cet enracinement indispensable, les conservateurs devront choisir entre le conservatisme libĂ©ral et le national-conservatisme, dĂ©bat qui existe dĂ©jĂ  entre les membres du groupe Conservateur et rĂ©formistes europĂ©ens (70 Ă©lus, soit 10 % de l’ensemble des parlementaires et troisiĂšme groupe du Parlement en nombre de membres). De nombreux mouvements considĂ©rĂ©s comme « populistes » sont membres de ce groupe, notamment au Nord de notre Vieux Continent (Parti du progrĂšs danois, les Vrais Finlandais, la Nouvelle alliance flamande, Droit et justice polonais
).

Pour en revenir Ă  la France, tout le monde a conscience qu’il a manquĂ© l’électorat populiste Ă  François Fillon au premier tour et l’électorat conservateur Ă  Marine Le Pen au second tour.

Le sujet ne porte pas, ici, sur le populisme. Je n’aborderai donc pas le caractĂšre abstrait de cette expression utilisĂ©e aussi bien pour Donald Trump, Bernard Tapie en son temps, Jean-Luc MĂ©lenchon ou Marine Le Pen aujourd’hui. Mais, pour ce qui est du conservatisme, il s’agit bel et bien d’une voie Ă  explorer Ă  la condition de donner Ă  ce mot une expression
 rĂ©volutionnaire !

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