Auda Isarn nous propose de redécouvrir Brasillach à travers le grand écran.

La rĂ©cente parution de Chronique du 7e art de Robert Brasillach aux Ă©ditions Auda Isarn est arrivĂ©e Ă  point nommĂ©, soit juste avant le « grand confinement ». Il ne s’agit pas d’une simple rĂ©Ă©dition d’un livre de cet auteur, dont le succĂšs ne dĂ©mord pas malgrĂ© les annĂ©es s’écoulant depuis sa mort tragique, mais la rĂ©union de ses diverses chroniques cinĂ©matographiques, Ă©parpillĂ©es ici et lĂ  dans La Gerbe, La Revue universelle et diverses autres publications aujourd’hui disparues.

Brasillach avait la rĂ©putation d’avoir, malgrĂ© son jeune Ăąge, tout vu, tout lu, ce que confirment aisĂ©ment ces chroniques. Il n’a ratĂ© aucun des films de son Ă©poque et peut parler avec autant d’aisance des productions hollywoodiennes que de celles d’Europe.

S’il fut assurĂ©ment un homme de lettres, il fut aussi un cinĂ©phile passionnĂ©, son Ɠuvre maĂźtresse ayant Ă©tĂ© son Histoire du cinĂ©ma, coĂ©crite avec son beau-frĂšre Maurice BardĂšche, qui ne connut pas moins de cinq Ă©ditions. EnfermĂ© Ă  Fresnes, c’est Ă  ce livre qu’il pensait, travaillant Ă  sa mise Ă  jour, malgrĂ© les barreaux l’empĂȘchant d’apercevoir l’écran.

Brasillach, que ce soit dans sa fiction ou ses chroniques cinĂ©matographiques, c’est d’abord une fenĂȘtre ouverte sur une Ă©poque rĂ©volue et sa culture, qu’il nous convie d’outre-tombe Ă  revisiter. Son grand mĂ©rite fut de parvenir Ă  nous traduire cette sensibilitĂ© qui lui est propre et qui a fait de lui un auteur si unique.

Il parvient Ă  cerner l’essence de chaque Ɠuvre mouvante qu’il aborde, tout en mettant en lumiĂšre sa poĂ©sie. Et pourtant, il parvient aussi Ă  dĂ©cortiquer le travail de chacun, du scĂ©nariste au metteur en scĂšne, mettant en relief les forces et faiblesses des diffĂ©rents artisans impliquĂ©s. La forĂȘt est apprĂ©hendĂ©e globalement, puis les diffĂ©rentes nuances des feuillages sont dĂ©cortiquĂ©es avec un Ɠil expert. Peu de critiques peuvent se targuer d’une telle vision d’ensemble, doublĂ©e d’un sens du dĂ©tail aigu. Spectateur souvent Ă©merveillĂ©, il ne faisait pas partie de ces auditeurs bĂ©ats qui ne demandent qu’à ĂȘtre extraits de leur quotidien.

Pour Brasillach, le cinĂ©ma fut l’art de la lumiĂšre, des ombres et du mouvement, donc plus proche de la peinture que du thĂ©Ăątre. Mais, c’est peut-ĂȘtre lĂ , l’art de synthĂšse par excellence, l’art ultime. « Il est un langage, situĂ© au confluent de tous les autres arts, nous Ă©crit-il. Certes, tous les arts se mĂȘlent, dĂ©bordent les uns sur les autres, il n’y a pas entre eux de cloisons vĂ©ritablement Ă©tanches; mais le cinĂ©ma semble les fondre tous en leur ajoutant cependant quelque chose qui est le principal, et qui est lui-mĂȘme ».

Mais il perçoit l’évolution que prendra le 7e art et il nous met en garde : « Peu d’arts ont suscitĂ© une espĂ©rance aussi grande que le cinĂ©ma, ont paru aussi vastes, aussi capables de traduire tous les thĂšmes et tous les mythes de l’univers. Aujourd’hui que ses moyens techniques ont fait d’incontestables progrĂšs, ne va-t-il pas falloir renoncer Ă  lui ? ÉcrasĂ© sous le poids de l’or, il va de plus en plus vers l’abĂȘtissement des foules (
) Nous qui avons aimĂ© le cinĂ©ma, et qui ne refusons pas encore de croire en lui, nous sommes bien obligĂ©s de l’inscrire au premier rang des ennemis de la civilisation ».

Un simple regard aux titres du box-office actuel confirme ces prédictions.

Le poĂšte regrettait l’avĂšnement du cinĂ©ma parlant, remplaçant celui muet de sa jeunesse. On le sent, ce n’est pas tant par passĂ©isme, que parce que ce changement marquait une propre Ă©tape dans sa vie, le cinĂ©ma de sa jeunesse disparaissant Ă  jamais. De mĂȘme, il entrevoyait l’arrivĂ©e de la couleur avec la plus grande crainte, allant jusqu’à affirmer que « quand le cinĂ©ma sera tout entier en couleurs », il n’y retournerait plus. Peut-ĂȘtre sentait-il intuitivement que l’arrivĂ©e de ce cinĂ©ma, qui s’imposait avec la fin de la guerre avec des titres comme MĂŒnchausen, marquerait la fin de la seconde et derniĂšre partie de sa courte existence. C’est donc par nostalgie, pour Ă©viter de tourner la page qu’il se raccrochait au cinĂ©ma qui l’avait fait vibrer et rĂȘver.

Ses chroniques s’étalent de 1927 Ă  1944. Étonnamment, cette guerre qui fait rage autour de lui, on ne la ressent pas. Le journaliste Brasillach, quand il est question de cinĂ©ma, parvient Ă  se couper du reste du monde et voit l’art tel qu’il est. On le sent serein dans sa salle de cinĂ©ma, malgrĂ© la menace sourde Ă  l’extĂ©rieur. Il reste impartial, jugeant l’art pour l’art, le critique de cinĂ©ma restant insensible au combat de titans se dĂ©roulant Ă  l’extĂ©rieur de la salle. Il n’est pas Ă©tonnant qu’il vomisse toute Ɠuvre de propagande, peu importe le camp qui en Ă©tait l’auteur.

Pourquoi relire ces critiques, alors que la plupart des films dont il est fait mention sont aujourd’hui oubliĂ©s depuis des lustres? D’abord pour connaĂźtre une autre facette de la personnalitĂ© du poĂšte de Fresnes, mais aussi pour pouvoir adopter Ă  notre tour cette vision de double perspective dont il est dotĂ©, nous permettant d’apprĂ©hender le cinĂ©ma actuel d’une façon plus complĂšte et Ă  la fois plus pointue. Et pour tous ceux qui en ont envie, cet ouvrage peut ĂȘtre le point de dĂ©part d’un voyage vers le passĂ©, via les bandes en deux couleurs. Un voyage dont le guide est nul autre que Brasillach qui nous invite Ă  nous plonger dans l’Ɠuvre d’un RenĂ© Clair ou du « rĂ©confortant » Charlot, ou encore de nous Ă©merveiller devant Le cuirassĂ© Potemkine, Hallelujah ou Le Corbeau. GuidĂ© par un tel sherpa, impossible de ne pas vivre une aventure digne qui en vaut la peine.

Robert Brasillach, Chronique du 7e art, Auda Isarn, 2020, 267 p. Pour commander ce livre, cliquez ici.

Robert Brasillach, Chronique du 7e art, (Auda Isarn),

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A propos de l'auteur

RĂ©mi Tremblay

RĂ©mi Tremblay, Ă©diteur du Harfang, porte-parole de la FĂ©dĂ©ration des QuĂ©bĂ©cois de souche, collaborateur Ă  plusieurs journaux (PrĂ©sent, Livr’Arbitres, Council of Euro-Canadians et Alternative Right) ; il a dĂ©jĂ  publiĂ© le livre "Les Acadiens : du Grand DĂ©rangement au Grand Remplacement" et "Le Canada français, de Jacques Cartier au gĂ©nocide tranquille" (avec Jean-Claude Rolinat) aux Ă©ditions Dualpha. Il est le correspondant d'EuroLibertĂ©s au Canada.

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