18 juin 2020

Le vrai racisme systémique

Par Rémi Tremblay

Inutile de revenir une fois de plus sur le sujet du racisme systémique, concept foireux, qui fait un retour en force dans l’actualité nord-américaine. Depuis l’affaire George Floyd, le dos au mur, les personnalités publiques canadiennes doivent se prononcer sur le sujet, agressées par des journalistes inquisiteurs pour qui le racisme systémique envers les noirs est un fait avéré, scientifique, dont on ne peut douter. Toute cette affaire et cette chasse aux sorcières, dont la liste des victimes ne cesse de s’allonger car quiconque met en doute son existence doit illico quitter l’espace public comme Stockwell Day, Gordon Klein et Taylor Selfridge l’ont appris à leurs dépens, occulte une discrimination bien réelle et avérée. Réellement avérée. C’est la discrimination que subissent les Canadiens français sur cette terre qui est la leur.

Cela ne prit pas moins de dix ans devant les cours de Colombie-Britannique et la Cour suprême du Canada pour que les Canadiens français, défricheurs de l’Amérique septentrionale, aient finalement gain de cause : ils ont droit à une éducation de qualité dans leur langue.

Ce droit est inscrit dans la Constitution et faisait partie des garanties offertes au Québec pour son adhésion à la confédération de 1867, mais, la plupart des gouvernements provinciaux n’offraient pas une éducation en français d’une qualité semblable à celle des écoles anglaises. Il y a dix ans, un groupe de parents francophones de Colombie-Britannique s’adressa à la justice pour voir leurs droits à l’éducation en français finalement respectés. Et, le 12 juillet, le plus haut tribunal du pays a tranché en leur faveur.

De nombreuses provinces s’étaient liguées contre ce groupe de parents. Leur victoire signifie que les gouvernements provinciaux ne peuvent invoquer des finances serrées pour restreindre les droits des francophones d’obtenir une éducation de qualité dans leur langue maternelle.

Le droit à l’éducation n’était plus ouvertement brimé comme ce fut le cas par le passé avec certaines lois francophobes telles que celles de l’Ontario et du Manitoba, mais le système francophone était et reste sous-financé.

En Colombie-Britannique, le transport scolaire et les bâtiments sont inadéquats. Le jugement souligne, comme l’explique la Presse canadienne, « des trajets en autobus deux fois plus longs, des écoles sans bibliothèque, sans gymnase, ou encore avec des gymnases trop petits pour certains sports, et d’autres mal chauffés où les enfants font de l’exercice avec leurs manteaux, et des programmes éducatifs offerts ailleurs, mais inexistants dans leurs écoles ».

De ce fait, plusieurs parents choisissaient d’envoyer leurs enfants à l’école anglaise pour leur permettre de se développer, ce qui évidemment accélérait le processus d’assimilation à la majorité anglophone, un processus qui semble irréversible.

Désormais, quoique aucun échéancier ne soit imposé, les provinces auront le devoir d’offrir une éducation en français qui soit comparable à celle offerte dans les écoles anglaises.

Mais, l’éducation ne représente qu’un des aspects de la discrimination envers les francophones au Canada.

Cette discrimination, peu en ont parlé, trop occupés à parler de la sous-représentation de certaines ethnies dans certains domaines économiques. Et pourtant, elle est bien réelle. Combien de Canadiens-français ont dû, depuis 1867, opter pour des écoles anglaises et s’assimiler pour pouvoir obtenir une chance égale, et ce dans leur propre pays ? Le drame des Canadiens français, trop pâles pour être plaints, ne dérange évidemment pas les bien-pensants. Les droits de la minorité canadienne-française représentent bien peu comparativement à ce qui se passe au sud de la frontière.

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