8 mai 2019

Trudeau et la grande illusion

Par Rémi Tremblay

Le 27 avril sur le site du quotidien Présent, je signais un papier mettant en avant l’obsession qu’entretient le gouvernement de Justin Trudeau à propos du « suprématisme blanc », qui serait la principale menace dans le monde, avant l’Islam et le réchauffement planétaire. Certains médias, fort peu critiques, ont repris la doxa trudeauiste et présentent le « terrorisme d’extrême droite » comme étant la nouvelle menace défiant le Canada, mais aussi l’Occident au sens large.

Dans les discours officiels, deux tueries sont imputées à l’extrême droite au Canada : celui de la rue Yonge à Toronto, le 23 avril 2018, et celui de la mosquée de Québec, le 29 janvier 2017.

La première fut le fait d’Alek Minassian qui fonça au volant d’une mini-fourgonnette sur les nombreux piétons déambulant sur cette rue passante, tuant ainsi une dizaine de victimes. Le coupable, atteint du trouble d’Asperger, une forme d’autisme, aurait eu des frustrations en tant qu’« incel », terme à la mode dans certains forums web pour décrire les « célibataires involontaires ». Aucun motif politique, aucun manifeste, seulement la frustration de ne pas être populaire auprès des femmes, ce qui selon le gouvernement et les médias de masse qui suivent une logique qui m’échappe, ferait de lui un « terroriste d’extrême-droite ».

Le cas de la mosquée, à cause de la cible choisie, pointe évidemment vers un attentat islamophobe. Mais, il faut creuser un petit peu plus. Pourquoi un homme n’ayant jamais professé d’opinions politiques aurait-il décidé de commettre un attentat de ce genre ? Là, le tueur Alexandre Bissonnette éclaira notre lanterne durant son procès : il voulait être un tueur de masse, tout simplement, dans toute la barbarie apolitique que cela implique. Pourquoi une mosquée ? Car, petite lueur de conscience, il avait décidé de ne pas frapper les premières cibles qu’il avait choisies, soit un centre commercial et l’Université Laval, de peur de tuer des femmes et des enfants. La mosquée où on ne trouve ni demoiselle, ni bambin, s’était alors imposée dans son esprit. Cela contrevient au concept d’égalité homme-femme, mais cette fois les féministes ne se sont pas indignées.

Voilà donc les deux attentats d’extrême-droite qui prouveraient hors de tout doute que le « suprématisme blanc » – que plusieurs journaux québécois continuent à orthographier « suprémacisme » en copiant leurs dépêches à partir de l’anglais – est la pire menace à la sécurité.

Les attentats islamiques qui ont causé des morts et des blessés au Canada ne comptent pas. En fait, les 32 211 attentats commis par des Islamistes depuis 2001 qui ont causé 146 811 morts, tels que recensés dans le journal allemand Welt am Sonntag ne comptent pas aux yeux d’Ottawa. On préfère mettre en avant les deux tueries, bien qu’elles n’aient aucun lien avec « l’extrême-droite ».

Pourquoi un tel mensonge ? Un mensonge qui si est gros que seuls les plus lobotomisés y adhèrent ?

Jacques de Kremer dans Lectures Françaises (« L’art de la diversion médiatique », numéro 737, septembre 2018) l’explique bien, quoique son excellent article ne parle pas de Trudeau, mais de Macron.

Il s’agit de faire diversion, comme un illusionniste. Détourner l’attention ailleurs, voilà l’objectif de Trudeau en cette période préélectorale.

Le bilan du règne Trudeau est catastrophique à tous les niveaux ! Sauf un : combattre l’extrême droite. Qu’importe qu’il n’y ait pas de menace « suprématiste » au Canada, si Trudeau parvient à en faire un enjeu, il est clairement celui qui a fait le plus dans ce domaine, nous le lui concédons.

Il a endetté le pays, ajouté de nouvelles taxes, fait reculer l’économie, restreint les libertés, mais il a combattu la menace terroriste d’extrême-droite.

Tout ce qui lui reste à faire avant l’élection de l’automne, c’est de convaincre la population que cette fantasmagorique menace existe réellement. Avec de serviles journalistes sans esprit critique, il pourrait bien réussir !

Et pendant ce temps, personne ne semble s’inquiéter du fait que l’extrême gauche parvienne avec des menaces à faire annuler de pacifiques lancements de livres !