21 septembre 2018

La Roumanie sur les traces de la Hongrie et de la Pologne ?

Par Euro Libertes

par Olivier Bault.

Entretien avec Modeste Schwarz, correspondant en Roumanie du site Visegrád Post.

— Depuis les élections législatives roumaines de décembre 2016 remportées par le PSD de Liviu Dragnea, il est de plus en plus question de sanctions européennes contre la Roumanie comme pour la Pologne et la Hongrie.

Cela n’a d’ailleurs pas empêché les députés du PSD au Parlement européen de voter le 12 septembre en faveur de la procédure de sanctions contre la Hongrie. Pour comprendre la scène politique roumaine, peut-on dire, pour faire simple, que le PSD – nominalement de gauche – est plutôt social-conservateur par rapport aux partis de « droite » alliés au président Johannis qui sont, eux, plutôt libéraux-libertaires ?

— On peut en effet présenter les choses comme cela. Sur les questions sociétales et culturelles, s’il n’y a pas de différence particulière entre les électorats du président Klaus Johannis, classé en théorie à droite, et de Liviu Dragnea, classé en théorie à gauche, au niveau des élites politiques il est assez clair que ceux qui font au moins semblant d’être libertaires, pour être cooptés par leurs sponsors occidentaux et soutenus par l’Occident contre le PSD, ce sont les partis classés officiellement à droite. Ce sont toujours eux qui ont fait avancer les agendas sociétaux chers à l’Occident : séparation la plus poussée possible de l’Etat et de l’Eglise orthodoxe, promotion étatique de formes « innovantes » de vie familiale, multiculturalisme, etc. Dernier exemple en date : la pétition qui a obtenu trois millions de signatures en faveur de l’inscription du mariage dans la constitution pour se protéger contre une dérive à l’occidentale. Le président Johannis devrait donc normalement organiser une consultation populaire. Violant une fois de plus la constitution roumaine, qui l’y oblige, celui-ci a toutefois fait savoir qu’il refusait de perdre son temps pour satisfaire les desiderata de « fanatiques religieux ».

Liviu Dragnea, « à gauche » – en théorie.

Liviu Dragnea, « à gauche » – en théorie.

— En revanche, le parlement roumain, où cette coalition a la majorité, vient de voter en faveur d’un référendum…

— En effet, le PSD et son partenaire ALDE défendent le mariage et la famille. Mais en réalité, si les membres des partis de « droite » exprimaient leur propre opinion, ils seraient pour la plupart sur la même position. Seulement là où la « droite » a fait le calcul de se faire coopter par l’Occident en défendant un agenda libertaire, le PSD a, lui, fait le calcul contraire : il a compris qu’il y avait un capital politique à engranger en défendant la famille et le mariage. Pour être complets, précisons que le PSD a une petite frange réellement de gauche, au sens de la gauche culturelle, sociétale. C’est assez négligeable dans leur électorat, mais moins négligeable parmi les cadres et surtout parmi leurs députés au Parlement européen qui ont, plus facilement que d’autres, mis le doigt dans l’engrenage de l’euroconformisme pour bien profiter de toutes les savoureuses opportunités que leur offre Bruxelles. Le PSD n’a pas de doctrine officielle fermement assum