23 mars 2017

Présidentielle : vers un possible Frexit ?

Par Hans Joachim Froh

Pour nombre d’avis autorisés, adeptes du « mainstream » mondialisé, le chaos d’un Frexit serait jugé pire que la chute de Lehman Brothers ! Rien de moins !

Selon cette thèse, qui ne fait pas l’unanimité, est rejetée par divers experts, dont deux prix Nobel d’économie, l’incertitude qui pèse sur les partis traditionnels et le risque qu’ils connaissent une déroute électorale à la présidentielle, favorise le débat autour du Frexit. Cette hypothèse en alarme plus d’un, ne craignant ni plus ni moins qu’un « arrêt cardiaque » de la finance mondiale et une facture particulièrement lourde pour les plus pauvres.

Ce sujet majeur de politique étrangère et européenne, est assez peu débattu en France et comme le fait justement remarquer le président du think-tank, IFRI, l’Institut Français des Relations internationales, Thierry de Montbrial, alors qu’il engage de façon majeure notre avenir et celui de nos enfants. Selon l’agence de notation Moody, ce risque de Frexit, même s’il ne paraît pas s’imposer, est de plus en plus prégnant, croissant.

Les candidats de droite, du centre et de la gauche, n’envisagent pas une sortie de l’Europe, alors que le Front national, mais aussi d’autres tendances d’extrême droite, ainsi que la gauche radicale de Jean-Luc Mélenchon retiennent cette option, en plan B. Rappelons que l’argument principal des partisans du Frexit est que la France retrouverait sa souveraineté, diluée par la construction européenne.

Le retour vers la Grandeur du passé

Les partisans du Frexit, non sans argumentation valide, articulent leur pensée autour de quelques éléments forts :

– « Small is beautiful », disent-ils, à l’instar de Singapour : une économie, même petite, avec sa propre monnaie, peut être florissante ;

– L’or, dans le cadre de l’établissement d’une monnaie commune, serait la référence physique à partir de laquelle les monnaies évolueraient et se réajusteraient ;

– La sortie de l’Euro se traduirait certes dans un premier temps par une baisse de l’épargne, une régression du PIB, mais l’importance de tels effets doit être inscrite dans la durée et serait aussi fonction des politiques de relance de la croissance, de la consommation, des échanges commerciaux et pour tout dire de la confiance ;

– La dette pourrait certes, dans un premier temps, augmenter de 10 %, mais en revenant sur la législation de 1973, la France pourrait se la réapproprier (alors même qu’aujourd’hui 66 % de la dette est détenue par des intérêts étrangers) et ce faisant, par l’alimentation de celle-ci par le Trésor par des émissions à taux zéro, être gérée dans l’intérêt des Français, alors que le remboursement du capital pourrait lui aussi commencer ;

– La France est un contributeur net au budget de l’Union européenne depuis 2000, à concurrence de 8 milliards d’euros et cette somme pourrait être récupérée et réorientée vers des secteurs prioritaires tels que l’agriculture.

Frexit ou renégociation ?

Dans la campagne du Front national, qui ne cesse d’attaquer l’Europe, le thème du Frexit est paradoxalement présent mais discret. Est-ce à dire qu’à l’approche du pouvoir, les choses seraient perçues telles quelles sont, c’est-à-dire de manière plus complexe ?

Ainsi, lors d’une conférence de presse sur la monnaie, début mars, Marine Le Pen n’a pas prononcé le mot Frexit, mais a préféré insister sur le retour à l’indépendance monétaire. Mais paradoxalement, si le Frexit n’est pas son thème de prédilection, c’est elle qui capitalise le plus sur ce thème en raison d’une assise électorale plus large que les autres candidats, et de la stratégie de victimisation permanente dans laquelle le FN se place : l’Europe et l’euro sont accusés de tous les maux, alors que les Français sont les victimes.

Une attitude pragmatique, ouverte à l’avenir, pourrait peut-être consister à s’orienter sans provocation et sans promesse intenable, vers la réactivation de l’or comme « monnaie » pivot de référence entre les monnaies, lors de leurs réévaluations/dévaluations, tout en s’interrogeant sur le bien-fondé de la création d’un FME, d’un Fonds Monétaire Européen, qui à l’instar du FMI avec les DTS, pourrait émettre une nouvelle unité de référence, composée de différentes monnaies européennes ; il pourrait aussi, en cas de maintien de la France dans l’euro, être appuyé sur cette monnaie.

Enfin en matière monétaire, comme ailleurs, posons-nous la question de savoir s’il ne vaut pas mieux une souveraineté partagée, mais réelle, plutôt qu’une souveraineté retrouvée, mais largement virtuelle, compte tenu des contraintes ?

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