À la veille des élections législatives 2017, j’ignorais totalement l’existence de Madame Anisa Khedher. C’est au cours d’une table ronde organisée par une chaîne de télévision locale que j’ai découvert cette candidate à la députation, au demeurant fort honorable si l’on en croit son cursus politique. Conseillère municipale socialiste à Bron, il n’était pas illogique de la voir briguer le siège de la 7e circonscription du Rhône, investie par l’irrésistible mouvement « En marche ».

Je ne remercierai jamais assez cette méritante personne pour le témoignage involontaire qu’elle a fourni dans le procès en cours de la démocratie à la française et de la macronisation qui la caractérise aujourd’hui.

Littéralement envoyée à l’abattoir sans une quelconque expérience de ce que peut être un débat public, sans la moindre conscience ni de son caractère impitoyable, ni de la malice dont peut faire preuve un journaliste lorsque lui est jetée en pâture une proie paralysée par le trac, la malheureuse candidate s’est tout simplement ridiculisée. La goguenardise hautaine de ses contradicteurs ne pouvait que la déstabiliser davantage.

Pressée de répondre à des questions strictement techniques, non contente de s’empêtrer dans des propos incohérents, des bégaiements inimaginables sur un plateau ou dans un studio, elle a prouvé une rare incompétence sur les quelques sujets qu’elle a été contrainte d’évoquer.

Ainsi, interrogée sur l’avenir de « la réserve parlementaire », elle a avoué ne pas savoir de quoi il s’agissait. Certes cela ne relève que de tambouille interne à l’Assemblée Nationale, mais tout de même.

Le pire était à venir. Interpellée sur la question de la réduction de moitié du nombre d’élèves par classe, et de l’impossibilité matérielle de fournir immédiatement les locaux indispensables à sa concrétisation, elle a eu cette réponse que n’aurait pas reniée Ferdinand Lop qui prétendait supprimer les wagons de queue des convois ferroviaires : « Il suffira de couper en deux chaque salle de classe par des paravents », je dis bien par des paravents. Il fallait oser ! Comme le soulignait naguère le plus regretté que jamais Michel Audiard, comment qualifier quelqu’un qui ose tout ? Je vous laisse le soin de donner la réponse.

Croyez-moi, cela ne m’a même pas fait sourire. J’ai éprouvé soudain de la compassion pour cette brebis égorgée sur l’autel de la République en marche, certes, mais vers un vide sidéral. On sentait en effet dans son regard apeuré l’angoisse qui l’étreignait, la panique qui la paralysait. Que diable venait-elle faire dans cette galère ? Quel était le salopard qui l’envoyait ainsi au casse-pipe. Bien sûr, me direz-vous, elle l’avait bien cherché.

Quoi qu’il en soit, j’en ai voulu à ce vieux cheval de retour des labours politiciens, le sieur Delevoye, intronisé pour la circonstance président de la commission des investitures du tout nouveau mouvement.

Lundi 12 juin. Aux résultats ! Plus compatissant que jamais, je me précipite sur les résultats et quelle n’est pas ma surprise : Madame Anisa Khedher vire largement en tête du Ier tour avec 32,08 % des suffrages exprimés semant son suivant immédiat, le candidat des Républicains, de plus de dix points. Et ses électeurs turfistes de se réjouir du succès assuré de leur pouliche et surtout de son improbable côte. Pouliche ? N’exagérons quand même pas, du moins si l’on en croit une expression hélas tombée en désuétude : « Asinus asinum fricat »

On prétend que Caligula avait fait de son cheval Incitatus un fringant consul pour faire bisquer les Sénateurs. Le Président Macron s’en inspirerait-il, consacrant de braves solipèdes à longues oreilles, à la seule fin de taquiner ses aînés ?

Gustave Flaubert avait noté en son temps que « Tout le rêve de la démocratie est d’élever le prolétaire au niveau de la bêtise du bourgeois » et d’ajouter que « ce rêve était en partie accompli ». Entièrement rassuré sur sa clairvoyance il pourrait même affirmer aujourd’hui qu’il l’est totalement.

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