Si les fĂȘtes de NoĂ«l et du Jour de l’An sont maintenant passĂ©es, il est toujours temps de s’offrir Le dictionnaire des populismes sous la direction d’Olivier Dard, de Christophe Boutin et de FrĂ©dĂ©ric Rouvillois (Éditions du Cerf, 2019, 1213 p., 30 €). Sur la lancĂ©e du Dictionnaire du conservatisme paru deux ans auparavant chez le mĂȘme Ă©diteur, le trio directeur a une nouvelle fois sollicitĂ© 107 auteurs de douze nationalitĂ©s afin de traiter d’un sujet Ă©pineux, polymorphe et difficilement dĂ©finissable : le populisme. Il en dĂ©coule 263 notices, soit une somme considĂ©rable le plus souvent apprĂ©ciable.

Olivier Dard.

Olivier Dard.

En raison mĂȘme de la diversitĂ© des contributions publiĂ©es, les points de vue se recoupent quand ils ne s’opposent pas. Ainsi le journaliste FrĂ©dĂ©ric Pons, auteur en 2014 d’un essai bienveillant sur Poutine, a-t-il une approche divergente par rapport Ă  « Populisme dans la Russie post-communiste » de la soviĂ©tologue russophone nĂ©o-conservatrice Françoise Thom chez qui le mur de Berlin semble n’ĂȘtre jamais tombé  La constitutionnaliste Ă  Rennes–I, Anne-Marie Le Pourhiet, bien connue pour sa dĂ©fense acharnĂ©e de la souverainetĂ©, habille pour l’hiver StĂ©phane Rials et Denis Alland, « deux juristes français qui voyaient dans le TraitĂ© constitutionnel europĂ©en “un versant de l’intelligence autorisant le dĂ©passement des vues Ă©triquĂ©es hĂ©ritĂ©es des anciennes doctrines” (pp. 1011 – 1012) ».

La notice de Yannis Constantinides sur « Internet et rĂ©seaux sociaux » ne dĂ©pareillerait pas dans Le Monde ou LibĂ©ration. Regrettons par ailleurs que seul soit Ă©voquĂ© le cinĂ©ma dit « populiste » français. Pourquoi le film de Franck Capra de 1939, Mr. Smith au SĂ©nat, n’est-il pas mentionnĂ© alors qu’il reflĂšte l’idĂ©al d’une partie du populisme Ă©tatsunien, c’est-Ă -dire un gars simple, travailleur, franc et honnĂȘte qui se retrouve du jour au lendemain plongĂ© bien malgrĂ© lui dans le marigot politicien de Washington ? Cette omission serait vĂ©nielle si l’ouvrage ne comportait pas d’autres lacunes patentes.

Benito Mussolini fait l’objet d’une notice et pas Adolf Hitler
 Si on trouve de bons textes sur le pĂ©ronisme et Eva Peron (1919 – 1952), son fondateur et Ă©poux, Juan Domingo Peron (1895 – 1974), est absent ! Les analyses sur la chasse et la ruralitĂ© sont brillantes au bĂ©mol prĂšs qu’il manque des notices spĂ©cifiquement dĂ©diĂ©es Ă  ce mouvement populiste Ă©co-rural original que fut CPNT (Chasse, PĂȘche, Nature et Traditions) d’AndrĂ© Goustat, auteur de La parole aux terroirs (1994), et de Jean Saint-Josse dont la liste en 1999 obtint avec 6,77 % des voix six siĂšges au Parlement europĂ©en. Certains manques sont criants : la philosophe Chantal Mouffe, thĂ©oricienne du « populisme de gauche » ou bien l’auteur de La cause du peuple, la bible du « populisme chrĂ©tien », Patrick Buisson.

Pis, ce dictionnaire dĂ©laisse volontiers de grandes figures populistes : Getulio Vargas, chef du BrĂ©sil de 1930 Ă  1945 et de 1951 Ă  1954, le PĂ©ruvien Juan Velasco Alvarado dont l’action sociale influença durablement le jeune Hugo Chavez, l’homme politique gaulliste et ancien ministre de l’IntĂ©rieur Charles Pasqua (1927–2015) dont le pĂšre Ă©tait bonapartiste. Sa tentative en 1990 avec Philippe SĂ©guin d’évincer l’aile libĂ©rale et pro-europĂ©enne du RPR chiraquien, puis sa campagne du non Ă  Maastricht en 1992 s’inscrivaient dans une indĂ©niable lignĂ©e populiste.

Hormis une mention bien superficielle dans « NĂ©ocommunisme », le BĂ©larus et son excellent prĂ©sident, Alexandre Loukachenko, sont Ă  peine Ă©voquĂ©s. PrĂ©curseur visionnaire, le prĂ©sident bĂ©larussien a dĂšs 1994 montrĂ© une efficace direction anti-libĂ©rale. En outre, par sa personnalitĂ© charismatique et la pratique politique en cours Ă  Minsk, le chef d’État bĂ©larussien correspond Ă  tous les critĂšres du populisme. Il en est le paradigme.

Quant Ă  la notice sur la Pologne de l’universitaire et dĂ©putĂ© europĂ©en du PiS, Riszard Legutko, elle reprĂ©sente un chef-d’Ɠuvre d’omissions volontaires. L’auteur ne s’intĂ©resse pas au second tour trĂšs populiste de la premiĂšre prĂ©sidentielle en 1990 entre Lech Walesa et le libertarien Stanislas Tyminski. Il n’explique pas non plus que la Pologne connaĂźt frĂ©quemment des poussĂ©es populistes de gauche avec le Mouvement Palikot de Janusz Palikot, du centre (Printemps – Wiosna de Robert Biedron) et de droite comme Kukiz’15 du chanteur de rock Pawel Kukiz ou, plus anciennement, la Ligue des familles polonaises. Legutko n’aborde mĂȘme pas le mouvement populiste polonais par excellence, Samoobrona (AutodĂ©fense de la RĂ©publique de Pologne) d’Andrzej Lepper, syndicaliste et un temps vice-prĂ©sident du Conseil en coalition avec le PiS malgrĂ© des positions plus laĂŻques, anti-atlantistes et pro-russes. Son suicide en 2011 ne serait-il pas une manƓuvre diabolique des jumeaux Kaczynski ?

Loin d’ĂȘtre nĂ©gligeables, ces oublis inexplicables dĂ©sĂ©quilibrent l’ensemble. Ce Dictionnaire des populismes aurait mĂ©ritĂ© plus de temps et de collaborateurs supplĂ©mentaires. Le populisme ne se dĂ©veloppe-t-il pas non plus en Inde du chef du gouvernement fĂ©dĂ©ral triomphalement rĂ©Ă©lu Narendra Modi ou en ThaĂŻlande des Premiers ministres en exil Shinawatra (Thaksin et sa sƓur Yingluck) ?

Ces quelques critiques ne doivent pourtant pas dĂ©router le curieux. L’heureux acquĂ©reur saura satisfaire son intĂ©rĂȘt pour un style politique plus que jamais d’actualitĂ©.

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