11 avril 2016

Emmanuel Macron,  « En Marche » vers l’Élysée ?

Par Olivier Pichon

De Pompidou il a le passé professionnel dans la banque, de Lecanuet le sourire enjôleur, mais de Giscard le profil du social-démocrate, venu de la gauche, tandis que Giscard avait le même profil, venu de la droite. Pour l’heure, créature de Hollande, c’est lui qui semble tirer « les Macron du feu » pour le plus grand dépit de Manuel Valls.

La presse se délecte de cette nouveauté, rien n’est plus inexact…

Macron social-libéral ?

Que veut dire enfin social-libéral ? On veut signifier par là que l’homme veut abandonner les vieilles lunes du socialisme, appropriation collective des moyens de production, rôle massif de l’État. Ces oripeaux, la gauche française a toujours eu du mal à s’en défaire car la France est le pays de l’idéologie et le dernier pays communiste d’Europe. Un temps, on appela cela la sociale-démocratie, terme qui fut longtemps une insulte : se faire traiter ainsi était infâmant.

À dire vrai, et c’est là qu’il n’y a pas nouveauté, celle-ci fut inventée par les Allemands à la fin du XIXe siècle. S’étant aperçu que le capitalisme permettait la redistribution, les socialistes allemands ne voulurent pas tuer la poule aux œufs d’or, d’autant que, pendant ce temps-là, Bismarck, le dirigeant le plus conservateur de l’Europe de cette époque (1880), inventait ce qu’on appelle l’État providence.

C’est la Troisième Internationale, fondée à Moscou en 1919, qui donna quelque poids au socialisme « réel » (entendez désormais communisme) et qui refusait tout compromis avec le capitalisme. En France, malgré le congrès de Tours en 1920 (séparation entre socialistes et communistes), la gauche aura beaucoup de mal à ne pas être communiste…

Au lendemain de la IIe Guerre mondiale, les Allemands poussent à fond la logique de la Soziale Marktwirtschaft (économie sociale de marché) tandis que la gauche française, jusqu’au Programme commun, restera profondément anti social–démocrate car dotée d’un Parti communiste puissant.

Macron fait son congrès de Tours

Au fond, Emmmanuel Macron nous fait son congrès de Tours presqu’un siècle plus tard. Pas vraiment nouveau tout cela ! La bonne nouvelle – et à dire vrai la seule nouveauté ! – tient en ce que c’est la mort du socialisme tel que n’ont cessé de le rêver les socialistes français. Certes il reste l’extrême gauche, mais on ne voit pas comment pourra désormais se faire la Gauche-Unie dont Mitterrand se servit comme d’un marchepied. Macron enterre donc le socialisme et l’union de la gauche ce qui fait beaucoup pour un seul homme.

Tous sociaux libéraux !

En réalité, toute la classe politique est social-libérale avec des nuances de détails ; il y a belle lurette que, Keynes aidant, les politiques ont su saigner la bête capitaliste juste assez pour qu’elle continue de vivre et de prospérer, la symbiose est totale depuis des décennies, et les capitalistes de leur côté, ont su se servir du pouvoir politique au mieux de leurs intérêts. La redistribution est d’ailleurs aujourd’hui le problème et non plus tout à fait la solution puisque même le modèle allemand est en difficulté. La question est désormais de faire maigrir non le capitalisme (mais peut-être aussi celui-ci), mais bel et bien l’État, compte tenu de son endettement et du poids excessif dans l’économie.

La vraie question : le modèle français face à la mondialisation

Le problème de Macron est qu’il va devoir affronter un pays profondément conservateur. La tâche sera rude et la rhétorique du ni droite ni gauche s’explique ainsi. Face aux 35 heures, au statut de la fonction publique, au rôle de l’État dans l’économie, il aura contre lui une partie de la gauche, mais aussi une partie de la droite et du Front National, la véritable question étant : peut-on être mondialiste et français toujours ?

Une tactique pas une stratégie

Pour l’heure, la logique Macron permettra de maintenir une partie du PS dans les sphères du pouvoir, sans le socialisme, mais avec les prébendes qui vont avec. Tactique encore lorsqu’il s’agit de doubler Valls qui est sur le même créneau modernisateur, mais en version autoritaire.

En attendant, le joker du président le plus démonétisé de la Ve République, s’il parvenait à lui succéder, sera-t-il condamné à nous refaire, sous couvert de social libéralisme, le coup de Giscard ? Celui-ci, au final, augmenta les prélèvements obligatoires et fit, en fait de « libéralisme avancé », avancer le socialisme. Tout changer pour que rien ne change !