13 mai 2016

Synthèse pontificale entre universalisme chrétien et mondialisme

Par Aristide Leucate

Au Vatican, le 6 mai dernier, sous les impressionnantes voûtes de la salle Royale du premier étage du Palais apostolique, la Société pour la remise du Prix international Charlemagne de la ville d’Aix-la-Chapelle attribua le Prix 2016 au Pape François pour « ses efforts visant à promouvoir les valeurs européennes de paix, de tolérance, de compassion et de solidarité ». Fabuleux hommage du vice à la vertu…

Pour qui ne connaîtrait pas le prix Charlemagne, nous nous bornerons à citer la définition proposée par Pierre Hillard, un spécialiste incontesté du sujet : « Ce prix est une véritable récompense attribuée aux personnalités les plus diverses ayant contribué favorablement à la cause européenne. Il va de soi que les personnes qui obtiennent cette distinction ont dû montrer, au cours de leurs activités, « patte blanche » pour mériter une telle reconnaissance. »

Que le premier récipiendaire de cette distinction fût le père du mouvement paneuropéen, Richard Coudenhove-Kalergi (1950), n’était pas innocent, ses fondateurs (des citoyens d’Aix-la-Chapelle menés par le Dr Kurt Pfeiffer) l’ayant délibérément conçue sous le sceau du gouvernement mondial euroatlantique.

Coudenhove-Kalergi n’a, en effet, jamais fait mystère, de fonder, sur les décombres anciens de l’Empire carolingien, une « fédération Charlemagne » par « des lois [étatiques] qui prévoient un transfert des droits de souveraineté au profit d’instances supranationales. […] La prise de position de l’Amérique et de l’Angleterre sera absolument décisive pour la mise en forme de l’”idée Charlemagne’’. […] La réalisation d’une ‘‘fédération Charlemagne’’ est, pour cela, dans les intérêts des Anglais comme des Américains. L’union atlantique deviendrait une fédération à trois avec l’Empire britannique comme pont entre l’Amérique et l’Europe. »

Décerner ce prix à François, premier pontife non européen puisque argentin, démontre, par surcroît, qu’il peut finalement être attribué à n’importe qui, du papou de Nouvelle-Zélande à un sujet du Bouthan, pourvu que l’impétrant ait montré quelques appétences non contestées pour le « projet européen » (« européo-mondialiste » serait plus juste si l’on ne redoutait pas la redondance).

Assurément, François n’a guère démérité de l’Oligarchie bruxelloise, surtout depuis qu’il décida, en avril dernier, de repartir de l’île grecque de Lesbos en emmenant trois familles musulmanes jusqu’au Vatican.

Ainsi, dans son discours d’acceptation, le pape se prend à rêver, à la manière d’un Martin Luther King, « d’une Europe où être migrant ne soit pas un délit, mais plutôt une invitation à un plus grand engagement dans la dignité de l’être humain tout entier ». Aubaine rhétorique inespérée pour les Juncker, Schulz, Tusk et consorts, espérant mettre de leur côté une majorité de catholiques européens circonspects, sinon réticents, à l’égard de la politique migratoire germano-bruxelloise.

Le comble du jésuitisme, où l’ambiguïté spécieuse le dispute à la tartufferie sophistique, est atteint lorsqu’il évoque « les racines de l’Europe […] consolidées au cours de son histoire du fait qu’elle a appris à intégrer dans une synthèse toujours neuve les cultures les plus diverses et sans lien apparent entre elles ». Ainsi, écornant, à peu de frais l’âme éternelle du continent, occulte-t-il le fait matriciel gréco-romain et chrétien de l’Europe, qui constitue tout à fois l’identité, l’éthique et l’esthétique de ce « germen » à nul autre pareil.

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