S’IL EST UNE CONCLUSION QUI TRANSPARAIT À LA LECTURE DES ARTICLES DE LA PRESSE NATIONALE FRANÇAISE COUVRANT LES ÉLECTIONS POLONAISES DU 13 OCTOBRE, C’EST QUE LES RÉDACTIONS ONT FINI PAR INTÉGRER LE FAIT QUE LE PARTI POLONAIS DROIT ET JUSTICE EST AU POUVOIR GRÂCE À DES ÉLECTIONS DÉMOCRATIQUES ET QU’IL Y RESTE PAR LA VOLONTÉ D’UNE MAJORITÉ D’ÉLECTEURS. LES TONS ALARMISTES SONT DONC MAJORITAIREMENT LAISSÉS DE CÔTÉ ET LA COUVERTURE DE LA RÉALITÉ POLONAISE LAISSE DÉSORMAIS UN PEU DE PLACE AUX POINTS DE VUE DES CONSERVATEURS POLONAIS. UNE RAISON À CELA, LES CORRESPONDANTS DES RÉDACTIONS FRANÇAISES QUI INFORMAIENT LEURS LECTEURS DE MANIÈRE TRÈS PARTIALE APRÈS L’ARRIVÉE DU PIS AU POUVOIR, EN ÉTANT TOUS DU MÊME BORD, NE SEMBLENT POUR LA PLUPART PLUS LÀ. À CROIRE QUE LES CRITIQUES FORMULÉES DANS LES COLONNES DE L’OBSERVATOIRE DU JOURNALISME À CE SUJE,T ONT INCITÉ CERTAINS GRANDS MÉDIAS FRANÇAIS À UNE REMISE EN CAUSE DE LEURS MODES DE TRAVAIL. ENVERS DE LA MÉDAILLE, ON RETROUVE ENCORE PLUS SOUVENT LES MÊMES DÉPÊCHES AFP EN TOILE DE FOND DES ARTICLES DES DIFFÉRENTS JOURNAUX, MAIS IL Y A AUSSI QUELQUES NOUVELLES PLUMES MOINS OUVERTEMENT HOSTILES AUX CONSERVATEURS POLONAIS.

CONSERVATEURS ET ULTRA-CONSERVATEURS

C’est ainsi que les « ultra-conservateurs », « ultra-catholiques » et « nationalistes » des annĂ©es 2015-17 sont devenus de simples « conservateurs nationalistes » Ă  l’AFP, dont le penchant libĂ©ral libertaire n’est plus Ă  prouver. Ce qualificatif s’étend donc aux mĂ©dias clients de l’agence de presse, tels La Croix, Le Figaro, LibĂ©ration, aux cĂŽtĂ©s de celui de « populistes ». En l’occurrence le bureau de Varsovie de l’AFP fait mine de ne pas voir la diffĂ©rence entre les nationalistes, qui ont obtenu 6,8 % environ des voix dans le cadre de leur alliance avec des libĂ©raux-conservateurs et des libertariens, et les sociaux-conservateurs du PiS, qui se reconnaissent dans la tradition chrĂ©tienne-dĂ©mocrate et dans une vision plutĂŽt gaulliste de l’Union europĂ©enne, et qui ont, eux, obtenu 43,6 % des voix. Mais pour Le Monde, les gens du parti de JarosƂaw KaczyƄski restent des « ultra-conservateurs ». Le Monde, contrairement au Figaro, à LibĂ©ration et à La Croix, fait toujours appel aux services du mĂȘme correspondant, Jakub Iwaniuk, ceci expliquant cela.

UNE VICTOIRE HISTORIQUE « SANS TRIOMPHER »

C’est ainsi qu’on nous explique au Monde, en titre, que « En Pologne, les ultraconservateurs remportent les lĂ©gislatives sans triompher », avant de dire exactement le contraire plus loin, pour ceux qui prendraient la peine de lire l’article en entier : « les ultraconservateurs remportent malgrĂ© tout une victoire historique avec 43,6 % des suffrages – selon les rĂ©sultats dĂ©finitifs communiquĂ©s lundi 14 octobre par la Commission Ă©lectorale nationale –, ce qui devrait lui assurer 235 siĂšges sur 460 Ă  la DiĂšte, la chambre basse du Parlement. Le PiS rĂ©alise ainsi le plus gros score jamais atteint par un parti depuis la chute du communisme en 1989, dans un contexte de participation record de 61,74 % inĂ©galĂ©e depuis cette date. »

Quand LibĂ©ration rĂ©alise ses propres reportages, le PiS redevient aussi ultraconservateur. Normal : ce mouvement est contre la possibilitĂ© d’avorter sur simple demande, contre la redĂ©finition du mariage pour l’ouvrir aux personnes de mĂȘme sexe, contre la PMA pour toutes et la GPA pour tous, contre la possibilitĂ© d’auto-dĂ©finir son « genre » indĂ©pendamment de son sexe biologique, et contre l’euthanasie des malades et des vieux, ce qui, aux yeux des journalistes du quotidien de Patrick Drahi est forcĂ©ment « ultra ». MalgrĂ© tout, l’absence ces derniers temps de la signature trĂšs engagĂ©e de Maja Zoltowska, qui avait alimentĂ© les colonnes de LibĂ©ration pendant de nombreuses annĂ©es, semble favoriser une certaine modĂ©ration du ton.

LA CROIX LIBÉRALE LIBERTAIRE

Si La Croix évoque comme l’AFP des « conservateurs nationalistes », le journal « chrĂ©tien » (qualificatif contestĂ© par certains, d’oĂč les guillemets) titrait, dans l’aprĂšs-midi du 13 octobre, « En Pologne, de nouvelles inquiĂ©tudes pour la dĂ©mocratie » car « les derniers sondages donnaient l’avantage Ă  la majoritĂ© sortante du parti Droit et justice (PiS), dimanche 13 octobre, Ă  l’occasion des Ă©lections lĂ©gislatives ». On comprend que, pour le journal « chrĂ©tien » La Croix, la dĂ©mocratie dans un pays europĂ©en ce soit quand ce sont les libĂ©raux et la gauche partisans de l’avortement et du « mariage gay » qui remportent les Ă©lections.

En fait, c’est au Figaro que l’on remarque l’évolution la plus notable. Un peu par effet de balancier. Jusqu’en 2017, c’était en effet ce journal supposĂ© de droite qui avait la correspondante la plus engagĂ©e Ă  gauche dans ses descriptions de la rĂ©alitĂ© polonaise, et aussi la plus clairement malhonnĂȘte d’un point de vue journalistique. Maya Szymanowska, car c’est d’elle qu’il s’agit, ne semble plus Ă©crire pour Le Figaro depuis un certain temps. L’envoyĂ©e spĂ©ciale du journal, Laure Mandeville, dans un article intitulé « Les conservateurs gardent la main en Pologne », n’hĂ©site pas quant Ă  elle Ă  mettre en avant les raisons positives qui ont permis au PiS de gagner : « Parmi les raisons qui expliquent le succĂšs Ă©lectoral du PiS, il y a bien sĂ»r l’insolente bonne santĂ© de l’économie polonaise, dont la croissance est Ă  4%. (
) Mais c’est surtout le choix d’en faire profiter les classes les plus fragiles, en mettant en place une allocation sociale de 500 zlotys par enfant accordĂ©e aux familles, qui a fait le succĂšs du PiS. «Le PiS dĂ©fend l’idĂ©e d’un État fort et protecteur et cela rĂ©pond Ă  un besoin profond aprĂšs la violence de la transition Ă  l’économie de marché», note l’ancien premier ministre de la gauche post-communiste Leszek Miller. D’autant que cette politique sociale gĂ©nĂ©reuse s’est doublĂ©e aussi d’un discours politique «sur la dignité». «KaczyƄski a dit: les Ă©lites se sont moquĂ©es de vous et de votre patriotisme. Mais la Pologne est grande ; ne soyez pas honteux de ce que vous ĂȘtes», dĂ©crypte encore Miller, persuadĂ© que ce discours a touchĂ© la fibre patriotique de la nation. Ces Ă©lĂ©ments se sont rĂ©vĂ©lĂ©s attrayants pour une Pologne populaire peu emballĂ©e par le modĂšle ouest-europĂ©en dans sa version actuelle, avec son mĂ©lange de multiculturalisme et de rĂ©formes sociĂ©tales post-modernes visant Ă  «dĂ©construire la sociĂ©tĂ© traditionnelle». »

UN SAUCISSON ÉLECTORAL QUI ACHÈTE LES ÉLECTEURS

Une description qui ne s’arrĂȘte donc pas Ă  l’idĂ©e avancĂ©e par LibĂ©ration dans un article intitulé « En Pologne, le social paie pour le PiS », selon laquelle le PiS aurait achetĂ© les Ă©lecteurs par ses mesures sociales. MĂȘme approche au Monde, dans l’article publiĂ© la veille des Ă©lections polonaises sous le titre « La stratĂ©gie payante du ‘saucisson Ă©lectoral’ des ultraconservateurs polonais », avec en chapeau : « Favori des Ă©lections lĂ©gislatives, dimanche, le PiS multiplie les promesses sociales pour Ă©craser ses concurrents libĂ©raux-dĂ©mocrates, et s’infĂ©oder des pans entiers de la population. » Les deux journaux ne disent pas que les libĂ©raux avaient eux aussi multipliĂ© les promesses sociales, dans l’espoir de priver le PiS de sa majoritĂ© absolue annoncĂ©e, et que leurs promesses auraient mĂȘme coĂ»tĂ© nettement plus cher au budget polonais que celles du PiS selon les calculs du journal Rzeczpospolita, que l’on ne saurait soupçonner d’ĂȘtre favorable au PiS. Le gouvernement de Donald Tusk a placĂ© un proche du parti libĂ©ral Plateforme civique (PO) à sa tĂȘte en 2011. Mais on le voit Ă  l’approche des deux journaux français, la gauche libĂ©rale libertaire française favorise le sociĂ©tal au dĂ©triment du social.

Article paru sur le site de l’OJIM.

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