Virginie Girod est docteur en histoire et spĂ©cialiste de l’AntiquitĂ© romaine. Elle a publiĂ© les biographies d’Agrippine et de ThĂ©odora, qui ont rencontrĂ© un beau succĂšs. Avec son dernier ouvrage, elle revient sur « la vĂ©ritable histoire des douze CĂ©sars » (Perrin).

SuĂ©tone fut un haut fonctionnaire romain, membre de l’ordre Ă©questre qui travaillait comme secrĂ©taire et bibliothĂ©caire. Cette charge lui permit de consulter librement les archives impĂ©riales et de rĂ©diger les biographies des premiers CĂ©sars, de Jules Ă  Domitien. Nous pouvons Ă©crire que la Vie des 12 CĂ©sars constitue l’apogĂ©e de sa carriĂšre. Le clin d’Ɠil et bien plus de Girod Ă  SuĂ©tone paraĂźt donc Ă©vident dans le choix de son titre. Elle confesse volontiers, ce qui suit, Ă  la fin de l’ouvrage : « En hommage Ă  SuĂ©tone, mon compagnon d’études, je rĂ©Ă©cris les Douze CĂ©sars, mes douze CĂ©sars, car cela fait plus de douze ans que je vis un peu avec eux. Tout fait sens. »

En 2019, n’est-il pas Ă©tonnant d’écrire une Ă©niĂšme histoire des premiers empereurs romains ? DĂšs les premiĂšres lignes, l’auteur rĂ©pond Ă  cette question avec vivacitĂ© et pertinence : « Pourquoi revenir aux douze CĂ©sars ? Parce qu’ils ne cessent de nous fasciner. Qui n’a jamais rĂȘvĂ© d’avoir l’audace de CĂ©sar et de franchir, comme lui, le Rubicon ? Qui n’a jamais imaginĂ© d’ĂȘtre douĂ© d’un esprit aussi rusĂ© que celui d’Auguste et de devenir un meneur d’hommes adulĂ© ? Qui en son for intĂ©rieur, n’a jamais enviĂ© les nuits orgiaques de Caligula ou NĂ©ron ? »

Nous sommes les hĂ©ritiers de cette histoire romaine. Par consĂ©quent, il semble logique de nous intĂ©resser Ă  ceux qui ont marquĂ© leur Ă©poque et les siĂšcles
 Jusqu’à nous ! Girod constate que « bons ou mauvais, les CĂ©sars ont tous Ă©tĂ© animĂ©s par une volontĂ© de puissance au sens nietzschĂ©en, une pulsion de vie si extraordinaire qu’elle aboutit irrĂ©mĂ©diablement Ă  l’hybris  »

De fait, l’auteur avoue que ces hommes « rendus immortels par l’histoire sont toujours prĂ©sents dans les manuels de nos Ă©coliers, jusque dans les Ɠuvres de fiction les plus variĂ©es. De l’opĂ©ra aux sĂ©ries tĂ©lĂ©visĂ©es, en passant par les grands pĂ©plums hollywoodiens et la bande dessinĂ©e, ces mĂ©galomanes, visionnaires ou pervers, hantent dĂ©licieusement notre imaginaire ».

Il faut bien mesurer la tension exceptionnelle qui saisit ces romains une fois devenus empereurs. Le pouvoir corrompt bien souvent les puissants. Girod Ă©crit qu’il isole. De mĂȘme, elle prĂ©cise un autre point trĂšs important : « Être Auguste signifie avoir une valeur supĂ©rieure aux autres, et il ne peut y avoir qu’un Auguste Ă  la fois. L’empereur se trouve Ă  une place intermĂ©diaire entre les hommes et les dieux. »

Dans ces conditions, l’historienne pose la question suivante : « Comment garder les pieds sur terre dans cet espace symbolique oĂč personne ne peut vous rejoindre ? »

Elle rappelle des faits historiques pour donner de l’ampleur Ă  sa rĂ©flexion : « Les effets de cette solitude sont particuliĂšrement palpables chez les plus tyranniques tels TibĂšre ou Domitien. Le premier s’est isolĂ© Ă  Capri et le second s’enfermait plusieurs heures par jour pour Ă©chapper Ă  la promiscuitĂ© du palais. »

En fin de compte, la soliditĂ© sur le plan mental reste une condition essentielle pour rĂ©sister Ă  la corruption du pouvoir et la pression exercĂ©e par tout un empire. Nous l’avons dĂ©jĂ  dit : le pouvoir isole. De plus, il permet l’expression de la dĂ©mesure si l’empereur n’enracine pas ses actions dans les plus pures et meilleures intentions. Il n’est donc pas Ă©tonnant que « le pouvoir confĂšre par ailleurs un sentiment d’impunitĂ©. Caligula et NĂ©ron n’ont renoncĂ© Ă  aucun de leurs dĂ©sirs, mĂȘme lorsqu’ils Ă©taient socialement rĂ©prouvĂ©s : le fils du gĂ©nĂ©ral Germanicus laissait libre cours Ă  sa fĂ©roce volontĂ© d’humiliation et NĂ©ron a menĂ© une carriĂšre au thĂ©Ăątre comme s’il avait Ă©tĂ© un histrion nĂ© dans les bas-fonds ».

Pour lire cet ouvrage et celui de SuĂ©tone, il demeure fondamental de comprendre que « les douze CĂ©sars s’inscrivent dans une histoire de famille particuliĂšrement complexe. Ils ne peuvent ĂȘtre rĂ©duits Ă  une succession de biographies se chevauchant plus ou moins. Ils forment ensemble la fresque humaine la plus cynique du Haut Empire et sans doute l’une des plus captivantes de l’histoire de l’Occident ».

En rĂ©alitĂ©, la vĂ©ritable histoire des CĂ©sars s’analyse comme « une sorte de saga familiale ou chaque destin d’empereur est liĂ© Ă  celui de son entourage sur prĂšs de cinq gĂ©nĂ©rations ».

Dans notre Ă©poque terne et bien triste, la violence politique en France se rĂ©sume Ă  des mots, parfois Ă  des coups, alors que « le palais oĂč ils Ă©voluent est un lieu d’une grande violence psychologique et parfois physique ». Les meurtres, les assassinats, les empoisonnements, les vengeances Ă©taient monnaie courante pour accĂ©der au pouvoir ou le garder. En dĂ©finitive, Girod estime « que ces douze empereurs incarnent encore, deux mille ans plus tard, les figures paroxystiques de nos passions ».

Pour ĂȘtre prĂ©cis, l’auteur explique « que les empereurs sont bien Ă©videmment les produits de leur Ă©poque, mais aussi de leur famille particuliĂšrement toxique et violente. Je tenais Ă  les replacer dans leurs constellations familiales et ne pas me limiter Ă  leurs hauts faits sur le champ de bataille ou au sĂ©nat. »

Elle poursuit en dĂ©veloppant l’idĂ©e suivante que nous ne partageons pas forcĂ©ment : « Le pouvoir n’a fait qu’ouvrir leurs failles et laisser paraĂźtre au jour ce qu’ils portaient en eux de plus noir : un surmoi fragile, un complexe d’infĂ©rioritĂ©, un ego hypertrophiĂ©, des tendances sadiques ».

Elle opĂšre une cĂ©sure entre les douze empereurs sur une base que nous trouvons intĂ©ressante : « À part CĂ©sar, Auguste et Vespasien, parce qu’ils sont allĂ©s chercher le pouvoir et ont su le conserver et le transmettre, les CĂ©sars me sont apparus faibles, esseulĂ©s, souvent brisĂ©s avant mĂȘme d’ĂȘtre parvenus Ă  la pourpre, quand ils n’étaient pas animĂ©s par une vaine arrogance Ă  l’instar de Galba, d’Othon et de Vitellius ».

Cependant, en Ă©tudiant le passĂ© il convient de ne jamais succomber Ă  l’anachronisme : « Je voulais expliquer les comportements les plus fous, trouver l’étiologie de leur paranoĂŻa ou de leur mĂ©galomanie. Pour cela, il faut ĂȘtre bienveillant mais sans complaisance, interroger leur nature sans les juger et jeter des ponts en toute modestie avec d’autres sciences humaines ».

L’auteur conclut en Ă©crivant que « les Douze CĂ©sars ne sont en dĂ©finitive ni des hĂ©ros ni des monstres, et encore moins des dĂ©mons, car non, NĂ©ron n’est pas un agent de l’AntĂ©christ ! Ils sont humains et j’ai tentĂ© de leur rendre, avec humilitĂ© et compassion, une part de cette humanitĂ© diluĂ©e dans leurs mythes ».

Que Virginie Girod accepte la contradiction : nous considĂ©rons vraiment Auguste comme un hĂ©ros. À nos yeux, il reste Ă  ce jour l’un des plus grands chefs d’États europĂ©ens. Lire sa vĂ©ritable histoire permettra sans aucun doute aux futurs et nombreux lecteurs de ce trĂšs bon ouvrage de comprendre l’immense respect que nous inspire le fondateur du Principat


La véritable histoire des douze Césars par Virginie Girod (Perrin).

La véritable histoire des douze Césars par Virginie Girod (Perrin).

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