18 novembre 2018

Les secrets du Graal par Edina Bozoky

Par Franck Abed

Le Graal a toujours fait couler beaucoup d’encre. Ce plat, ou cette coupe, apparaît pour la première fois dans Perceval de Chrétien de Troyes au XIIe siècle. Il est alors porté en procession avec une lance qui saigne, devant le jeune Perceval au château du Roi Pêcheur. Le sens de cette scène et la fonction des objets restent énigmatiques. Tout ceci a donné lieu à de multiples interprétations, plausibles, farfelues mais également, et pour cause, contradictoires entre elles.

Les secrets du Graal par Edina Bozoky (CNRS).

Les secrets du Graal par Edina Bozoky (CNRS).

Commençons par le début et définissons le Graal. L’auteur, dès les premières lignes, explique que « dans l’usage d’aujourd’hui, le Graal signifie un objet convoité, un prix, l’accomplissement ultime des efforts. Au Moyen Âge, il désignait d’abord un plat de matière précieuse, rapidement identifié avec le plat de la Cène, dans lequel Joseph d’Arimathie aurait recueilli le sang du Christ crucifié. »

Bozoky énonce le fait suivant : « dès la fin du XIIe siècle une littérature abondante se forme autour du Graal et de la lance qui saigne qui lui est étroitement associée. La production des romans du Graal est particulièrement florissante au cours du premier tiers du XIIIe siècle, mais se prolonge bien au-delà. »

La légende arthurienne et les aventures des chevaliers de la Table ronde participent pleinement à la diffusion des écrits de type graalien.

Rapidement le Graal est vu, à tort ou à raison, comme une relique. Nombreux sont ceux qui veulent le découvrir et le posséder. Cependant l’auteur rappelle « que les chevaliers d’Arthur qui se lancent dans les aventures graaliennes ne cherchent point à acquérir ou posséder le Graal et la lance qui saigne, mais à connaître et comprendre leurs secrets, leur vérité, leur fonction, leur sens ».

Tout le monde ne peut acquérir la connaissance ultime et les attributs qui lui sont attachés. Effectivement, « ces secrets ne peuvent être dévoilés qu’au meilleur chevalier au prix d’une quête, constituée d’épreuves et de tests variés ».

Dès le départ, le Graal et la Lance sont christianisés : « À la fin du XIIe siècle, le Graal est identifié avec un récipient légendaire dans lequel Joseph d’Arimathie aurait recueilli le sang du Christ, et la lance, avec celle de Longin qui a transpercé le côté du Christ crucifié ».

Même en étant liés avec le christianisme, ces deux objets possèdent des propriétés et « des aspects ambigus voire magiques ».

L’auteur précise donc à ce sujet : « Le Graal produit de la nourriture et se déplace parfois sans être porté ; la lance est tour à tour un instrument de guérison et une arme menaçante et vengeresse ».

Bozoky prend le soin de souligner « qu’au fur et à mesure du développement de la littérature du Graal, sa dimension spirituelle s’accentue ; dans le roman de la Quête du Graal, le héros principal, Galaad, qui achève les aventures graaliennes, est assimilé au Messie ».

Il est important de déterminer le contexte qui a grandement contribué à l’émergence des livres graaliens. En 1191, il y a « la découverte de la tombe d’Arthur et de Guenièvre dans l’abbaye de Glastonbury – peut-être sur l’instigation du roi Henri II – qui donne une preuve (pseudo) historique à la légende arthurienne déjà connue ».

Un autre événement se déroulant à la même époque enrichit la mystique graalienne : « Saladin, gouverneur d’Égypte et de Syrie écrase les troupes franques à Hattin en 1187. Désormais la situation des principautés latines en Orient devient critique. La préoccupation des Occidentaux de reconquérir Jérusalem se reflète aussi dans la littérature, en particulier dans les romans du Graal du XIIIe siècle, dans lesquels certains épisodes ont lieu sur une Terre sainte Imaginaire ».

La quête du Graal est-elle un outil de propagande ? Certains souscrivent à cette idée…

Comme chacun sait, les Temps Féodaux sont fortement imprégnés par le christianisme. De fait, ne soyons pas surpris que « la religiosité de cette période soit marquée aussi par l’essor des dévotions autour de la passion du Christ et de l’Eucharistie dont on trouve la transposition littéraire dans les romans du Graal ».

Nous lisons avec intérêt que « la production la plus originale et la plus abondante vient de l’aire culturelle française. Mais le thème du Graal inspire tôt le poète allemand Wolfram d’Eschenbach qui adapte et en même temps transforme le Perceval de Chrétien de Troyes sous le titre de Parzival au début du XIIIe siècle. C’est ce roman qui inspirera l’opéra de Wagner (Parsifal, 1882) ».

La légende et la quête du Graal traversent les frontières et les Européens y sont plus que sensibles.

Concrètement, le Moyen Âge est par excellence « la période de la rédaction des romans de Graal. Elle correspond à la constitution et à l’épanouissement de la chevalerie comme corps social ainsi qu’à l’élaboration d’une idéologie chevaleresque ». De plus, nous devons également insister sur un point : « à l’époque de la rédaction des romans du Graal, le culte des reliques de la Passion connaît une grande effervescence, notamment au moment de la Première Croisade ».

Edina Bozoky est maître de conférences en histoire médiévale à l’Université de Poitiers. Elle s’intéresse en particulier aux légendes et croyances du Moyen Âge. Avec cette synthèse originale, elle nous initie aux romans français médiévaux du Graal, étudie les personnages, les aventures et les objets merveilleux. Elle analyse également le contexte social et religieux de l’époque. Elle propose une réflexion des principales théories autour du Graal, destinée tout autant au grand public qu’aux spécialistes de la question. Ce livre permet de bien déflorer le sujet et de saisir que le Graal se montre en réalité… insaisissable pour la plupart d’entre nous.

Nous concluons notre chronique par une citation, tirée de Parsifal, qui résume à elle seule la quête et le sens profond du Graal : « Dire le Graal est vain, Vers lui ne s’ouvre aucun sentier, Et nul ne peut trouver la route, Qu’il n’ait lui-même dirigé son chemin »…

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