14 novembre 2017

Louis VIII, roi léonin

Par Pierre de Laubier

Lavisse se plaît à souligner que l’une des tâches principales des rois de France (avant la lettre) fut de « mettre au pas » des « vassaux turbulents ». Mais l’histoire du premier siècle de la dynastie capétienne montre que les grands féodaux n’étaient pas « turbulents » du tout, sans quoi ils auraient renversé le petit Capétien d’une simple pichenette. Et la fuite des armées impériales devant celle de Louis VI le Gros, en 1124, montre que le système féodal était fort efficace pour défendre le pays.

En fait, le plus turbulent des grands féodaux fut le roi lui-même. Louis VIII, notamment, continua avec entrain les usurpations de son père sur ses malheureux vassaux. Mais ses brigandages et ses usurpations lui valent l’absolution et même les louanges des historiographes des rois de France, ce qui peut se comprendre, mais aussi celle des historiens de la république, qui l’absolvent au passage de la croisade contre les Albigeois.

Les esprits ont changé, et cet épisode est aujourd’hui devenu un crime. L’affaire n’est pas simple, et se résume désormais à une phrase que nul n’a prononcée : « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! »

Ce que je souligne ici, c’est que le roi est intervenu en Languedoc à la demande de ses vassaux, conformément au droit féodal (qu’il respectait quand ça l’arrangeait). Il est vrai qu’il en profita pour s’emparer du comté de Toulouse, plutôt que de le rendre à son légitime suzerain. Et pas moyen de prétendre, comme à propos de l’Aquitaine ou de la Normandie, que c’était pour délivrer le pays d’une occupation étrangère… par un roi Plantagenêt qui, soit dit en passant, n’était pas un Anglais installé en France, mais un Français devenu roi d’Angleterre. Ce que Louis allait être à deux doigts de devenir lui-même !

Nous avons laissé Jean sans Terre en campagne sur la Loire, en 1214. Quelques jours avant Bouvines, il fut battu à la Roche-aux-Moines par le dauphin, futur Louis VIII, qui y gagna son surnom : le Lion. Les deux victoires ne vont pas l’une sans l’autre. Le roi de France en sortit grandi, pour le malheur de ses vassaux. Tandis que cette défaite conduisit Jean sans Terre à signer la Grande Charte exigée par ses barons pour garantir leurs droits contre ceux du souverain.

Toutefois, ayant pansé ses plaies et épousseté son armure bosselée, Jean fit ce que n’importe quel roi aurait fait à sa place : il oublia ses engagements. Qu’à cela ne tienne : les barons firent venir un souverain plus à leur gré, qui n’était autre que le futur Louis VIII. Celui-ci commença par mettre Londres à sac (1216), puis fut proclamé roi par les barons anglais. Proclamé, mais non couronné.

Sur ces entrefaites, Jean sans Terre mourut. Et ses vassaux lui choisirent comme successeur son fils Henri III, plus enclin à respecter la Charte qu’un rude gaillard comme Louis le Lion. Ils congédièrent donc ce dernier pour mieux conserver la fameuse Charte qui fut le socle de leurs libertés. Louis VIII, finalement chassé d’Angleterre, signa en 1217 le traité de Lambeth, par lequel il renonçait à la couronne d’Angleterre et empochait au passage 10 000 marcs d’or. Il garda l’argent, mais ne tarda pas à trouver un prétexte pour s’emparer de vive force des fiefs anglais relevant de la couronne de France, à l’exception de Bordeaux et de la Gascogne. On ne se refait pas.

Les chroniques de Pierre de Laubier sur l’« Abominable histoire de France » sont diffusées chaque semaine dans l’émission « Synthèse » sur Radio Libertés.

Vous avez aimé cet article ?

EuroLibertés n’est pas qu’un simple blog qui pourra se contenter ad vitam aeternam de bonnes volontés aussi dévouées soient elles… Sa promotion, son développement, sa gestion, les contacts avec les auteurs nécessitent une équipe de collaborateurs compétents et disponibles et donc des ressources financières, même si EuroLibertés n’a pas de vocation commerciale… C’est pourquoi, je lance un appel à nos lecteurs : NOUS AVONS BESOIN DE VOUS DÈS MAINTENANT car je doute que George Soros, David Rockefeller, la Carnegie Corporation, la Fondation Ford et autres Goldman-Sachs ne soient prêts à nous aider ; il faut dire qu’ils sont très sollicités par les medias institutionnels… et, comment dire, j’ai comme l’impression qu’EuroLibertés et eux, c’est assez incompatible !… En revanche, avec vous, chers lecteurs, je prends le pari contraire ! Trois solutions pour nous soutenir : cliquez ici.

Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertés.