31 janvier 2019

Les mères fondatrices

Par Rémi Tremblay

 

Au XVIIe siècle, contrairement aux îles des Antilles, la Nouvelle-France n’avait que très peu à offrir aux colons intéressés à s’y établir, sinon le froid, le dur labeur et la menace iroquoise. De plus, le peuplement n’avait pas été mis en avant dans les premiers temps, car l’économie de la jeune colonie reposait principalement sur la traite de la fourrure dans laquelle les Français servaient surtout d’intermédiaires, la chasse étant réalisée par les Amérindiens. La volonté de peupler le pays n’était ainsi pas aussi forte que celle d’en tirer des profits et, malgré les promesses de peupler la Nouvelle-France d’âmes catholiques et françaises, les compagnies obtenant les droits de traite se concentrèrent sur l’aspect pécuniaire de leur mission.

C’est le Roi Louis XIV qui prendra en main la colonie en 1663 pour lui donner un nouveau souffle, dépêchant deux ans plus tard l’intendant Jean Talon. Celui-ci favorisera l’implantation de nouveaux colons et mettra en place des politiques natalistes, mais le fait est que la population canadienne était majoritairement masculine, composée d’anciens employés ou d’anciens militaires réformés. Quoi qu’en disent les adeptes du mariage pour tous, impossible de fonder des familles dans de telles conditions, une présence féminine était nécessaire pour que la Nouvelle-France puisse perdurer.

Pour remédier à ce problème, le ministre Colbert recruta des femmes pour la colonisation. Celles-ci étaient parfois orphelines, parfois recrutées par des « enrôleurs » qui recevaient une prime pour chaque femme intéressée à l’aventure ou simplement par des curés. Les dépenses de ces femmes, soit la traversée, les « hardes » à laquelle on ajoutait une somme de 100 livres, en plus de 50 livres d’équipement divers tiré des magasins du roi et une dot d’environ 50 livres, étaient entièrement assumées par la couronne, d’où le nom de « filles du roi » qui leur fut attribué. On ajoutait une allocation en cas de besoin pour s’assurer que l’implantation se ferait dans les meilleures conditions.

Les premières filles du roi débarquèrent à Québec à l’été 1663, en provenance de La Rochelle, puis furent dispersées à Québec, Trois-Rivières et Montréal où elles trouvèrent rapidement un mari et fondèrent des foyers. Elles prirent mari avec des anciens du Régiment de Carignan-Salières ou des colons célibataires qui ne demandaient qu’à fonder une famille.

Au total ce sont 961 filles du roi qui vinrent s’installer en Nouvelle-France. Âgées de 15 à 30 ans, ces célibataires ou veuves étaient roturières ou demoiselles et devinrent des « épouses fidèles et mères fécondes ». Le tiers de ce contingent provenait de la région de l’Île de France.

En 1673, le mouvement prit fin, les fonds du roi Louis XIV étant trop sollicités par les armées qu’il devait entretenir en France et en plus, Colbert jugeait que le Canada pouvait voler de ses propres ailes, ce qui était loin d’être faux. Selon le démographe Marvin McInnis, cette population composée de 65 000 Français présents lors de la conquête anglaise se multiplia par treize entre 1761 et 1851, sans recours à l’immigration, d’où le terme de « miracle canadien ».

Il faut aussi noter que de par leur dot plus que généreuse, les filles du roi représentaient aux yeux de nombreux Canadiens un parti plus attrayant que les filles de colons. Raison de plus d’abandonner cette pratique qui engendrait un effet contraire à celui espéré.

Bien que ces femmes aient été sélectionnées pour leur « honnesteté » et vertu, elles furent parfois considérées à tort – il faut le dire – comme des « filles de joie ». Des rumeurs circulant sur l’émigration féminine au Canada mélangeaient ce qui se passait en Nouvelle-France et aux Antilles, où là des femmes de petite vertu furent envoyées.

Ces rumeurs furent ainsi véhiculées au XVIIe siècle, et furent renforcées, malgré les démentis des autorités et de l’Église, par la parution en 1703 du livre Les voyages du Baron de La Hontan, par un homme considéré comme un faussaire de l’histoire. Il était bien allé au Canada, mais en 1683, bien après la fin de l’émigration des filles du roi. Les commérages sur le Canada, supposément peuplé de femmes de faible vertu et de repris de justice, sont des mythes sans aucun fondement historique, mais colportés en France durant des décennies et même la très sainte Marguerite Bourgeoys, une femme d’une foi fervente et d’un dévouement sans égal, fut raillée comme étant libertine, car elle avait choisi le Canada.

C’étaient là des accusations gratuites et cruelles, car il fallait montrer sa bonne vertu pour pouvoir émigrer au Canada, comme le prouve l’anecdote suivante. En 1658, une femme ayant eu un enfant sans être mariée avait été envoyée au Canada, avant d’en être déportée dès son arrivée et renvoyée en France. La colonie ne voulait que des âmes vertueuses. D’ailleurs le père Le Mercier, responsable de la délivrance des certificats de moralité aux jeunes arrivantes, se vantait qu’au pays, on n’acceptait que des « filles fort honnestes ». Ce n’est pas sans raison que les jeunes zélateurs d’Argentan scandaient en 1660 : « La foi se meurt en France ; allons au Canada ».

Aujourd’hui, la Société d’histoire des Filles du Roy est un organisme qui participe à la promotion de la mémoire de ces filles qui méritent le titre de mères fondatrices de la nation canadienne, non point de façon figurée, mais au sens littéral. Les féministes, toujours en quête d’héroïnes aux accomplissements un peu obscurs, ont quant à elles abandonné ces véritables héroïnes qui ont préféré l’incertitude et l’aventure à un avenir paisible. Catholiques et dévouées, ces femmes courageuses sont trop éloignées de la vision mortifère véhiculée par les adeptes de l’avortement et de la femme émulant l’homme.

Gustave Lanctôt, Filles de joie ou filles du roi, Éd. du Jour, Montréal, 1966, 156 p.

Gustave Lanctôt, Filles de joie ou filles du roi, Éd. du Jour, Montréal, 1966, 156 p.

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