3 juillet 2017

Le bonheur est dans le pré

Par Pierre de Laubier

L’époque mérovingienne se caractérise par le déclin des villes, dont le rôle administratif et même commercial diminua. Ce déclin entraîna, dans un premier temps, celui du christianisme, qui avait été en premier lieu urbain.

Du coup, les Francs mérovingiens ont laissé peu de monuments. Au contraire, ils ont détruit de nombreux édifices romains pour construire des fortifications ou des églises. C’est l’orfèvrerie, art des peuples nomades, poussé à un degré de perfection supérieur à celui des Romains, qui a laissé les plus beaux vestiges de cette époque. Saint Éloi, conseiller de Dagobert, n’était-il pas d’une famille d’orfèvres ?

Mais ce temps de déclin de la civilisation – ou de la vie urbaine – est aussi celui de la fusion entre le monde latin et l’apport germanique, qui se fit, à la faveur de la conversion de Clovis, en commençant par les élites. Au début, les habitants des Gaules et les barbares obéissaient chacun à leurs propres lois (c’est pourquoi Clovis fit écrire la loi salique), mais un signe de cette fusion fut l’unification du droit. L’élément germanique resta plus marqué dans le Nord, et l’élément latin mieux préservé dans le Midi : aussi la différence entre pays de droit écrit et pays de droit coutumier persista-t-elle pendant des siècles.

Les villes avaient décliné, mais où leurs habitants étaient-ils donc passés ? Les notables s’étaient retirés sur leurs terres, dans leurs villas, où ils vivaient entourés de leurs soldats, de leurs esclaves, de leurs clients, d’ouvriers et de paysans. Ces villas étaient ainsi devenues des centres administratifs, commerciaux, industriels. Et les barbares adoptèrent ce mode de vie, d’autant plus volontiers qu’ils épousaient les filles des propriétaires terriens locaux. Ces lieux ont gardé le nom (latin ou germanique) de leur propriétaire, avec les suffixes curtis, villa ou casa : ainsi Baudricourt, Charleville ou la Chaize-Giraud.

En même temps, l’expansion du christianisme reprit, mais sous une forme nouvelle, avec l’apparition des monastères. Le monachisme oriental implanté par saint Honorat à Lérins vers 410 fut éclipsé par celui de saint Colomban, qui fonda son premier monastère à Luxeuil en 590. Puis, au VIIe siècle, la règle de saint Benoît supplanta celle de saint Colomban. Ces monastères, qui faisaient pendant aux grands domaines laïcs, étaient les foyers d’une vie autonome, y compris économique, à laquelle il faut ajouter la vie intellectuelle, grâce aux moines copistes. Et que copiaient-ils ? La littérature latine et biblique, qui remplissait leurs bibliothèques.

Ainsi, l’organisation politique a bien changé depuis les invasions barbares. Mais la synthèse originale réalisée dans le monde franc entre le fonds latin et l’apport germanique a été le modèle de la civilisation de l’Europe, profondément implantée dans le monde rural, au contraire de la civilisation romaine antique qui était essentiellement urbaine. Et elle s’est organisée autour de l’abbaye et du château.

Jusqu’au XVIIIe siècle, l’histoire de France n’a été qu’une histoire des dynasties. Au XIXe siècle, les historiens parlèrent des « quarante rois qui ont fait la France ». Les uns et les autres ont cru que, quand les dynasties déclinaient, tout le pays déclinait aussi. Mais, sous les Mérovingiens, les Francs on fait la France en se passant des rois. Ils l’ont faite rurale, et ils l’ont maintenue latine et chrétienne.

Les chroniques de Pierre de Laubier sur l’« Abominable histoire de France » sont diffusées chaque semaine dans l’émission « Synthèse » sur Radio Libertés.

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Philippe Randa,
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