7 février 2017

De Tamanrasset à Dunkerque…

Par Jean-Pierre Brun

S’il est une tarte à la crème que les détracteurs de l’œuvre de la France en Algérie utilisent abondamment, c’est celle du « statut personnel » et d’un incertain « code de l’indigénat » (dont aucun exemplaire n’a, semble-t-il, jamais été édité) imposés aux populations musulmanes pour mieux les asservir. Bien évidemment, leur véhémence est à la mesure de leur méconnaissance totale du sujet. S’impose donc un recours à l’histoire… vous savez, celle qu’on balaye aussi prestement que sournoisement, avant de la glisser sous le tapis.

Juillet 1830. Les conditions de la reddition d’Alger imposées par le général Bourmont au Dey sont on ne peut plus généreuses pour ce qui concerne le statut des populations locales : « L’exercice de la religion mahométane restera libre : la liberté de toutes les classes d’habitants, leur religion, leurs propriétés, leur commerce et leur industrie, ne recevront aucune atteinte ; leurs femmes seront respectées ; le général en chef en prend l’engagement sur l’honneur. »

Et c’est ainsi que pendant des décennies l’armée s’impose de fait comme le meilleur défenseur de l’Oumma et le garant de l’application de la Charia (voir les officiers des bureaux arabes, ces grands aînés des officiers des affaires indigènes et des SAS de la guerre d’Algérie).

Mais bientôt se pose la question portant sur le statut définitif de cette population et la façon d’en faire une composante du peuple français. Ainsi s’ouvre un débat, d’ailleurs toujours en cours, mais en d’autres lieux, sur les vertus respectives de la cohabitation, de l’intégration et de l’assimilation.

C’est dans ce cadre que le sénatus-consulte du 14 juillet 1865 est édicté : « L’indigène musulman est français : néanmoins, il continuera à être régi par la loi musulmane. Il peut être admis à servir dans les armées de terre et de mer. Il peut être appelé à des fonctions et emplois civils en Algérie. Il peut, sur sa demande, être admis à jouir des droits des citoyens français ; dans ce cas, il est régi par les lois civiles et politiques de la France. »

Pourtant, en 1870, seulement 194 musulmans ont souscrit à la proposition qui leur offrait la pleine citoyenneté. Les oulémas et autres imams avaient expliqué à leurs ouailles que s’engager dans une telle démarche revenait à commettre une véritable apostasie. Membres de l’Oumma, ils ne devaient se soumettre qu’à la Charia. C’est ainsi que, de ce respect de la liberté individuelle, est né ce fameux « statut personnel » tant décrié.

Rappelons que la situation des Juifs d’Algérie a été réglée collectivement et autoritairement par le décret Crémieux de 1870 (encore faut-il préciser que son initiateur était lui-même israélite et sans état d’âme quant à l’avis de ses coreligionnaires).

Le temps a passé, ces « Français à part entière, de Dunkerque à Tamanrasset », ont été dispersés ou ensevelis par cette tempête de sable qu’on a appelé fort opportunément « Vent de l’Histoire ».

Et c’est là que, enfourchant cette impitoyable machine à dézinguer le temps, je regagne ce début 2017 pour poser une question à mes avisés lecteurs : ce survol de notre passé national ne vous rappelle-t-il rien ?

Le citoyen français « hexagonal » des années Pompidou avait-il connaissance de concepts aujourd’hui vulgarisés car abondamment utilisés dans les débats télévisés ou radiodiffusés ? Qu’aurait-il pu répondre à des questions portant sur un « imam salafiste », un « wahabite », un « frère musulman », la nourriture « hallal », le port du « niqab », le « djihad », ou la « takiya » ?

Imaginait-il qu’au nom du Coran et de la Charia, on pût imposer de réserver des heures de piscines aux femmes, leur interdire la fréquentation d’une brasserie ou tolérer une cohabitation forcée avec une ou deux autres concubines parce que Mahomet l’a lui-même pratiquée ?

Comment aurait-il pu prophétiser un quelconque appel à vivre dans le cadre d’une dhimmitude rampante, une identité heureuse et une fraternité musulmane garantie par l’Imam de Bordeaux, Tarek Oubrou le Miséricordieux, cela à l’instigation de quelques bateleurs d’estrades, soucieux de camoufler leur impuissance à protéger leurs concitoyens ?

Ma boulangère a eu cette réflexion plaisante : « Ils nous berlurent avec leurs zones dites de non droit. Tu parles ! J’ai une cousine qui habite Roubaix. C’est une zone de plein droit… oui, mais coranique, celui-là. »

Elle ne doit sa lucidité qu’à son gros bon sens. Grâce à Dieu, elle ne saurait appartenir à la « Promotion Voltaire » de l’ENA et ne deviendra donc jamais ministre de l’Intérieur, des cultes, des coups de pied occultes et autres baisers sur la babouche qui l’accompagnent.

Mais au fait, cette sympathique cousine pourra-t-elle prétendre un jour bénéficier d’un quelconque statut personnel ?

« Inch’Allah » (Dieu le veut), lui répondrait Ahmed son chaleureux épicier.

« Mektoub » (c’était écrit) renchérirait Aziz, son débonnaire boucher

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